Urbanisme Ils disent « stop » à la transformation de la Guill’

Réhabilitée, la place Gabriel-Péri est dépourvue de mobilier urbain où les gens pourraient s’asseoir pour discuter et se rencontrer. « Il faudrait végétaliser, installer des bancs. C’était le cœur du quartier », affirment les membres du collectif “La Guillotière n’est pas à vendre”.  Photo Tatiana VAZQUEZ
Réhabilitée, la place Gabriel-Péri est dépourvue de mobilier urbain où les gens pourraient s’asseoir pour discuter et se rencontrer. « Il faudrait végétaliser, installer des bancs. C’était le cœur du quartier », affirment les membres du collectif “La Guillotière n’est pas à vendre”. Photo Tatiana VAZQUEZ
La place Bahadourian est devenue le nouveau cœur de la Guillotière. « Même si elle est très bien faite, elle est excentrée par rapport au reste du quartier », souligne le collectif.  Photo Tatiana VAZQUEZ
La place Bahadourian est devenue le nouveau cœur de la Guillotière. « Même si elle est très bien faite, elle est excentrée par rapport au reste du quartier », souligne le collectif. Photo Tatiana VAZQUEZ
Le Gambetta est à l’image des cafés de quartier tel qu’on les connaît. Vivant et authentique. Et Aziz, patron, entretient depuis son comptoir ce qui faisait l’âme de la Guill', un carrefour entre les cultures.  Photo Tatiana VAZQUEZ
Le Gambetta est à l’image des cafés de quartier tel qu’on les connaît. Vivant et authentique. Et Aziz, patron, entretient depuis son comptoir ce qui faisait l’âme de la Guill', un carrefour entre les cultures. Photo Tatiana VAZQUEZ
Pour le collectif, il y avait mille et une autres manières de réaménager le garage Citroën. « Il fait partie du patrimoine commun. On aurait dû en faire un lieu ouvert au public. »   Photo Tatiana VAZQUEZ
Pour le collectif, il y avait mille et une autres manières de réaménager le garage Citroën. « Il fait partie du patrimoine commun. On aurait dû en faire un lieu ouvert au public. » Photo Tatiana VAZQUEZ
Réhabilitée, la place Gabriel-Péri est dépourvue de mobilier urbain où les gens pourraient s’asseoir pour discuter et se rencontrer. « Il faudrait végétaliser, installer des bancs. C’était le cœur du quartier », affirment les membres du collectif “La Guillotière n’est pas à vendre”.  Photo Tatiana VAZQUEZ La place Bahadourian est devenue le nouveau cœur de la Guillotière. « Même si elle est très bien faite, elle est excentrée par rapport au reste du quartier », souligne le collectif.  Photo Tatiana VAZQUEZ Le Gambetta est à l’image des cafés de quartier tel qu’on les connaît. Vivant et authentique. Et Aziz, patron, entretient depuis son comptoir ce qui faisait l’âme de la Guill', un carrefour entre les cultures.  Photo Tatiana VAZQUEZ Pour le collectif, il y avait mille et une autres manières de réaménager le garage Citroën. « Il fait partie du patrimoine commun. On aurait dû en faire un lieu ouvert au public. »   Photo Tatiana VAZQUEZ

Lancé il y a trois mois, le collectif “La Guillotière n’est pas à vendre” a organisé une assemblée générale à laquelle les habitants étaient conviés. L’idée : discuter de « ce que l’on veut vraiment pour ce quartier » alors que sa mutation sociale s’accélère.

Arthur et Jeanne connaissent la Guill' depuis des années. Sylvain, lui, est un enfant du quartier. Et pour y vivre au quotidien, tous trois  racontent comment, au fil des années, ils ont vu peu à peu la Guill’ se transformer. Comment depuis cinq ou six ans, la métamorphose s’est accélérée.

Le quartier d’immigration, de tradition ouvrière, tel qu’on le connaissait, est en passe de devenir un quartier « standardisé et plus propre », disent-ils. À leurs manteaux, ils arborent des badges avec ce slogan « La Guillotière n’est pas à vendre », du nom du collectif qu’ils ont lancé, il y a trois mois maintenant et qui dénonce notamment la construction de nouvelles résidences par des promoteurs privés et par ricochet, la hausse du prix des loyers et de l’immobilier.

« Les anciens habitants sont contraints de quitter le quartier, expliquent-ils. Une nouvelle population plus riche les remplace. Les chiffres de l’Insee montrent, qu’entre 1990 et 2015, pour chaque nouveau cadre dans le quartier trois ouvriers sont partis. Aujourd’hui, les gens vivent les uns à côté des autres, mais plus ensemble. La mixité sociale ne se fait plus car il n’y a plus de lieux où les gens peuvent se croiser, se rencontrer. »

Il n’y a qu’à déambuler avec eux pour constater les mutations du quartier. Les commerces familiaux laissent la place à des épiceries bio ou à des “food store concept”, les PMU et autres bars se transforment en lieux branchés et les discounts sont remplacés par des supérettes qui pratiquent des prix plus chers.

« La Guill', ce sont des cafés pas chers, des produits du pays, un espace pour se retrouver, discuter, faire ses courses, s’amuser, habiter. Ça a toujours été un carrefour, un lieu de rencontre », confient-ils encore, avant d’ajouter : « Tous ces changements, c’est un constat qu’on fait. Aujourd’hui, on a envie de savoir s’il est vérifié par les habitants du quartier. Et d’apporter des solutions alternatives à proposer à la Ville et à la Métropole. On veut voir de quelles manières nous pourrions nous organiser pour essayer de ralentir, voire de bloquer les nombreux projets qui vont à l’encontre de l’intérêt de la majorité d’entre nous. »

Encadrement des loyers

C’est dans cet esprit qu’ils ont organisé une assemblée générale publique, samedi, afin de discuter de « ce que l’on veut vraiment pour ce quartier ». Pour inviter les gens à venir, ils ont placardé des affiches dans les commerces. Et ont, assurent-ils, rencontré un écho très favorable, à l’image de cet épicier, « aujourd’hui étranglé par le prix de son loyer ».

Ils ont conscience, disent-ils, de faire face à un rouleau compresseur et qu’il sera difficile de lutter contre, car le processus se fait dans la durée, sur un temps très long. Mais ils ont quelques idées pour empêcher la totale « gentrification » du quartier.

À commencer par l’encadrement des prix des loyers, par une nouvelle politique d’attribution des logements sociaux. Ils ont en tête des exemples concrets comme à Barcelone où les expulsions pour cause de démolition d’immeubles vétustes dans les quartiers populaires s’accompagnaient de relogements in situ. Ils parlent aussi de développer ou de maintenir des pratiques solidaires entre les habitants. « Quoi qu’il en soit, on voudrait une grande concertation sur l’avenir du quartier, mais une concertation qui ne soit pas numérique. On veut peser dans les discussions. Ces changements ne sont pas une fatalité mais la destruction programmée, voire déjà bien entamée, d’une partie conséquente de la Guillotière va aller vite si nous ne faisons rien. »

De rue en rue

La place du Pont

Symbole de la Guill', la place Gabriel-Péri (appelée place du Pont) a été entièrement refaite. « Ce genre de réaménagement tue les manières de vivre qu’on avait ici. C’était un lieu où les gens se regroupaient. Rien n’est fait pour ça. Il faudrait végétaliser, installer des bancs. C’était le cœur du quartier. Aujourd’hui, la place Bahadourian remplit cette fonction. Mais, même si elle est très bien faite, elle est excentrée par rapport au reste du quartier. Sans compter qu’on peut s’interroger sur l’installation du commissariat ici. »

La Taverne Gutemberg

Pour le collectif, c’est l’un des symboles de ce qu’est en train de devenir la Guillotière. La Taverne Gutemberg , à l’angle de la rue éponyme et de la rue de l’Épée, est une résidence d’artistes qui a vu le jour dans un immeuble qui, auparavant, regroupait un bar au rez-de-chaussée et des appartements dans les deux étages. « Si c’était ouvert à tous, ce serait bien. Mais ici, les gens du quartier ne viennent pas. Ils ne se sentent plus chez eux alors que le quartier Moncey était la dernière enclave populaire de la Guillotière », déplore Arthur qui note au passage la volonté délibérée de garder l’immeuble en friche pour « donner un côté punk authentique » alors que les «  habitants auraient sans doute aimé des logements rénovés ».

Le garage Citroën

« C’est typiquement ce genre de choix qui fait que l’on transforme le quartier », explique Arthur en parlant de la réhabilitation qu’a connu le garage Citroën, rue de Marseille. Il ajoute : « Je parie qu’aucun enfant du quartier n’est inscrit dans cette école de commerce. » Pour lui, il y avait mille et une autres manières de réaménager ce lieu pour conserver son côté industriel et identitaire au quartier. « Il fait partie du patrimoine commun. On aurait dû en faire un lieu ouvert au public. »

« Plusieurs fois, on est venu me trouver pour m’acheter mon café. Et au prix que je voulais »

Aziz, l’un des gérants du café Le Gambetta

Il a vingt et un ans de Guillotière derrière lui. Aziz, patron du Gambetta, est aux premières loges de son quartier. Il parle des rues qui étaient un peu mortes et qui ont repris vie sous une autre forme. « Des bars branchés ont vu le jour. Je sais qu’il y a beaucoup de gens du quartier qui n’osent pas y aller car ils ne s’y sentent pas à l’aise. Ils pensent que ce n’est pas pour eux. » Lui, le premier. « Moi j’aime quand c’est sincère et vrai. J’aime me sentir chez moi. Dans ces nouveaux bars, c’est joli et beau, mais le sens humain n’est pas le même. »

Son café est à l’image des cafés de quartier tel qu’on les connaît : vivant et authentique. Et l’homme entretient depuis son comptoir ce qui faisait l’âme de la Guill', un carrefour entre les cultures, un lieu de brassage et de rencontres.

Chez lui, les gens se croisent. Il y a ceux qui fréquentent le lieu pour le café du petit matin. Il y a les ouvriers et les agents de la Ville qui s’y arrêtent en fin de matinée, il y a les hommes d’affaires qui viennent y boire une bière, et les jeunes qui profitent d’une pinte encore moins cher qu’ailleurs. « Ce genre de café devient de plus en plus rare », affirme Sylvain, du collectif “La Guillotière n’est pas à vendre”. Et Aziz pourrait bien faire figure des derniers de la place. « Plusieurs fois, on est venu me trouver pour m’acheter mon café. Et au prix que je voulais. Mais cela ne m’intéresse pas. »

Tatiana VAZQUEZ

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