Cirque L'homme de la semaine: Gilbert Grüss, le grand enfant de la balle

Gilbert Grüss appartient à la 5 e génération de Circassiens. Sa maman, Arlette, s’est notamment fait connaître avec son numéro de domptage de panthères. Lui aussi est entré dans la cage.  Photo Stéphane GUIOCHON
Gilbert Grüss appartient à la 5 e génération de Circassiens. Sa maman, Arlette, s’est notamment fait connaître avec son numéro de domptage de panthères. Lui aussi est entré dans la cage. Photo Stéphane GUIOCHON

Il est à la tête du cirque Arlette-Grüss, l’un des plus grands d’Europe. Gros plan sur Gilbert Grüss alors que son extraordinaire troupe fait escale au Groupama Stadium, du 11 au 17 octobre pour huit représentations.

Il appartient à l’une des plus célèbres dynasties circassiennes françaises. Et dirige l’un des plus grands cirques d’Europe. Pourtant, Gilbert Grüss aurait bien pu devenir le “mouton noir” de la famille.

« Je voulais à tout prix être vétérinaire, raconte-t-il. Je suis donc parti en pension, près de Rouen, pour pousser dans mes études. Une fois là-bas, j’ai été complètement perdu : je ne pouvais pas vivre loin du cirque. » Pensez donc. Quand d’autres enfants de son âge jouaient aux Lego, lui s’amusait à imiter les numéros de ses parents. À même pas 10 ans, il figurait déjà au casting du Ben-Hur vivant de son grand-père. Se détacher de ces racines-là, forcément, c’est compliqué. Alors, à 15 ans, Gilbert retrouve père et mère dans leur périple artistique. Tour à tour garçon de cage, dompteur, clown, trapéziste, écuyer (l’art équestre, chez les Grüss, c’est la base), il touche à tout. En 1985, quand Arlette Grüss, sa maman, fonde le cirque éponyme, il est bien évidemment de l’aventure.

En route pour l’inconnu

« C’était un pari très risqué : à l’époque, ça n’allait pas fort pour le cirque », souligne-t-il. « On s’est concerté et on s’est dit que si c’était pour faire comme tout le monde, ce n’était pas la peine. Pour que ça marche, on devait présenter des choses beaucoup plus complexes. Et c’est comme ça, qu’un beau matin, on s’est retrouvé sur un bateau en partance pour l’Irlande, pour notre première tournée. On n’a rien compris », il rit.

Pourtant, la gageure “Avec nous, faites la différence” se transforme en succès. Au fil du temps, Gilbert Grüss s’investit de plus en plus dans la préparation des spectacles. Et lorsqu’en 2006 sa maman disparaît, il prend la relève. À 57 ans, il est aujourd’hui à la tête d’une entreprise toujours aussi impressionnante : 140 employés, 110 véhicules, une trentaine d’animaux…

« Bien sûr, je sais ce que je veux et ce que je ne veux pas, mais je me considère plus comme un papa que comme un directeur de cirque au sens strict », insiste-t-il. Garant de la tradition, toujours en quête de nouveautés, il tient bon la barre, dans un contexte plutôt difficile. « C’est bizarre, la période que nous traversons me fait beaucoup penser aux années 1980. Rien qu’en 2018, sept cirques ont mis la clé sous la porte. Ça me casse le moral », dit-il. « Il faut dire qu’on n’est pas beaucoup aidé par l’État (le 5 octobre, il était reçu à l’Élysée, avec Medrano et Bouglione pour discuter de la situation). Le cirque, ça fait pourtant partie de notre patrimoine. C’est l’art le plus populaire, poursuit-il. Pour les animaux, je suis bien conscient qu’on doit s’adapter aux goûts du jour et je suis complètement ouvert au dialogue. Mais je souhaite qu’on redore notre image. On ne peut pas arrêter une histoire comme la nôtre. »

Céline BALLY

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