Santé Le médecin consulte par écran interposé dans quelques pharmacies lyonnaises

La télémédecine est proposée dans quatre pharmacies : la  Pharmacie du Serpent (Lyon 1 er),  la  Pharmacie centrale (4 e), la  Grande pharmacie Saint-Paul (5 e) et la  Pharmacie Vitton (6 e), ici en photo.  Photo Pierre COMET
La télémédecine est proposée dans quatre pharmacies : la Pharmacie du Serpent (Lyon 1 er), la Pharmacie centrale (4 e), la Grande pharmacie Saint-Paul (5 e) et la Pharmacie Vitton (6 e), ici en photo. Photo Pierre COMET

Depuis le 5 décembre, quatre pharmacies lyonnaises proposent un service de téléconsultation. La promesse : joindre un médecin en quelques minutes au lieu de plusieurs jours.

« Je suis désolé. Le docteur n’accepte pas de nouveaux patients… » Lyon a beau ne pas être un désert médical, nombre de malades sont confrontés à cette sentence tous les jours. Traduction évidente de la congestion des plannings des quelque 5 000 médecins installés dans la cité des Gaules. Particulièrement ceux des spécialistes, dont les délais de rendez-vous se chiffrent en semaines, voire en mois (pas de créneau disponible à Lyon en dermatologie avant mars sur la plateforme Doctolib).

«Pour une téléconsultation avec un généraliste, il y aura quinze à vingt minutes d’attente au maximum »

Pour y remédier, et parfaire le suivi des maladies chroniques, l’un des remèdes préconisés par le Gouvernement, c’est la télémédecine. Comprendre la consultation à distance. Officiellement accessible depuis le 15 septembre sur l’ensemble du territoire français, elle a débarqué à Lyon le mercredi 5 décembre. Précisément, dans quatre officines du réseau Positive Pharma : la Pharmacie du Serpent (1er arrondissement), la Pharmacie centrale (4e ), la Grande pharmacie Saint-Paul (5e ) et la Pharmacie Vitton (6e ).

Dans son sillage : beaucoup de promesses (trop ?) concernant les délais d’accès aux soins. « Pour une téléconsultation avec un généraliste, il y aura quinze à vingt minutes d’attente au maximum, assure Carine Monaco, dirigeante de la coopérative Positive Pharma. Avec un spécialiste [22 disponibles], il faudra compter trois jours pour obtenir un rendez-vous. La clé, c’est le réseau de 70 médecins inscrits sur la plateforme agréée Medicitus, avec qui nous avons signé un partenariat [ils devraient être 400 de plus l’an prochain, Ndlr]. Installés un peu partout en France, ces praticiens vont se relayer en fonction de leur disponibilité pour ausculter, par caméras et écrans interposés, les malades venus dans nos pharmacies. » Éric Roussin, fondateur de la start-up parisienne Médicitus, d’ajouter : « Il a été démontré par plusieurs études que 75 % des diagnostics peuvent être réalisés à distance. Et ce chiffre monte à 90 % grâce aux objets connectés… Évidemment, tout ne peut pas se faire à distance, mais la téléconsultation, c’est de la vraie médecine. Ce n’est pas réservé à la bobologie. »

Comment se déroulent les téléconsultations ?

Les pharmacies du réseau Positive Pharma ont, chacune, déboursé entre 2 000 et 6 000 euros pour s’équiper d’un service de télémédecine.  Photo Pierre COMET
Les pharmacies du réseau Positive Pharma ont, chacune, déboursé entre 2 000 et 6 000 euros pour s’équiper d’un service de télémédecine. Photo Pierre COMET

Les malades désireux de joindre virtuellement un médecin seront installés, si le pharmacien le juge opportun, dans les espaces confidentiels des officines, qui servent d’ordinaire aux vaccinations ou aux essais orthopédiques. Là, un ordinateur équipé d’une caméra les attendra. Ils devront renseigner, sur la plateforme sécurisée et confidentielle de Médicitus, diverses informations : prénom, nom, date de naissance, adresse, numéro de Sécurité sociale, mutuelle, etc. Mais aussi poids, taille, motifs de la consultation et symptômes.

Passées ces formalités administratives, le malade choisira un médecin puis devra passer à la caisse : 30 € la téléconsultation, soit 5 € de plus qu’un rendez-vous physique. Si rien ne cloche, un généraliste apparaîtra à l’écran dans un délai annoncé de quinze minutes. S’engagera alors un échange traditionnel patient-praticien, à ceci près que les actes nécessitant une manipulation seront effectués par le pharmacien, présent aux côtés du malade. « Des stéthoscopes, otoscopes et dermatoscopes connectés ont été installés dans les salles de télémédecine des officines, informe Carine Monaco. Ils vont permettre de transmettre des images et des sons au médecin pour l’aider à établir son diagnostic et rédiger une ordonnance. »

Une fois la téléconsultation terminée, il ne restera plus qu’à récupérer les médicaments au comptoir de la pharmacie.

Remboursement sous conditions

Selon les termes de la Convention nationale, la téléconsultation doit s’inscrire dans le parcours de soins pour ouvrir droit à un remboursement de l’Assurance maladie. Ce qui impose donc une prescription du médecin traitant. De quoi restreindre l’intérêt du système.

Cependant, la règle a ses exceptions. Elle ne s’applique pas aux patients âgés de moins de 16 ans, ni aux spécialistes déjà en accès directs (psychiatres, gynécologues, ophtalmologues, stomatologues…). En outre – et c’est le plus intéressant –, la téléconsultation est remboursée si le malade n’a pas de médecin traitant ou s’il « n’est pas disponible dans un délai compatible avec l’état de santé du patient. » Cette notion étant pour le moins subjective, les plateformes de télémédecine n’ont pas manqué d’exploiter la brèche.

Elles sont plusieurs à demander aux patients de confirmer cette situation, en préambule de la téléconsultation. Ce qui permet une prise en charge, via une feuille de soins : 70 % remboursés par l’Assurance maladie et 30 % par la mutuelle. Méfiance tout de même. Il n’est pas impossible que la Sécurité sociale resserre la vis à l’avenir. Jointe lundi, elle « invite les patients à se tourner vers leur médecin traitant » et insiste sur la « notion d’urgence pour se soustraire au parcours de soins ».

Pierre COMET

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