Architecture Tour végétalisée dans le centre de Lyon : le projet est à l’étude

Le “Bosco Verticale”, première forêt verticale de l’architecte Stefano Boeri à Milan.  Photo The Blink Fish Flying Gardeners
Le “Bosco Verticale”, première forêt verticale de l’architecte Stefano Boeri à Milan. Photo The Blink Fish Flying Gardeners

Installer des centaines d’arbres et de plantations sur les façades d’une tour de logements : le principe existe à Milan et ailleurs. Serait-ce pour bientôt à Lyon ?

Imaginez, une tour de logements s’élevant à plus de 100 mètres, et sur ses façades, comme accrochées aux balcons et aux fenêtres, des quantités ahurissantes d’arbres, d’arbustes et de plantes. Utopie ? Non, plutôt « imaginaire crédible » où « l’architecture et la nature se croisent et s’entremêlent à chaque instant ». Ce bâtiment aux façades dégoulinantes de vert, devenu piège à pollution et terre d’accueil d’une biodiversité retrouvée, existe.

L’architecte Stefano Boeri a installé en 2014 le “Bosco Verticale”, conçu sous la forme de deux tours-forêt, dans le centre de Milan, à la suite d’une réflexion qu’il a engagée sur un urbanisme durable. Planter le plus possible, y compris à la verticale, serait l’une des solutions pour répondre au moins à deux défis auxquels les villes ont à faire face : la croissance du nombre d’habitants et l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Un enjeu de santé publique.

Un projet à l’horizon 2020 ou 2021

Cette idée, que Stefano Boeri viendra défendre au Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement Rhône Métropole (CAUE), devrait bientôt prendre forme à Lyon, avec la construction d’un immeuble d’une hauteur de 50 mètres. « La réflexion est en cours », annonce Michel Le Faou, vice-président de la Métropole de Lyon, en charge de l’Aménagement urbain. Le projet, inédit, pourrait voir le jour au début du prochain mandat, à l’horizon 2020 ou 2021.

C’est Bouygues Immobilier qui est à la manœuvre. Souhaitant « reconnecter les urbains à la nature », le promoteur dit développer dans ses projets des jardins partagés et l’agriculture urbaine, mais pas encore de façades végétales, comme le souligne Bérangère Bouvier, au nom de Bouygues Immobilier. Le groupe s’est rapproché de Stefano Boeri : « Nous aimerions bien travailler ensemble. Nous sommes allés voir le “Bosco verticale” à Milan, la nature a créé de la vie et de la vitalité entre les copropriétaires. »

Prise de conscience ou simple opération de communication ? Bouygues Immobilier s’en défend. « Nous avons envie d’être précurseurs », afin de « renforcer et développer la biodiversité en ville », avance-t-on du côté du promoteur.

Michel Le Faou préfère parler d’une « première expérimentation pour voir comment cela fonctionne » techniquement, mais aussi financièrement, car le coût d’un tel projet est plus important à la construction.

« Nous avons une attention toute particulière là-dessus, affirme le vice-président de la Métropole. La nature n’est pas réservée à ceux qui en ont les moyens, elle est pour tout le monde. La question est : comment accompagner ce phénomène de reforestation de la ville, notamment au cours des phases estivales où la chaleur devient une souffrance. Aujourd’hui, il y a des réponses pour réduire l’impact du réchauffement climatique. Il faut que nous soyons mobilisés. » Et si les arbres arrivaient à sauver les villes ?

Le nom de Gerland est évoqué : c’est un endroit où la nature est déjà présente, c’est un quartier qui s’y prête. Ce serait bien, aussi, d’avoir un immeuble végétalisé à la Part-Dieu ou à la Confluence

Bérangère Bouvier, Bouygues Immobilier

Cinq projets de forêts verticales à travers le monde, dont celui de Stefano Boeri, sont présentés dans les locaux du CAUE Rhône Métropole depuis le 28 janvier et jusqu'au 13 avril, via l’exposition “Forêts verticales et métropoles biodiverses”. L’objectif est de « montrer à travers des exemples comme celui de Milan ce qu’il est possible de faire, quelle peut être la ville de demain ».

Plusieurs films, maquettes et panneaux de présentation montrent comment les villes se mettent au vert, comment les plantes et les arbres colonisent les bâtiments, comment les villes et les architectes innovent et proposent de nouveaux modèles de construction.

Cette exposition est organisée par le Studio Stefano Boeri Architetti, en association avec l’agence Ad Lib architecture et urbanisme et Fabien Brisson, architecte.
Rendez-vous au Conseil d’architecture d’urbanisme et de l’environnement (CAUE) Rhône Métropole, 6 bis, quai Saint-Vincent, Lyon 1er. Entrée libre. Exposition ouverte du lundi au vendredi de 8 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 heures, le samedi (visites commentées possibles) de 15 à 19 heures. 

75

C’est le pourcentage des émissions de gaz à effet de serre en provenance des villes. Il est temps d’agir, indique Stefano Boeri dans son manifeste pour la « forestation urbaine », où il souligne l’importance des forêts et des arbres dans les villes du monde pour aider à absorber le CO2 et réduire drastiquement la pollution.
La solution ? « Créer de nouveaux parcs et jardins, transformer les toits de la ville en prairies et jardins urbains, les cours et vides urbains en oasis vertes, multiplier le nombre de bâtiments verts et bois verticaux. » La tâche semble immense.

Aline DURET

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?