CINÉMA Les secrets de l’hallucinant cabinet de curiosités de Jeunet & Caro

Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro devant les figurines d’ Alien Résurrection . Photo Pierre AUGROS
Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro devant les figurines d’ Alien Résurrection . Photo Pierre AUGROS
Le nain de jardin d’ Amélie Poulain.  Photo Pierre AUGROS
Le nain de jardin d’ Amélie Poulain. Photo Pierre AUGROS
La Cité des enfants perdus, échec commercial et conte baroque, était peuplé de savants fous, de gosses habillés par Gaultier et d’animaux monstrueux.  Photo Pierre AUGROS
La Cité des enfants perdus, échec commercial et conte baroque, était peuplé de savants fous, de gosses habillés par Gaultier et d’animaux monstrueux. Photo Pierre AUGROS
Dans  La cité des enfants perdus, leur film colossalement esthétisant, le cerveau d’Irvin avait la voix de Jean-Louis Trintignant . Photo Pierre AUGROS
Dans La cité des enfants perdus, leur film colossalement esthétisant, le cerveau d’Irvin avait la voix de Jean-Louis Trintignant . Photo Pierre AUGROS
L’enseigne de  Delicatessen.  Photo Pierre AUGROS
L’enseigne de Delicatessen. Photo Pierre AUGROS
Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro devant les figurines d’ Alien Résurrection . Photo Pierre AUGROS Le nain de jardin d’ Amélie Poulain.  Photo Pierre AUGROS La Cité des enfants perdus, échec commercial et conte baroque, était peuplé de savants fous, de gosses habillés par Gaultier et d’animaux monstrueux.  Photo Pierre AUGROS Dans  La cité des enfants perdus, leur film colossalement esthétisant, le cerveau d’Irvin avait la voix de Jean-Louis Trintignant . Photo Pierre AUGROS L’enseigne de  Delicatessen.  Photo Pierre AUGROS

Les créatures d’ Alien Résurrection , les babioles d’ Amélie Poulain , les bizarreries de La cité des enfants perdus ou les mécanismes cocasses de Delicatessen  : 300 objets de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro sont exposés au musée Miniature et Cinéma de Lyon.

Ils sont réalisateurs, artistes maudits, probablement un peu savants fous, à la fois admirés et mal aimés, souvent pris en flagrant délit de trop-plein. Associés sur trois films ( Delicatessen, la Cité des enfants perdus, Alien résurrection ) et créateurs en solo ( Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles pour Jeunet, Dante 01 pour Caro), le réalisateur Jean-Pierre Jeunet et le directeur artistique Marc Caro ont réuni leurs trésors à Lyon. Mais qui sont-ils vraiment ? On a fouillé dans leurs mémoires.

Des objets sauvés de la benne et sur PropStore

Jean-Pierre Jeunet  : « Une bonne moitié des objets exposés était dans mon bureau. Je voyais la tête des gens quand ils venaient me voir… C’était trop bête de ne pas partager. J’ai mis deux ans et demi à retrouver les choses. Parmi les pièces, il y avait l’Alien qui commençait à se désagréger, et Dan Ohlmann (directeur du musée Miniature et Cinéma de Lyon) a proposé de le restaurer. En échange, l’expo viendrait à Lyon après ses dix mois à la Halle Saint-Pierre (Paris).

Dan a également refait le cerveau d’Irvin, de La cité des enfants perdus. »

Marc Caro  : « La plupart de ces objets n’étaient pas faits pour durer. Ils ont parfois été créés pour un seul plan et finir aussitôt à la benne. On a retrouvé plein de choses qu’on pensait disparus sur le site PropStore , une maison d’enchères spécialisée dans les objets de cinéma.

J’aurais bien aimé retrouver le détecteur de conneries de Delicatessen et les robots que j’avais fabriqués pour Zoolook de Jean-Michel Jarre : sur les douze, on en a retrouvé qu’un seul. »

Notre rencontre à Annecy

M. C.  : « On s’est rencontrés au festival d’animation d’Annecy. Je lui ai vendu un exemplaire de ma revue qui coûtait 3,50 francs et qui était baptisée Fantasmagorie en hommage à Émile Cohl, dont vous avez l’école à Lyon. »

J.-P. J.  : « Après ça, quand il venait à Paris, il dormait dans ma chambre de bonne sur un matelas. On a échafaudé des projets, le premier étant L’évasion , un court-métrage en stop motion. Marc a sculpté les têtes des marionnettes, et moi, les personnages et les décors. »

Ce qui nous différencie

J.-P. J.  : « Être deux nous a beaucoup aidés au début. On savait ce qu’on voulait : boum, boum, point ! C’était dur d’être contre nous. Les types d’en face devaient être vachement forts ».

M. C.  : « On travaille ensemble, on met dans un pot commun et, à un moment, on a eu envie d’explorer nos particularités. C’est là que nos chemins se sont séparés. »

J-P.J.  : « Je prendrai un exemple très simple pour résumer ce qui nous différencie. Amélie Poulain est un film très positif, ça ne ressemble pas à Marc. »

M. C.  : « Je suis plus dark, j’ai besoin d’une dimension mythologique, fantastique, qui va vers l’autre côté. C’est notre côté Yin et Yang. »

Mauvaise réputation

J.-P. J.  : « On vaut toujours ce que rapporte son dernier film. Après Amélie Poulain , j’aurais pu présenter quatre pages d’annuaire en guise de scénario, on m’aurait dit oui.

Aujourd’hui, on me fait payer les désaccords sur Alien résurrection et le résultat commercial de L ’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet (2013). Mon agent m’a dit : « Tu es trop intransigeant ». Ce qui faisait de moi un artiste intègre il y a dix ans, est devenu une mauvaise réputation. »

Punk taoïste

M. C.  : « Des deux, c’est moi le plus intransigeant. On peut être intransigeant en étant cool, l’un n’empêche pas l’autre. Mais quand ça doit être comme ça, ce n’est pas autrement. C’est ma voie, le Tao est ainsi : je suis un punk taoïste. »

Votre objet culte ?

M. C.  : « Le cerveau d’Irvin, de La cité des enfants perdus. C’est juste un cerveau en caoutchouc dans de l’eau verte à bulles, mais à chaque fois, je me remémore notre rencontre avec Jean-Louis Trintignant, qui lui a donné sa voix. On était tous deux aussi intimidés vis-à-vis de Trintignant que lui vis-à-vis de nous. »

J.-P. J.  : « La main de bois d’ Un long dimanche de fiançailles , un chef-d’œuvre de mécanique et de sculpture qui a été fait pour quelques secondes de film. »

pratique Musée Miniature et Cinéma, 60 rue Saint-Jean, Vieux Lyon. Tél. 04.72.00.24.77. De 10 à 18 heures (19 heures le week-end et pendant les vacances). 9 € et 6,50 €.

lire Tous les cinémas de Caro et Jeunet , Cernunnos, 39,95 €.

David S. TRAN

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