PHOTOGRAPHIE Lyon telle qu’on ne la verra plus: 166 photos pour remonter le temps

La Guillotière, 1934.  Photo André GAMET
La Guillotière, 1934. Photo André GAMET
L’historien Stéphane Frioux a écrit les textes et les légendes de l’ouvrage Lyon photographiée. Photo D. MALOSSE
L’historien Stéphane Frioux a écrit les textes et les légendes de l’ouvrage Lyon photographiée. Photo D. MALOSSE
La rue de la République vers 1980. Photo André Gamet
La rue de la République vers 1980. Photo André Gamet
Les Cordeliers vers 1970. Photo André Gamet
Les Cordeliers vers 1970. Photo André Gamet
Place Bellecour, 1945. Photo André Gamet
Place Bellecour, 1945. Photo André Gamet
La Guillotière, 1934.  Photo André GAMET L’historien Stéphane Frioux a écrit les textes et les légendes de l’ouvrage Lyon photographiée. Photo D. MALOSSE La rue de la République vers 1980. Photo André Gamet Les Cordeliers vers 1970. Photo André Gamet Place Bellecour, 1945. Photo André Gamet

Un magnifique ouvrage répertorie des photographies de Lyon datant des années 1930 aux années 1970. Une plongée salutaire dans un passé lyonnais révolu.

« Toutes ces scènes que l’on ne verra plus… » L’historien Stéphane Frioux soupire de nostalgie quand il feuillette l’ouvrage dont il a légendé les photos. Ces longues après-midi passées aux archives départementales et municipales auront porté leur fruit : le Lyon des années 1930 aux années 1970 est subtilement raconté par 166 photographies en noir et blanc. Parmi ces « scènes que l’on ne verra plus » : des pêcheurs trempant leur canne à pêche dans la Saône. La piste de ski artificielle de la Sarra en service de 1964 à 1975.

Ces bateaux qui transportaient le vin venu de Bourgogne. Ces enfants dont les pieds dans le sable s’apprêtent à s’élancer dans la Saône. Ce même fleuve bloqué par des plaques de glace en 1963. Ces ouvriers de Rhodiaceta ou de Berliet (aujourd’hui Renault Trucks), du temps ou la France avait encore un tissu industriel digne de ce nom – un actif sur deux travaillait dans l’industrie en 1968. Ces métiers artisanaux disparus (les ateliers des canuts, les dessinateurs de soierie, les bijoutiers, les rémouleurs, etc.) Ces boulets de charbon qui alimentaient les chaudières, et dont la poussière noircissait les façades des bâtiments lyonnais. Les “baraques de Gerland”, immense bidonville entre l’avenue Jean-Jaurès et la halle Tony-Garnier qui accueillait des Italiens et Espagnols, puis des Maghrébins après la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux années 1960. Les manipulateurs de guignols. Les “pieds humides”, ces petits kiosques pour boire et manger dès 5 heures du matin (Lyon en possédait une dizaine avant les années 1940). Ces fiacres sur la place Bellecour, ressortis du fait de la pénurie d’essence durant la Seconde Guerre mondiale, après une mise au placard de trente ans. Ces abribus des années 1970…

De ces photographies diverses et variées – paysages, métiers, vie quotidienne, transports, travaux – l’historien Stéphane Frioux a tiré quelques tendances sur la transformation des modes de vie. « Il y a déjà la disparition des débits de boisson. En 1900, nous avions un débit pour 200 habitants et l’on s’inquiétait vraiment de l’alcoolisme ! Ils ont ensuite été abattus et remplacés par des résidences de standing. »

Le doigt posé sur les photographies des « devantures désuètes » des magasins de quartier, le maître de conférences à l’université Lyon II pointe également la « disparition des petits commerces de proximité au moment de l’arrivée de la grande distribution durant les années 1960. » « On remarque une extrême banalisation des villes, ajoute-t-il. Les chaînes des magasins uniformisent les paysages. » Autre tendance qui ressort : l’importance des métiers manuels de l’époque, « en opposition à notre société actuelle de services et de production délocalisée ».

On l’aura compris, les mutations lyonnaises sont le thème principal du livre. Y trouve-t-on tout de même une part d’immuable ? « C’est possible, sourit Stéphane Frioux. Par exemple, la ligne de bus C3, qui était auparavant un tramway, a gardé le même tracé depuis 80 ans ! Et la ville se reconstruit sur elle-même. La promenade des Lyonnais ne se fait plus sur les quais du Rhône en hauteur, mais sur les berges… »

Quatre photographes lyonnais pour un ouvrage

Le premier magasin Carrefour à Vénissieux, 1966 / Photo André Gamet
Le premier magasin Carrefour à Vénissieux, 1966 / Photo André Gamet

Les lyonnais Blanc et Demilly ont contribué à ériger la photographie en art. Connus pour leurs clichés de Lyon durant l’entre-deux-guerres, ils ont ouvert une galerie dans la ville et édité un bulletin d’information photographique mensuel. Les images de René Basset, lauréat du prestigieux prix Niépce, composent également l’ouvrage, tout comme celles d’André Gamet, connu pour ses photographies de Lyon durant la Seconde Guerre mondiale. Le livre a été préparé avec ces deux derniers photographes, lorsqu’ils étaient encore vivants tous les deux – Gamet est décédé l’année dernière.

Diane MALOSSE

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