environnement Pollution : du mieux pour les particules fines mais alerte au dioxyde d’azote

Renaud Françon montre la station de mesures qui permet les relevés du trafic urbain dans le tunnel de La Croix-Rousse.   L’école Michel-Servet se situe juste au-dessus du tunnel et la pollution qui s’engouffre rue Alsace-Lorraine ne se disperse pas.   On appelle cela « l’effet canyon ».  Photo Nadine MICHOLIN
Renaud Françon montre la station de mesures qui permet les relevés du trafic urbain dans le tunnel de La Croix-Rousse. L’école Michel-Servet se situe juste au-dessus du tunnel et la pollution qui s’engouffre rue Alsace-Lorraine ne se disperse pas. On appelle cela « l’effet canyon ». Photo Nadine MICHOLIN

L’Air des Lyonnaises et des Lyonnais vient de publier les statistiques et tendances d’évolution de la pollution à Lyon de 2010 à 2018. Rencontre avec René Françon, créateur de cette association en février 2013.

Votre association vient de publier les derniers relevés de pollution, qu’en est-il ?

« Il y a du mieux partout ou du moins mauvais au niveau des particules fines PM10. Toutes les stations de type trafic (A7 sud Lyon, Lyon périphérique, tunnel de La Croix-Rousse) présentent des mesures conformes à l’objectif qualité France mais restent encore au-dessus des valeurs recommandées par l’OMS. Le graphique montre une amélioration sur les stations de type fond urbain Lyon centre et Lyon Gerland. »

N’est-ce pas le cas pour le dioxyde d’azote NO 2  ?

« Toutes les stations de type trafic dépassent en moyenne annuelle la valeur limite autorisée par l’Union européenne. Pourtant, contrairement à 2015, 2018 n’a pas connu de longs pics de pollution. 70 % de la pollution est liée au diesel. On s’est aperçu que les filtres à particules des véhicules diesel génèrent plus d’azote. »

« Le déclassement de l’A7, ne va rien changer »

Suivez-vous de près le collectif de l’école Michel-Servet ?

« Oui. Leur dossier se trouve sur notre site. Nous sommes assez en phase avec la mairie du 1er. On a l’impression que les habitants ne passent pas au premier plan des préoccupations. Jusqu’en 2016, le maire de Lyon Gérard Collomb n’a pas fait les efforts suffisants. Ce qui le préoccupe, c’est la notoriété de la ville. Le classement d’alors se basait sur l’attractivité, les conditions économiques, les infrastructures et l’importance du vivier étudiant. Depuis, des indices ont été rajoutés comme l’environnement, la qualité de l’air, les espaces verts, d’où la création du Plan oxygène, lancé en 2016. C’est en train de changer avec David Kimelfeld comme président de la Métropole. Il a compris que pour améliorer globalement la qualité de l’air, cela passe par les associations qui sont forces de proposition. »

Le déclassement de l’A7 devrait-il apporter du mieux ?

« Les deux milliards d’euros injectés pour le déclassement de l’A7, ne vont rien changer. Il n’y aura pas d’effets visibles dans les cinq ans à venir. On est en aval de la ville. Ça ne diminue pas la circulation sur l’axe nord-sud, cours d’Herbouville, quais Perrache et André-Lassagne. On ne va pas attendre 2025. Alors on fait quoi ? On distribue des mouchoirs, de la Ventoline, des masques ? Ce n’est pas acceptable. »

La Métropole va s’appuyer sur la ZFE (Zone à faible émission)…

« C’est une bonne idée, avec la suppression des gros-porteurs en 2020, puis des camionnettes en 2021 mais cela ne concerne que 9 % de la pollution. On va continuer à tousser ! Quant aux camionnettes, si on prend celles des forains sur les marchés et de tous les producteurs locaux, elles ont entre 15 et 20 ans. On va mettre leur profession en danger. »

« La pollution est due au trafic routier local »

Comment s’en sortir ?

« On préconise des solutions. Il faut travailler sur les plans de circulation et prévoir des actions. Par exemple faire des essais durant six mois en réduisant d’une voie l’axe nord-sud. Fermer le tunnel quand il y a des pics, n’améliore pas la pollution de fond car il faut prévoir un détournement. La circulation ne va pas baisser. Ce sont des gens qui traversent la ville ou qui viennent travailler à Lyon. »

Vous militez pour des comptages et des actions locales ?

« La pollution est due au trafic routier local. On devrait procéder à des comptages et des usages analytiques sur les jours travaillés : le profil des flux, jour par jour, heure par jour. Il faut s’attaquer aux causes et d’urgence appliquer des actions locales, quais du Rhône, rive droite, montée de la Boucle à Perrache et quais de Saône, rive gauche, de l’Île Barbe à Confluence et rive droite, côté Lyon 5e  et 9e  où l’air est très pollué. »

Note L’association L’Air des Lyonnaises et des Lyonnais, dont sa commission qualité de l’air, est issue de huit conseils de quartier. Elle est apolitique et comprend 80 personnes dont 24 adhérents. À la Maison des associations, à Lyon 4e. Site web : www.airdeslyonnais.fr

Renaud Pierre, parent d’élèves à l’école Servet : « On prône une restriction du trafic dans le tunnel »

L’école Michel-Servet (Lyon 1er) compte 411 élèves dont 160 en maternelle. « Le bâtiment des maternelles est moins exposé que celui des élémentaires, expose Pascal Barbier, directeur de l’école Michel-Servet. L’inquiétude des parents est légitime. Notre équipe enseignante est sensible aussi à cette pollution. La suppression de la grande cour de récréation, très pratique, a engendré des contraintes pour notre fonctionnement. Les mesures prises sont pertinentes avec le déplacement des deux classes dont les fenêtres donnaient coté tunnel. On a installé, à la place, la bibliothèque et la salle d’informatique dont le taux de fréquentation est moindre même si l’aération est insuffisante. L’extracteur installé dans le gymnase donne de bons résultats et permet de continuer à pratiquer le sport. Comme dans toutes les écoles en centre-ville, la pratique du sport n’est pas simple. Nous avons prévu en février, pour les classes de CM1 et CM2, un transport en car pour se rendre au gymnase Duplat ».

De son côté, Renaud Pierre, parent de deux enfants à l’école Michel-Servet est membre du collectif depuis sa création en 2014. Il dit : « Le principal polluant c’est l’automobile. L’année 2018 a été mauvaise et au niveau des relevés Atmo, il n’y a pas d’amélioration. On est dans des zones au-dessus des recommandations avec 45 000 véhicules par jour sous le tunnel. Les relevés en septembre 2018, jugés satisfaisants, ne concernent que les polluants à l’intérieur de l’école où des mesures ont été prises. Nous avons rencontré nombre d’élus politiques pour les mettre face à une situation de danger dont Thierry Philip [environnement à la Métropole] et Nathalie Perrin-Gilbert, maire du 1er. La connaissance s’est affinée depuis 2014. Nous demandons des analyses extérieures. On prône une restriction du trafic dans le tunnel. On s’inscrit dans le mouvement pour le climat et sa dynamique qui vont vers la réduction de la voiture en ville. »

Ce jeudi 17 janvier à 18 h 30 : réunion d’information des parents d’élèves dans le hall de l’école maternelle, 6, rue Alsace-Lorraine, à Lyon 1er.

Propos recueillis par Nadine MICHOLIN

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