Consommation Les marchés se réinventent pour survivre dans la métropole lyonnaise

Photo d’illustration Philippe JUSTE
Photo d’illustration Philippe JUSTE

Alors que les chiffres de la fréquentation des marchés sont en hausse dans la métropole lyonnaise, petit tour de visite dans les étals des nouvelles initiatives proposées par les forains pour survivre.

Si à l’heure d’Internet et de la grande surface, les marchés semblent en péril, ils regorgent d’idées pour s’adapter à leur public : horaires de nuit, produits locaux et bio, et un rapport qualité-prix raisonnable.

Ambiance sur le marché de la Croix-Rousse, l’un des trois plus importants de Lyon./ Photo d’archives Stéphane GUIOCHON
Ambiance sur le marché de la Croix-Rousse, l’un des trois plus importants de Lyon./ Photo d’archives Stéphane GUIOCHON

A Lyon, les chiffres de la fréquentation s'envolent

Chaque semaine, ce sont 134 marchés qui se tiennent à Lyon. Et la fréquentation de ces marchés continue d’augmenter. En effet, selon l’enquête Consommateurs publiée en 2017 par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), la qualité des marchés lyonnais correspond bien aux attentes des consommateurs. La part de la consommation sur les marchés alimentaires progresse à Lyon, passant de 9,2 à 10,4%. Alors que la dépense annuelle des ménages de la région lyonnaise progresse de 6% entre 2012 et 2017, les marchés lyonnais voient eux leur chiffre d’affaires progresser de 31%. La part des dépenses alimentaires réalisées sur ces marchés est globalement supérieure à 10% (contre 6,7% sur la région lyonnaise).

La Ville se veut « à l’écoute de tous les acteurs grâce à son travail de terrain : syndicats professionnels, riverains, commerçants sédentaires, ainsi que les relais officiels que sont les conseils de quartier et les mairies d’arrondissement ». Elle encourage également la création d’associations de commerçants sur les différents marchés, afin d’échanger plus efficacement avec eux.

Des horaires décalés, du bio, des producteurs

En conséquence, l’offre des marchés à Lyon s’est développée, notamment avec l’émergence des marchés l’après-midi ou des marchés bio, pour s’adapter aux modes de vie et répondre au mieux aux comportements : sept marchés en horaires décalés sont proposés les après-midi, allant de 13 à 20 heures.

Dans la région lyonnaise, 48% des ménages déclaraient acheter des produits biologiques en 2012, ils sont 61% en 2017. La Ville a accompagné le mouvement en créant cinq marchés bio (Vaise, place Henri, place Ambroise-Courtois, Saint-Jean et Croix-Rousse).

Au-delà des chiffres et des créneaux horaires qui prouvent le dynamisme des marchés lyonnais, la Ville a également engagé un travail pour poursuivre l’amélioration de la qualité de ses marchés, en abordant de nouveaux sujets et indicateurs plus qualitatifs : la gestion des déchets, leur intégration à la vie du quartier, ou encore la vente directe par les producteurs.

222 C’est le nombre de marchés alimentaires nettoyés chaque semaine par le service voirie de la Métropole de Lyon.

À Bron, des vertes et des pas mûres autour du marché

A Bron, le marché du centre-ville compte 140 forains. Photo d’illustration Hervé PUPIER
A Bron, le marché du centre-ville compte 140 forains. Photo d’illustration Hervé PUPIER

« Le marché du centre ? J’y vais de moins en moins car les produits sont bas de gamme. Il y a bien le marché bio, sur la place Curial, mais là, c’est l’inverse, les prix sont plutôt élevés. Il faudrait trouver le juste milieu. »

Sur la place de la Liberté, à l’arrière de la mairie de Bron, le rendez-vous bihebdomadaire, qui réunit quelque 140 forains proposant produits alimentaires et manufacturés, soulève les critiques des tenants du “c’était mieux avant”.

La grogne déborde sur le terrain politique

Pour les élus d’opposition, la situation ne cesse de se dégrader. Marchandises de qualité médiocre, offre insuffisamment diversifiée (sur-représentation des étals de fruits et légumes), absence de propreté, mendicité, voire insécurité, la liste des griefs est longue. Avec, en ligne de mire, l’apathie supposée de la municipalité socialiste.

« Des critiques récurrentes et excessives », selon Françoise Pietka (PCF), adjointe en charge de ce dossier. « Comme partout ailleurs, ce grand marché est source de difficultés (circulation, stationnement, saleté, etc.), concède-t-elle. Mais il tire encore bien son épingle du jeu. » À l’appui de son affirmation, l’élue brandit les résultats d’une récente enquête. Avec quelque 4000 passages, une clientèle âgée majoritairement brondillante, des forains qui se pressent pour déballer, « notre marché joue son rôle de proximité tant le lundi que le vendredi. Il a un impact positif sur l’activité des commerces sédentaires du secteur, souligne Mme Pietka. Alors oui, c’est un lieu populaire, le prix du panier moyen est peu élevé mais tout le monde ne peut pas aller aux Halles de Lyon… Bien sûr, il faut apporter des améliorations. Nous venons de revoir la circulation et le stationnement. Une campagne de sensibilisation à la propreté est lancée en direction des forains. Nous nous employons aussi à renforcer la qualité et la diversité de l’offre. »

Et à en croire Abdelaziz Boumediene, cette démarche porte ses fruits. Pour le président de l’association des commerçants indépendants des marchés du Grand Lyon (ACIML), qui revendique 250 adhérents, « nous avons retrouvé une dynamique car nous sommes vigilants. Une minorité de forains ne doit pas tirer le marché vers le bas. Mais le supprimer, comme certains le suggèrent, serait une grave erreur. Notre société a plus besoin que jamais de ce type de lieu d’échanges et de rencontres entre les générations. »

H.P.

Paul Simon, Élisabeth Bazin et François Bonnard, agriculteurs associés à Grains de ferme.  Photo Samuel TRIBOLLET
Paul Simon, Élisabeth Bazin et François Bonnard, agriculteurs associés à Grains de ferme. Photo Samuel TRIBOLLET

Ouest lyonnais : pourquoi les magasins de producteurs ont le vent en poupe

Grâce à la proximité des champs et de la ville, les magasins de producteurs de l’ouest lyonnais ont la cote. Associant généralement entre dix et vingt agriculteurs, ces magasins proposent la vente directe au consommateur, sans intermédiaire, de fruits, légumes, viande et divers produits transformés.

« L’avantage est entre autres financier, car on peut valoriser nos produits correctement », explique Élisabeth Bazin, productrice de lait pour Grains de ferme, à La Tour-de-Salvagny. « Notre rapport qualité-prix est bon, pour le consommateur, comme pour nous », ajoute Pauline Bertrand, de La Ferme lyonnaise, à Craponne.

Mais l’intérêt réside aussi dans le contact direct qui s’établit avec les clients : la vente directe devant légalement se faire en présence d’un des producteurs, ces derniers se relayent en magasin et peuvent discuter avec les consommateurs.

« Les gens veulent savoir ce qu’ils mangent, explique Jocelyne Monfray, qui fournit céréales, pain et viennoiseries à Paysans de l’ouest, à Champagne-au-Mont-d’Or. En parlant avec eux, on peut leur redonner confiance en ce qu’ils mangent. »

L’alimentation préoccupe beaucoup les Français, remarque Élisabeth Bazin : « Chaque émission sur la malbouffe à la télé nous ramène des clients. Les gens font désormais attention à ce qu’ils mettent dans leur assiette, en particulier quand ils ont des enfants. »

Très courant dans ce type de magasin, le bio n’y est pourtant pas généralisé, mais, assurent les producteurs, tout se fait en agriculture raisonnée – un concept prônant, entre autres, une utilisation aussi limitée que possible des pesticides et engrais chimiques.

De plus, les exploitations sont en règle générale situées dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres, permettant une vente en circuit court, et donc, des produits plus frais que lorsqu’il y a des intermédiaires.

Villeurbanne : il change de rue, la clientèle le suit

Un nouveau producteur de pain a pris place sur l’esplanade : La Ferme de Chalonne cultive son blé, produit sa farine et cuit son pain.  Photo Yannick PONNET
Un nouveau producteur de pain a pris place sur l’esplanade : La Ferme de Chalonne cultive son blé, produit sa farine et cuit son pain. Photo Yannick PONNET

Il n’est pas rare d’y voir des files d’attente : installé depuis trois ans sur le square René-et-Marguerite-Pellet, qui borde une petite partie du cours Émile-Zola à Villeurbanne, un petit marché hebdomadaire de producteurs a su séduire les habitants du quartier. Il les a même fidélisés, si l’on en juge par une récente relocalisation des étals : les travaux de réaménagement du cours Émile-Zola imposent en effet à la petite dizaine de professionnels qui l’animent chaque mercredi en fin d’après-midi de déballer de l’autre côté de cet axe, sur l’esplanade Sakharov, depuis le 5 septembre 2018. Un petit espace y a été préservé sur un secteur où se succèdent les engins de chantier en journée. Sur le marché, les badauds peuvent acheter du vin, des fruits et légumes, du fromage, du miel, de la viande de bœuf et de cochon ou encore des confitures. Caractéristiques communes à tous ces produits de bouche : ils sont locaux, souvent bio et vendus par leurs producteurs.

Y.P.

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