PATRIMOINE Place Bellecour: Louis XIV sera-t-il descendu de son piédestal?

L’équipe de spécialistes à l’assaut du cheval de bronze.  Photo Aline DURET
L’équipe de spécialistes à l’assaut du cheval de bronze. Photo Aline DURET

Une équipe de restaurateurs est en train d’ausculter la célèbre statue équestre afin d’établir un diagnostic sanitaire. Selon les résultats, des travaux de restauration plus ou moins importants seront réalisés.

Louis XIV est-il souffreteux ? La très emblématique statue de la place Bellecour est-elle victime des éléments et des passants qui, parfois, la malmènent ? Peut-être. Et c’est pour lever ce doute qu’une équipe d’experts s’active en ce moment autour de l’imposant monument.

À bien y regarder, confirme Jean-Dominique Durand, adjoint au maire de Lyon, en charge du patrimoine, « le socle présente des fissures, il est érodé, le bronze est de mauvaise qualité… Il convient donc de prendre la température de Louis XIV pour prévenir les problèmes qui pourraient survenir ».

Tout est inspecté même l’intérieur du cheval

Depuis mardi et pour une semaine environ, des restaurateurs spécialistes en statues de bronze sont au chevet du “chef-d’œuvre de Lemot”, sous l’œil attentif de la direction régionale des affaires culturelles, afin de l’ausculter dans les moindres détails, y compris à l’intérieur du cheval. Du haut de sa nacelle, Antoine Amarger, à l’aide d’outils spécialisés, analyse les différents matériaux en présence, détecte les alliages de cuivre, d’étain et d’argent employés pour réaliser la statue, afin d’en définir le pourcentage. De là, les spécialistes pourront avoir un aperçu de la qualité de l’ouvrage.

Tout à côté, installée à hauteur du cheval, Gaëlle Giralt sonde l’un de ses pieds ou plus exactement une partie cimentée placée tout autour pour voir comment a été scellée l’œuvre sur le socle.

L’idée, indique Fanny Grué, responsable du marché d’entretien des sculptures, propriétés de la ville de Lyon, est de « surveiller l’œuvre et de faire un bilan de son état de conservation. Le soleil, la pluie, le gel, sont autant d’éléments qui la menacent. En fonction de ce qui sera analysé, un diagnostic sera établi afin de chiffrer le coût de l’opération à venir ».

Quelques réparations suffiront-elles ? Ou alors faudra-t-il un nettoyage, une consolidation, une restauration imposante, voire un démontage de l’ouvrage ? « Seule l’étude le dira, poursuit Fanny Grué. Il faudrait un problème de structure pour que la statue soit déposée. » Et on n’en est pas là, précise Jean-Dominique Durand. « Tout sera fait pour un maintien sur place. Et s’il fallait l’enlever de son socle, ce serait momentané. Mais je ne crois pas qu’on soit à ce niveau, ajoute l’élu ayant à l’esprit le déplacement de la fontaine Bartholdi. La sculpture de la place des Terreaux était très abîmée, ici ce n’est pas le cas, a priori. »

Le coût des études estimé à 20 000 euros est pris en charge par la Ville et la Métropole de Lyon. Aucun montant n’a été prévu, à ce jour, pour de futurs travaux.

Jean-Dominique Durand, adjoint au maire de Lyon

Une arrivée monumentale

Nous sommes en octobre 1825. La célèbre sculpture de 5,70 m de haut a été fondue à Paris et s’apprête à faire un périple hallucinant. Tirée par 24 chevaux, elle fait son entrée place Bellecour, après douze jours de voyage. Antoine Amarger précise : « Le plus difficile dans ce type d’œuvre, c’est d’avoir des creusets capables de recevoir plus de deux tonnes de bronze. Seules les fonderies de l’Arsenal à Paris en étaient capables. Les deux éléments, cheval et cavalier, ont été fondus d’un seul tenant, chacun séparément. Mais les techniques sont différentes et le cavalier a mieux tenu que le cheval. »

 

L’énigme des étriers

Bien des suppositions ont été faites sur ce point. Pour quelles raisons le cheval de Louis XIV n’a-t-il point d’étriers ? Est-ce un oubli du sculpteur qui, vert de rage ou rouge de confusion, aurait mis fin à ses jours, constatant son irréparable erreur ? Sachant que la statue a été installée en 1826 et que le sculpteur est décédé en 1827, l’hypothèse est possible sur le papier. Mais non. Légende que tout cela. La réponse est beaucoup plus simple. Lemot a choisi de représenter le Roi Soleil en empereur romain, il monte donc à cru, sans selle ni étriers.

 

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C’est, en tonnes, le poids de l’œuvre équestre représentant Louis XIV, réalisée par François-Frédéric Lemot, sculpteur né à Lyon en 1771. Auteur de très nombreuses statues, on fait appel à lui, au moment de la Restauration. C’est à cette époque, qui suit le règne de Napoléon, qu’on lui commande la statue équestre de Louis XIV pour remplacer la précédente. Installée en 1713, elle n’a pas résisté aux assauts de la Révolution, période où elle sera détruite et fondue. Financée par une souscription, elle sera placée à Bellecour en 1825.

  

La sculpture de Lemot est fixée sur un socle plaqué de marbre de Carrare

La sculpture de Lemot est fixée sur un socle plaqué de marbre de Carrare. De chaque côté de ce piédestal, sont installées les statues réalisées par les frères Coustou, sculpteurs lyonnais, représentant une allégorie du Rhône et de la Saône. Réalisées en 1719, « ce sont les sculptures les plus anciennes de cet ensemble », explique Fanny Grué.

Aline DURET

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