PATRIMOINE Claude, un retour impérial au musée des Beaux-arts

Camée�: Claude portant un sceptre.   Photo � KHM-Museumsverband
Camée�: Claude portant un sceptre. Photo � KHM-Museumsverband

Avec sa nouvelle exposition, le musée des Beaux-arts de Lyon réhabilite “Claude, un empereur au destin singulier” et à la personnalité moins insignifiante que celle véhiculée par les auteurs anciens, le cinéma et la littérature.

Né à Lyon

Il est né à Lyon en 10 avant J.-C. parce que son père était en mission (il conduisait des opérations militaires). Mais Claude quitte la ville peu après sa mort (à l’âge de deux ans). Il est le premier empereur romain à être né hors d’Italie. On peut voir sa représentation sur des bas-reliefs, des statues, et c’est plus rare sur des camées. On peut aussi suivre sa trace à Rome à travers les grandes photos en noir et blanc de Ferrante Ferranti.

Il n’aurait pas dû régner

Claude bégaie et boîte, sa famille le tient éloigné de la vie publique. Son frère Germanicus, jeune général, est promis à un brillant avenir : son oncle l’empereur, Tibère, l’a adopté pour qu’il lui succède. Malheureusement, il meurt empoisonné. L’autoritaire Caligula, fils de Germanicus, prend donc sa suite, mais il est assassiné en 41 après J.-C. Claude, âgé de 51 ans, est alors désigné, il est accepté par la garde prétorienne et par le sénat (qui avait hésité à revenir à une république). Il faut voir son attitude sur le tableau de sa proclamation, par Charles Lebayle (1886). 

Un séducteur ?

« Claude a eu une carrière matrimoniale à faire pâlir Liz Taylor », résume François Chausson, historien et un des commissaires de l’exposition. Jugez plutôt : deux fiancées et quatre épouses. Il faut remettre tout cela dans le contexte de l’époque où l’on se marie et on s’adopte en famille, on se trahit aussi. Messaline, sa troisième épouse va comploter contre lui avant d’être contrainte au suicide. On soupçonne la dernière épouse, Agrippine, mère de son fils Britannicus, de l’avoir empoisonné en 54 après J.-C. (pour privilégier la succession de Néron, son propre fils né d’un précédent mariage)… D’où la présentation de cette mosaïque avec champignons de Saint-Romain-en-Gal. Voir aussi cette exceptionnelle et imposante statue d’Agrippine et celle – plus modeste – de Britannicus, en toge.

Il respectait les étrangers

« Il n’a pas eu un règne avec excès, il a fait un grand travail d’utilité publique », estime Geneviève Galliano, conservatrice en chef du patrimoine et commissaire de l’exposition. Par exemple, il a lancé la construction du plus grand bassin portuaire du monde sur le delta du Tibre pour alimenter Rome en blé (voir la vidéo explicative). Mais c’est surtout, la Table Claudienne, « la Joconde du musée gallo romain de Fourvière », qui a fait sa réputation. Une grande plaque de bronze, découverte en 1528 sur la colline de la Croix Rousse, couverte d’un texte en latin. Que transcrit-elle ? Un discours prononcé par Claude, à Rome, en 48.  « Il répond aux Gaulois qui demandent à avoir tous les droits de la citoyenneté romaine. Il prend leur défense, expliquant que, chaque fois que l’Empire s’est agrandi, les étrangers ont été intégrés », détaille Hugues Savay Guerraz, directeur de Lugdunum (musée de Fourvière). Un sujet toujours d’actualité, 2 000 ans plus tard…

Une nouvelle policière pour les ados

L’empire des Julio-Claudiens, quelle belle source d’inspiration pour une série, dans la veine de Game of Thrones  ! Tout cela valait bien une nouvelle policière à destination des adolescents. Guillaume le Cornec, un ancien journaliste, diplômé en histoire, fondateur d’une agence de création éditoriale, a écrit Ne tirez pas sur l’empereur , un épisode de la saga Les Jaxon , à lire dans l’exposition. Comme d’habitude, les enfants retrouveront un livret jeu disponible gratuitement à l’entrée. À savoir, l’audioguide (1 € dans le musée) est gratuit sur le site du musée et izi.traval. Nombreuses visites commentées.

“Claude, un empereur du destin singulier”, jusqu'au 4 mars au musée des Beaux-Arts, 20, place des Terreaux, Lyon 1er. Tarif : 12 €. Ouvert tous les jours, sauf mardi et jours fériés, de 10 à 18 heures. www.mba-lyon.fr

Isabelle BRIONE

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