La ville change Faire la ville autrement : élus et habitants face à face

Le collectif Habitons Mazagran devant l’atelier du Chat Perché rue Salomon-Reinach.  Photo Aline DURET
Le collectif Habitons Mazagran devant l’atelier du Chat Perché rue Salomon-Reinach. Photo Aline DURET

Près de deux cents personnes ont répondu présent ce mardi soir à la Guillotière, pour débattre d’un projet immobilier dont ils ne veulent pas. Ils suggèrent une autre façon de faire la ville. Il leur faut convaincre…

Ils se sont écoutés, presque religieusement ou en tout cas avec respect, mais se sont-ils compris ? Ce n’est pas certain. Comme s’ils n’appartenaient pas vraiment au même monde. D’un côté, les élus venus parler, défendre, un projet immobilier, programmé en pleine Guillotière à deux pas de l’ancien garage Citroën, mais prêts « à faire évoluer certaines positions ». De l’autre, un collectif d’habitants et pas mal d’associations qui se disent « ouverts au changement » mais qui demandent une autre façon de faire la ville.

Une centaine de logements

Ce qui a mis le feu aux poudres… Une opération immobilière envisagée sur l’îlot Mazagran qui suppose notamment la construction d’une centaine de logements après démolitions. C’est un projet conduit par deux opérateurs dont un bailleur social pour lequel aucun permis de construire n’a été déposé. Et pour cause, il repose sur un feu vert qui n’existe pas. Il ne peut être mis en œuvre, confirme Michel Le Faou, vice-président de la métropole de Lyon en charge de l’Aménagement urbain, présent à la réunion avec Loïc Graber, adjoint au maire du 7e , qu’avec l’approbation du futur PLU-H en cours de révision. Ce qui sera chose faite mi-2019.

Ils ont « la rage »

D’où les interrogations du collectif, qui par la voix d’Anne-Laure entend « lever les ambiguïtés quant au projet actuel ». Leur demande est on ne peut plus claire : arrêter le projet, organiser une vraie concertation et mettre fin aux démolitions du patrimoine industriel. Des locaux d’activités en sursis et des artisans locataires qui doivent partir, « ils peuvent avoir la rage », lance Alexis.

Changer radicalement ? C’est non

Y a-t-il un espoir de voir le dossier évoluer ? La question a été soulevée à diverses reprises. Et les réponses « prouvent que le dialogue est bien difficile », avance encore Alexis. « Le projet peut être aménagé à la marge, mais le changer radicalement, je ne le pense pas, admet Michel Le Faou, car une grande partie du projet se trouve sur une propriété privée ». Les modifications possibles porteraient sur des questions de morphologie des bâtiments, de leur capacité à abriter des locaux d’activités en pied d’immeubles ou encore de l’accessibilité du public au cœur des îlots végétalisés. « Il y a un certain nombre de choses à voir, mais il y a aussi des contraintes économiques qui s’appliquent au promoteur immobilier ».

Ils veulent rester

Les élus arriveront-ils à comprendre leur envie d’autre chose, leur souhait de rester à travailler dans cet îlot, l’idée qu’il y a des alternatives « heureuses » à ce programme immobilier et qu’il y a des porteurs de projet à portée de main ? Ce mouvement très localisé pourrait-il faire jurisprudence à Lyon ? « On a à apprendre une nouvelle façon de faire la ville », admet Loïc Graber. Chiche ?

« Il faut réinvestir la qualité urbaine »

➤   Unautre projet a été présenté au nom du collectif, pour montrer qu’il existe « une alternative correspondant aux besoins du moment ». Ce projet mêle préservation des bâtis, il garantit une richesse d’usage, intègre de nouveaux logements et un ensemble de jardins totalisant plus de 1 000 m². Dommage, Michel Le Faou était parti.

➤   Michel Lussault, directeur de l’école urbaine de Lyon  : « Je vois bien l’inquiétude des habitants devant des opérations urbaines qui n’ont pas forcément produit de la qualité. Il faut réinvestir la qualité urbaine. On ne peut pas remettre à zéro le projet, alors il faut voir comment on maximise les marges de manœuvre… La promotion immobilière n’a pas fait de recherche et de développement depuis cinquante ans ».

Aline DURET

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