musique David Leonard Wiedmer, le luthier lyonnais médaillé aux États-Unis

Au premier plan, l’alto médaillé en argent et dans les mains du luthier, le violon médaillé d’or.  Photo David TAPISSIER
Au premier plan, l’alto médaillé en argent et dans les mains du luthier, le violon médaillé d’or. Photo David TAPISSIER
Le violon médaillé d’or Photo David TAPISSIER
Le violon médaillé d’or Photo David TAPISSIER
David Léonard Wiedmer offre à Dominique Lonca et son nouveau violon . Photo David TAPISSIER
David Léonard Wiedmer offre à Dominique Lonca et son nouveau violon . Photo David TAPISSIER
Au premier plan, l’alto médaillé en argent et dans les mains du luthier, le violon médaillé d’or.  Photo David TAPISSIER Le violon médaillé d’or Photo David TAPISSIER David Léonard Wiedmer offre à Dominique Lonca et son nouveau violon . Photo David TAPISSIER

Triplement récompensé lors du grand concours de luthier de Cleveland (États-Unis) à 29 ans, le Lyonnais David Leonard Wiedmer continue de travailler dans l’ombre, dans son appartement. Rencontre.

Deux médailles d’or et une d’argent. Le bilan exceptionnel d’une compétition internationale très relevée. Jeudi dernier, David Leonard Wiedmer a été primé pour son travail de luthier. Lors de la compétition internationale organisée par la Violin Society of America à Cleveland (États-Unis), il a été deux fois médaillé d’or pour un violon et un violoncelle, en collaboration avec Damien Gest, et reçu l’argent pour un alto.

Une consécration, mais surtout un moyen de se rassurer pour celui qui a découvert le métier lors d’une visite « magique » dans un atelier alors qu’il était enfant. Aujourd’hui âgé de 29 ans, il s’est d’abord formé en ébénisterie. Pour des raisons financières, il n’a pu intégrer l’école suisse de lutherie. Il choisit alors de se former à l’École nationale de lutherie de Mirecourt, dans les Vosges.

Et sa carrière a depuis décollé grâce à ses bons résultats, mais également « à l’État français qui [lui] a permis, en trois ans, de devenir luthier ».

Le boum des instruments neufs

Il a travaillé six mois à New York, puis deux ans et demi dans le plus important atelier de réparation londonien, avant de rejoindre Damien Gest, à Lyon, un ami spécialisé dans le violoncelle.

« Au départ, je faisais principalement de la réparation de violon en atelier. Puis, peu à peu, la demande de fabrication est devenue de plus en plus importante », explique-t-il.

La raison ? Le prix des instruments anciens de plus en plus élevé, la qualité et le prix abordable du neuf.

« Il y a une renaissance dans la fabrication, estime-t-il. Grâce à Internet, beaucoup d’études sur le vernis, le bois utilisé ou les instruments nous ont permis d’être précis et d’effectuer d’excellentes copies. La seule chose que l’on ne peut reproduire, c’est l’effet du temps. »

Esthétisme et acoustique

Année après année, David cherche à se perfectionner pour coller au plus près des commandes d’instruments. Après un gros investissement en outillage, il travaille sur les besoins et les demandes des musiciens. En France, ils se montrent particulièrement exigeants. « Ils sont tous différents : leur goût évidemment, mais aussi leur type de jeu, leur manière de tenir un archet, de rentrer dans leur instrument ou au contraire d’être léger. Mon rôle est de répondre à leur demande. De ce fait, ils jouent un vrai rôle dans la fabrication, me permettent de progresser et de faire évoluer le violon sur le plan de l’acoustique », précise-t-il.

Et lorsque, au printemps 2017, Dominique Lonca vient lui demander de lui fabriquer un violon avec un type de bois particulier (lire par ailleurs), David Leonard Wiedmer décide de le présenter au concours 2018 de Cleveland. « Cette récompense est très intéressante : elle distingue à la fois l’esthétisme et l’acoustique de l’instrument. C’est une vraie fierté, d’autant qu’elle me permet de m’étalonner par rapport à mes confrères français et étrangers. Cette médaille est finalement assez rassurante. »

Un investissement pour les musiciens

Un tel instrument est un investissement pour les musiciens qui franchissent le pas et qui cessent de louer. « Les prix ont flambé, mais je fais le choix d’être raisonnable, car je suis jeune dans le milieu. Je prends du plaisir quand je vois un musicien en prendre avec mon instrument », conclut-il.

« Ce violon a été un choc »

"J’ai rencontré David Leonard Wiedmer grâce à un ami commun", explique Dominique Lonca, violoniste, du quatuor Debussy. "Je devais travailler avec sa compagne et j’ai essayé un violon qu’il avait fabriqué. J’ai eu un premier choc : je possède un instrument qui date du XIXe  siècle et j’avais une appréhension du neuf. J’ai été impressionné par la qualité et la richesse du son. J’ai alors décidé de lui faire confiance et j’ai adoré faire le choix du bois : j’ai vu naître mon violon et j’ai suivi toutes les étapes de la construction. Je l’ai reçu quelques mois plus tard et là, nouveau choc. Il était encore meilleur que l’autre. J’ai joué avec pendant un an… Puis, David est parti avec pour le concours. Le fait qu’il soit primé ? Une grande fierté, mais sincèrement, il était déjà primé dans mon cœur".

Quel prix ? 

Il est logiquement élevé. Il faut compter entre 8 000 et 15 000 € pour un violon, qui demande plusieurs mois de travail. Les prix peuvent même atteindre plusieurs dizaines, voire des centaines de milliers d’euros pour des pièces rares. Le record : le violon Stradivarius Lady Blunt vendu 14 millions d’euros.

Quel bois ?

Érable et épicéa : le duo gagnant pour le violon primé lors du concours de Cleveland. L’érable vient de Bosnie (fond, tête et éclisses de l’instrument), l’épicéa d’Italie (table, ou face visible, du violon).

Lyon, une ville de luthiers depuis la Renaissance

L’histoire des luthiers à Lyon débute au XVIe siècle par un nom : Gaspard Tiefenbrucker. Fabricant de luths, de violes et de harpes, il était considéré par les Italiens de Cremona comme “le père du violon”.

Au début du XXe siècle, tout comme Paris, Lyon est une place forte des luthiers. Une reconnaissance due à la présence de Paul Blanchard, emblématique fabriquant d’instruments, mort en 1912, à qui l’on doit 1 200 pièces.

Durant la seconde partie du XXe  siècle, l’école lyonnaise a brillé grâce à des luthiers de talent. Leur célébrité dépassait les frontières de l’Hexagone : Jacques Fustier, mais aussi Jean-Frédéric Schmit. Tous deux, récemment disparus, ont laissé un grand vide.

Et si une bonne dizaine de luthiers travaille aujourd’hui sur la place lyonnaise, des villes comme Angers et Montpellier font désormais partie des villes références.

David TAPISSIER

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