SORTIR Francine Bergé: «Le théâtre est une drogue»

En 60 ans de carrière, la comédienne a travaillé avec les grands noms du théâtre (Planchon, Françon, Maréchal) et joué dans une trentaine de films ( Judex,  Monsieur Klein,  Les Rivières Pourpres…).  Photo Michel CAVALCA
En 60 ans de carrière, la comédienne a travaillé avec les grands noms du théâtre (Planchon, Françon, Maréchal) et joué dans une trentaine de films ( Judex, Monsieur Klein, Les Rivières Pourpres…). Photo Michel CAVALCA

La grande comédienne joue dans L’échange de Paul Claudel, à l’affiche du TNP de Villeurbanne.

Comment est né ce projet ?

« Après la création de Bettencourt Boulevard , Christian Schiaretti avait envie de retravailler avec moi. Il m’a proposé L’Échange , une pièce sordide, épouvantable, où j’incarne une femme qui pique l’homme d’une autre ! Mais j’ai 80 ans, lui ai-je rétorqué. Il n’a rien voulu savoir. »

Pour vous, que représente l’œuvre de Claudel ?

« Comme chez Racine, Claudel est un attelage à deux chevaux, la forme pour la langue et le fonds pour l’histoire. La différence tient à des règles moins précises chez le second. On ne parle pas en alexandrins, mais il y a une musique des mots plus compliquée. J’ai joué Le Soulier de satin , avec Jean-Louis Barrault en 1969, et beaucoup admiré Edwige Feuillère, l’une de ses grandes interprètes. Cette langue m’est familière. Je crois être faite pour Claudel. Pourtant ce sont toujours les copines que je voyais distribuées. »

Parlez-nous de votre histoire avec le TNP…

« Elle remonte à 1965, au Théâtre de la Cité (futur TNP) où j’ai joué Bérénice de Racine, mise en scène par Roger Planchon qui m’avait vue au cinéma dans Les Abysses. Avant lui, on montait la pièce comme un drame romantique. Planchon en a fait une lecture d’une telle violence, d’une telle méchanceté, que j’ai failli partir dès les premières répétitions. Je ne peux pas jouer un texte que mon corps rejette. Mais voyant la décontraction de Samy Frey, qui jouait Titus, je suis restée, et ne le regrette pas. »

Planchon a-t-il changé votre regard sur le théâtre ?

« Pour moi il y a un avant et un après Planchon. Il m’a vraiment appris à lire le théâtre. Bérénice a aussi changé ma façon de travailler. Vous n’imaginez pas la torture de jouer ce rôle sept fois par semaine, parfois en tournée devant des scolaires. Un vrai cauchemar. »

Où trouvez-vous l’énergie pour monter sur les planches ?

« Je ne suis plus une jeune première, ou une de ces femmes abandonnées qui jettent leurs tripes sur le parquet ! Mais j’ai besoin de jouer. Le théâtre est une drogue. Alors je m’en donne les moyens : cours de danse trois fois par semaines, deux footings hebdomadaires et même des cours de chant. Une hygiène de vie digne d’une chanteuse d’opéra. »

L’amour mis à mort par Claudel

Une pluie de sable s’abat sur le plateau nu, plongé dans de superbes clairs-obscurs, où les quatre personnages de L’Échange jouent avec le feu de l’amour et de l’argent. Une histoire où le riche Pollock, marié à Lechy, achète Marthe, l’innocente femme de Louis. Le metteur en scène Christian Schiaretti s’affranchit de cette dénonciation de l’argent qui achète tout et rend fou. Seul l’intéresse la langue de Claudel, somptueuse pour les uns, ampoulée pour d’autres. Impressionnante, diva vieillissante qui n’a pas renoncé à l’amour, Francine Bergé (Lechy) maîtrise parfaitement cet exercice. Elle cannibalise la scène où seul Robin Renucci, subtil Pollock, tire son épingle du jeu. En revanche, dans la déclamation et l’excès, Louise Chevillotte (Marthe) et surtout Marc Zinga (Louis) manquent de métier pour allier la musique de la langue au sens des mots.

PRATIQUE Du 6 au 23 décembre, au TNP de Villeurbanne. De 14 à 25 €. Tél. 04.78.03.30.00.

Propos recueillis par Antonio MAFRA

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