Commerce Reconnue dans le petit milieu culturel, la librairie Descours peine à attirer les lecteurs

Située au 31 rue Auguste Comte, la librairie réunit environ 40 000 ouvrages.  Photo Elena JEUDY-BALLINI
Située au 31 rue Auguste Comte, la librairie réunit environ 40 000 ouvrages. Photo Elena JEUDY-BALLINI

L’univers des librairies à Lyon est en plein bouleversement. Flammarion , qui ferme ses portes à Bellecour, Décitres rachetée par Le Furet … Un contexte mouvant dans lequel la librairie Descours se maintient, malgré des difficultés à convaincre le public de lecteurs à entrer dans ses murs, en plein cœur du 2e arrondissement.

Des vies, l’antiquaire Michel Descours en a vécu de nombreuses. Après une jeunesse passée à sillonner l’Europe et ses librairies, ce féru d’art ouvre ses propres galeries à Los Angeles et New York. Depuis près de quarante ans, sa librairie, rue Auguste-Comte dans le 2e arrondissement, offre un très large choix de publications internationales sur l’art. Et quand on parle crise du livre avec lui, son constat est sans appel : il faut réapprendre à être curieux.

« La librairie souffre encore d’un déficit de notoriété à Lyon, dans son territoire d’implantation, et bien qu’elle soit reconnue très largement dans le milieu culturel, elle n’est pas encore parvenue à s’adresser à un large public de lecteurs et d’amateurs. Nous sommes pourtant convaincus que cet espace peut devenir un lieu de rendez-vous plus ouvert et attractif », explique-t-on au sein de la librairie, qui, pourtant, cherche de nouvelles pistes de développement.

Un lieu de rencontres et de cultures

« Nous sommes en train de mettre en place de nouveaux projets, d’insuffler une nouvelle dynamique pour cette librairie où nous organisons régulièrement des conférences, des signatures, des dialogues avec des artistes, des lectures ou des projections… Nous pensons qu’un autre ancrage dans la ville est possible pour l’enseigne, mais nous avons besoin, pour cela, de créer les conditions d’une nouvelle relation avec les lecteurs et les potentiels clients. »

« Des prix uniques pas plus cher qu’à la Fnac »

Aujourd’hui en binôme avec la galerie éponyme qui lui fait face rue Auguste- Comte, le royaume de l’art de Michel Descours réunit des dizaines de milliers d’ouvrages, y compris épuisés, sur des créations du monde entier.

Bien que moins menacé par le numérique que ses consœurs généralistes, la librairie d’art subit, elle aussi, la crise. On lit pourtant davantage qu’il y a cinquante ans… mais moins de livres. L’ère est aux tablettes, aux smartphones et autres textes numérisés. Autant d’outils qui ne remplacent pas l’échange, et à travers lui, le lien social.

« Et puis, la plupart des gens considèrent toujours les livres neufs comme des achats onéreux. Ils semblent donc encore ignorer que le livre est à prix unique, pas plus cher qu’à la Fnac », observe Michel Descours.

Une boutique de partage du savoir

« Le vrai problème, c’est que beaucoup de gens sont intimidés d’entrer dans des librairies. C’est regrettable car cela va à l’encontre de notre vocation. Nous sommes des lieux d’humilité, de partage, et non d’arrogance ou de domination intellectuelle. La confrontation quotidienne aux œuvres nous rend conscients au contraire de tout ce nous avons encore à apprendre. Et c’est une grande leçon d’humilité ! »

Philippe, son collaborateur et ami confirme : « Plus on lit, plus on mesure l’étendue de notre propre ignorance ! » L’urgence est de conserver sa curiosité et sa sensibilité. S’ils valent par leur contenu, les livres sont aussi de précieux moyens renouvelés d’interaction sociale et d’ouverture sur le monde.

Et si Michel Descours conçoit son métier comme une sorte de miroir à facettes, capable de réfléchir une pluralité de formes de création, c’est pour se donner la liberté et l’audace de l’éclectisme, en passant avec la même ferveur d’un tableau du XVe  siècle à une œuvre d’art contemporain.

« Dans la librairie, si les gens viennent nous consulter, on peut les conseiller et les éclairer, ce qui est impossible sur Amazon, par exemple. Et la passerelle entre la galerie et la librairie permet un transfert de connaissances qu’on trouve rarement. »

De notre correspondante locale, Elena JEUDY-BALLINI

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?