Portrait Ses cours de maths font salle comble: Krimou assure aussi le spectacle

Abdelmonime Krimou donne entre deux et quatre cours, tous les jours./ Photo N. B.
Abdelmonime Krimou donne entre deux et quatre cours, tous les jours./ Photo N. B.
Un cours de Krimou./ Photo N. B.
Un cours de Krimou./ Photo N. B.
Abdelmonime Krimou donne entre deux et quatre cours, tous les jours./ Photo N. B. Un cours de Krimou./ Photo N. B.

Du soutien scolaire qui déménage : sept jours sur sept, Abdelmonime Krimou fait bûcher un nombre impressionnant de collégiens, lycéens et d’étudiants dans un local de Lyon 1er. Il affiche des résultats enviés. Et passe outre les critiques de certains profs des lycées concernés.

Ce n’est pas une morne salle de cours. C’est le théâtre d’un vrai “show” mathématique. “Krimou” entre en scène pour deux heures non-stop sous de petits projecteurs. Il a la tchatche d’un Jamel Debbouze et les bras qui moulinent dans tous les sens.

“Lois binomiales”, “univers”, “variances”... Derrière lui, un tableau blanc se noircit de myriades de chiffres. Trop ardu? Coup de booster aux huit étudiants présents! « Le jour de l’examen, vous devez être meilleurs que le prof », tonne ce quadra.

15 euros pour deux heures minimum, gratuit l’année suivante pour ceux qui ont redoublé

3, 2, 1... C’est parti. Son chrono est actionné. « Normalement, ce problème se résout en quatre minutes. Mais je vais être gentil, je vous en laisse cinq. »

À la fin de l’exercice, sa voix fait retentir un autoritaire : « Posez les stylos ! », suivi d’un plus ironique, mais tout aussi efficace : « Et, ça va, toi, avec ton portable ? Tu passes le bonjour à ta copine de ma part s’il te plaît ? » On pouffe dans l’assistance. Extrait d’une séance un mardi matin dans les locaux loués par Abdelmonime Krimou, tout près de la place Croix-Paquet (Lyon 1er).

Sept jours sur sept, depuis six ans, il y accompagne chaque mois des centaines de collégiens, de lycéens ou d’étudiants, plus ou moins fâchés avec les maths. Et ça déménage. Dans son souvenir, seul un de ses élèves a été recalé au bac 2018.

Serait-il un magicien de la calculette et de l’équerre ? « Non, je ne promets jamais que les gens auront de bonnes notes. Je dis aux parents : “On peut essayer, si votre gosse est sérieux et régulier.” Dans mes cours collectifs, ça bosse. Le respect et l’entraide sont pour moi des valeurs centrales. Mais l’humour compte beaucoup. Il faut vraiment que les élèves aient envie de venir ici. Sinon, ça ne sert à rien », prévient-il.

Krimou carbure à la passion de l’enseignement. « Je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre », s’excuserait presque ce natif de Bourg-en-Bresse, qui a « toujours aimé les maths ». Il n’a jamais admis que le monde puisse se diviser entre “bons“ et “nuls” dans cette matière. D’où ce théorème : « Tout le monde peut être matheux à partir du moment où on explique les choses. »

Pour coller au mieux aux besoins des élèves, Krimou stocke à mesure, au fil des années, les devoirs donnés par les profs des lycées concernés – ce qui lui vaut parfois l’inimitié des intéressés prompts à l’accuser de vendre la mèche ou de se livrer à du plagiat.

Krimou passe outre ces critiques et classe ainsi l’affaire : « Je me vois comme un orthophoniste des maths, qui contribue indirectement à la réussite de ces lycées. Où est le souci ? »

Son obsession est de faire progresser sans arrêt le contenu de ses cours pour assurer à ses élèves le meilleur avenir possible. « Regardez ce texto ! Une étudiante qui m’a écrit à 23h45 parce qu’elle séchait sur un truc la veille de l’examen. Je lui ai répondu tout de suite. S’ils échouent, je le prends comme un échec personnel. En cas de redoublement, je ne fais pas payer l’année suivante. On ne va pas non plus infliger de double peine aux personnes », souffle Krimou.

La séance est facturée aujourd’hui 15 euros pour deux heures minimum. « Et je déborde souvent, sans faire payer plus. » Ce tarif imbattable, permis notamment par l’aspect collectif des cours, explique une partie de sa réussite. « Mon père était ouvrier à l’usine de camions Berliet, à Bourg. Je viens d’une famille pauvre et je ne l’ai pas oublié. Tous les milieux sociaux doivent pouvoir avoir accès à l’excellence. »

Les élèves et leurs parents le lui rendent bien. Une vraie star ! « Ah non, je n’aime pas ce mot », corrige-t-il, regard soudain noir et sourcils froncés. « Les stars, ce sont mes élèves. Et rien ne me rend plus heureux que de les voir réussir. »

Dans les lycées, des profs nerveux

Les élèves qui suivent ses cours de soutien proviennent pour l’essentiel des grands lycées privés lyonnais sous contrat (Chartreux, maristes, Saint-Marc et lazaristes) ainsi que, côté public, d’Édouard-Herriot. Nos démarches pour faire réagir certains de leurs responsables n’avaient pas abouti au 18 octobre. Il semblerait que l’entreprise de Krimou suscite parfois l’ire des profs de maths. En témoigne cette mère de famille : « Ils critiquent Krimou pour deux raisons. La première est que cela laisse supposer, en creux, que leurs enseignements ne seraient pas assez performants – ce sont des établissements d’excellence. La seconde, est que des élèves inscrits chez Krimou deviendraient du coup moins attentifs dans leurs cours à eux. »

« Il répond gratuitement, même en pleine nuit »

Une étudiante en L2

« C’est par le bouche-à-oreille que j’ai entendu parler de Krimou. D’autres étudiants m’avaient dit : “Il est super.” Je confirme ! Je viens ici une fois par semaine, pour la deuxième année. Ça me permet de bien préparer les “TD” (travaux dirigés) ou les examens de ma L2 (2e année de licence) à l’IAE (institut d’administration des entreprises) de l’université Lyon 3. L’an dernier, j’étais souvent en dessous de la moyenne en maths. Maintenant, j’ai plus de 10/20. Cela aurait été impensable sans sa méthode. J’aime bien le fait que ses cours de soutien soient collectifs. Cela rapproche les personnes et chacun peut poser des questions sur ce qu’il ne comprend pas. L’atmosphère encourage à travailler. Krimou a un bon équilibre entre autorité et humour. Il nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes, sans jamais laisser personne à la traîne. Ses cours ont un autre avantage : ils ne sont pas chers du tout. Il répond même gratuitement à nos questions sur son temps libre, même en pleine nuit ! »

 

« S’il y a trop de bruit, il fait sonner une sirène »

Un lycéen de terminale

« Chaque semaine, j’assiste à ses cours collectifs de soutien en algèbre. Mes notes au lycée sont encore meilleures que l’an dernier. En maths, je tourne entre 18 et 19/20. Grâce à Krimou, j’ai vraiment compris, par exemple, les suites et la dérivation. Il nous fait travailler entre autres sur d’anciens sujets de “DS” (devoirs surveillés) donnés il y a quelques années par nos profs. Sa méthode me convient. Il n’est pas sans arrêt derrière notre dos. Mais l’autorité est là. Si tu ne fais rien, il peut te virer. Et quand la salle est trop bruyante, il fait sonner une sirène [que des élèves lui avaient offert, ndlr.] »

Nicolas BALLET

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