METROPOLE Samu Croix-Rouge: « Ce n’est pas évident de choisir qui on met à l’abri »

Maraude avec le Samu social de la Croix-Rouge : Philippe Frossard, chef d’équipe, Aurélie Daumet, étudiante en médecine en stage, avec Amed, une vieille connaissance de Philippe.  Photo Richard MOUILLAUD
Maraude avec le Samu social de la Croix-Rouge : Philippe Frossard, chef d’équipe, Aurélie Daumet, étudiante en médecine en stage, avec Amed, une vieille connaissance de Philippe. Photo Richard MOUILLAUD

Chaque nuit ou presque, le Samu social de la Croix-Rouge effectue des maraudes auprès des plus précaires. Avec des moyens renforcés dans le cadre du plan Froid.

« Chaque soir, notre Samu dispose de deux places d’hébergement à attribuer à des hommes. L’autre Samu social, celui d’Alynea (1) , en possède deux pour des femmes et un pour un homme. Ce n’est pas évident de choisir qui on met à l’abri », commente Philippe Frossard, en grimpant dans l’un des deux véhicules engagés dans les maraudes.

Avant cela, le chef d’équipe a passé un coup de fil au 115, qui centralise les appels des personnes à la rue. L’équipage de la Croix-Rouge et l’écoutant du 115 resteront en relation le temps d’une tournée qui s’achèvera, après minuit, par un débriefing « qui soulage les esprits ».

À 19 h 30, destination la gare de la Part-Dieu. Contact a été pris, quelques minutes avant le départ, avec une famille dont la mère est enceinte. Elle se trouve au niveau de la voie A. Plusieurs allers-retours au milieu des voyageurs ne permettront pas à l’équipe de la Croix-Rouge de localiser les personnes en question. Leur téléphone, lui, ne répond plus.

« Je ne te félicite pas »

L’équipe aux gilets marqués d’une croix rouge connue et reconnue se fait vite repérer. Un jeune garçon, bien vêtu mais trop légèrement, s’est spontanément placé au côté du chef d’équipe. Il s’agit d’un jeune Guinéen qui explique être arrivé le jour même d’Espagne, par le train. Pas de doute sur les 15 ans qu’il annonce. Un quart d’heure plus tard, celui que l’on sent perdu, se retrouve avec une parka sur le dos et un café chaud entre les mains. Philippe Frossard sait ce qu’il lui reste à faire. La nuit, seule la police peut prendre en charge un mineur. L’attente commence. Effectivement, un équipage mettra 1 h 30 pour venir récupérer le jeune installé au chaud dans le camion de la Croix-Rouge.

« Je ne te félicite pas », dira l’un des policiers au gamin qui repart avec eux, avant de rejoindre l’Institut départemental de l’enfance et de la famille, si place il y a. Alors que la Croix-Rouge s’éloigne, il fait l’objet d’une fouille par les fonctionnaires de police s’assurant qu’il ne possède rien de dangereux.

Pour la Croix-Rouge, direction la porte des Cuirassiers, où, le 31 décembre, une maman et deux très jeunes enfants ont été aperçus. « Je trouve toujours très dur la présence d’enfants à la rue », confie Pierre Mazabrard, retraité bénévole, qui fait partie des équipes de maraude. Présente également, Aurélie Daumet, étudiante en médecine en stage à la Croix-Rouge, vit sa première maraude.

La famille monoparentale n’est pas au rendez-vous. Deux hommes, dont l’un a trop bu, sont invités à partager une boisson chaude. Quinze minutes après, celui qui se prénomme Hocine accepte d’être conduit à la Halte de nuit l’Escale, à Gerland. De nombreux « bonne nuit » seront échangés avec celui qui se réjouit à la perspective de prendre une douche chaude et de dormir dans un lit.

« Quand il fait froid, on voit moins de monde. Les gens se mettent à l’abri dans des caves, etc. », explique Philippe Frossard alors que le thermomètre n’affiche que 4 degrés.

Ce soir-là, les bénévoles de la Croix-Rouge vont aussi intervenir à la suite de « signalements citoyens ». Ce sera le cas dans le quartier Bel-Air, à Saint-Priest, où une femme dormant dans une fourgonnette a été signalée. En réalité, elle n’est pas seule et ne souhaite pas d’aide. Des sacs plastiques isolent l’habitacle aux vitres cassées.

(1) Le Samu social 69, contrairement à celui de la Croix-Rouge, est assuré par des travailleurs sociaux professionnels.

Alertée « sur la grande vulnérabilité » de SDF, la préfecture ouvre un gymnase

Le 8 janvier, lors de la maraude du Samu Social de la Croix Rouge. Photo d'archives Richard MOUILLAUD
Le 8 janvier, lors de la maraude du Samu Social de la Croix Rouge. Photo d'archives Richard MOUILLAUD

Le gymnase Gabriel-Rosset (Lyon 7e ) a ouvert ses portes mardi soir, sans que le plan Grand froid soit encore activé. 110 places y sont disponibles.

« La Maison de la veille sociale nous a alertés sur la grande vulnérabilité de personnes à la rue », explique la préfecture à propos du choix de recourir temporairement à des gymnases sans que les températures soient encore négatives.

La préfecture souligne, à cette occasion, préférer le gymnase à l’hôtel « parce qu’un site collectif permet un travail social complet et d’assurer la prestation alimentation ». « Nous avons été entendus », confirme Michel Pillot, directeur de la Maison de la veille sociale, faisant état de « situations plus dramatiques que les autres années, concernant des familles avec enfants, ainsi que des personnes malades ».

300 à 400 appels au 115 par jour, « on est loin du compte », considère, cependant, le directeur.

Selon Michel Pillot, 1 445 personnes différentes ont appelé le 115 dans les deux dernières semaines. « Ce qui correspond à 300 à 400 appels dans une journée. C’est similaire à l’an passé, avec une légère hausse. » 200 autres places en gymnase ouvriront avant la fin du mois de janvier, précise encore la préfecture, qui rappelle que 582 places sont actuellement ouvertes dans le cadre du renfort hivernal (1), « soit comme l’an passé, sans être confrontés aux températures négatives ».

L’ouverture du gymnase Gabriel-Rosset a été réalisée par les équipes de la Croix-Rouge. Elles passeront ensuite la main à l’association Notre-Damedes-Sans-Abri, qui en assurera la gestion.

(1) Pour 2018-2019, le plan Froid compte 1 200 places pour un coût de 3,6 millions d’euros. Le nombre de places pérennes est de 5 232.

D.M

Dominique MENVIELLE

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