SOCIETE-POLITIQUE La Ville de Villeurbanne lance le débat sur la question du cannabis

La Ville de Villeurbanne souhaite poser les termes d’un vrai débat, concret, « sans tabou, ni angélisme » autour du cannabis.  Photo Lionel Vadam/ L’EST RÉPUBLICAIN
La Ville de Villeurbanne souhaite poser les termes d’un vrai débat, concret, « sans tabou, ni angélisme » autour du cannabis. Photo Lionel Vadam/ L’EST RÉPUBLICAIN

S’emparant d’un vaste sujet national, la Ville va lancer, le 10 décembre, une concertation citoyenne sur la question du cannabis. Objectif : recueillir des propositions pour lutter contre un « trafic et une consommation qui explosent ».

«  À Villeurbanne, il y a plus de 60 points de vente de cannabis. Sur le seul quartier du Tonkin, il y a eu 144 interpellations liées au trafic de drogue lors du premier semestre 2018 ». Les chiffres sont éloquents. Ils ont été dévoilés, par Didier Vullierme. « Le trafic explose, la consommation explose », résume l’adjoint à la Sécurité.

C’est à ce constat, mais aussi à ses conséquences, que la Ville a aujourd’hui décidé de s’attaquer. Avec une arme bien à elle : la démocratie participative. Dans quelques jours, elle va ainsi lancer une concertation citoyenne dans l’objectif d’« ouvrir le débat sur la place du cannabis dans la société et la législation française ». L’annonce, qui pourrait faire du bruit, a été formulée, ce mardi, lors d’une conférence de presse donnée par Didier Vullierme, donc, mais aussi Agnès Thouvenot, adjointe à la Santé, et Jonathan Bocquet, adjoint à la Jeunesse.

« Prohibition, dépénalisation, légalisation ? Il faut savoir où l’on veut aller, on ne peut pas rester sur le statu quo actuel »

« La présence de dealers sur l’espace public provoque des nuisances sonores, des problèmes de propreté et surtout d’insécurité. Or, c’est vers nous, les élus, que les habitants mécontents se tournent. Les villes sont en première ligne. Nous devons agir », a affirmé l’adjoint à la Sécurité.

Pour cela, la Ville souhaite poser les termes d’un vrai débat, concret, « sans tabou, ni angélisme », dixit Didier Vullierme. À partir du 10 décembre, la population aura à disposition une plateforme en ligne pour s’exprimer. Des tables rondes et des “Facebook live” seront également organisés [lire par ailleurs]. « Sur ce sujet du cannabis, la société civile est en avance sur la loi. Le “tout répressif” a atteint ses limites. Il faut soit changer la loi, soit les moyens pour la faire appliquer. Prohibition, dépénalisation, légalisation ? Il faut savoir où l’on veut aller, on ne peut pas rester sur le statu quo actuel. Là-dessus, les citoyens ont des choses à dire, des avis et de propositions à formuler », assure l’élu à la Sécurité.

Une synthèse du débat sera remise au gouvernement et aux parlementaires

En priorité adressée aux Villeurbannais (avec une communication dans le journal municipal Viva ), la consultation « sera élargie à tous ceux qui le souhaitent, en espérant qu’elle soit la plus vaste possible », indique Didier Vullierme. Elle s’achèvera le 10 février. L’objectif est d’en faire ensuite la synthèse dans un livre blanc qui sera remis, début mars, au gouvernement et aux parlementaires.

« Ce sera la contribution de Villeurbanne à un débat qu’elle souhaite voir s’ouvrir au niveau national », dit la Ville.

Ce n’est pas la première fois que Villeurbanne s’empare d’une problématique nationale (une autre consultation citoyenne est en cours sur la question des migrants). Elle s’y attelle seule puisque Didier Vullierme a concédé, à demi-mot, que la Métropole n’avait pas été sollicitée.

La majorité municipale PS se verrait-elle comme un opposant direct au gouvernement ? « Il n’y a pas de connotation politique, jure l’adjoint. Nous sommes simplement des lanceurs d’alerte. Il faut un certain courage politique sur ce sujet et nous pouvons nous féliciter d’être les premiers à l’aborder de cette façon. »

Le calendrier

●   10 décembre - 10 février : ouverture, sur internet, de la plateforme de concertation, accessible à tous : www.participez.villeurbanne.fr

●   10 janvier : “Facebook live” (chat en direct) avec Agnès Thouvenot.

●   15 janvier : table ronde “Trafic de cannabis : les villes à l’épreuve de ses conséquences sur la tranquillité urbaine, la santé et la jeunesse”.

●   16 janvier : “Facebook live” avec Jonathan Bocquet

●   24 janvier : table ronde “Prohibition, dépénalisation, légalisation : quelle législation pour lutter contre le trafic de cannabis ?”.

●   Mars : remise du livre blanc au gouvernement et parlementaires.

Une consommation record en France

Double hasard du calendrier, quelques heures avant la conférence de presse de la Ville, mardi 27 novembre, l’Assemblée nationale a voté le 23 novembre, le principe d’une amende forfaitaire de 200 € pour sanctionner la consommation de stupéfiants.

« Le problème, c’est qu’il y a un risque de discrimination. Ce seront toujours les mêmes qui seront contrôlés et donc possiblement sanctionnés », dénonce Didier Vullierme. L’autre hasard du calendrier, c’est la divulgation, le 26 novembre, des chiffres du “Baromètre santé 2017 sur les usages de substances psychoactives illicites en France”. Celui-ci fait apparaître des chiffres records en matière de consommation de cannabis.

 Près de 45 % des Français avouent avoir tiré sur un joint au moins une fois dans leur vie

En 2017, près d’un adulte de 18 ans à 64 ans sur dix (11 %) a fumé de ce produit au moins une fois dans l’année. Cette proportion monte même jusqu’à 27 % chez les 18-25 ans. Par ailleurs, 2,2 % de la population adulte consomme du cannabis chaque jour, soit 800 000 personnes (contre 1,7 %, en 2014). Jamais ce taux n’avait été aussi élevé.

Au total, près de 45 % des Français avouent avoir tiré sur un joint au moins une fois dans leur vie (23,6 % en 2000). « Le problème, avec la prohibition du cannabis, en France, c’est qu’il est très difficile de mettre en œuvre de réels dispositifs de prévention, contrairement au tabac ou à l’alcool », a insisté Agnès Thouvenot, l’adjointe villeurbannaise à la Santé.

Thomas LACONDEMINE

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