ENVIRONNEMENT La course contre les ordures

Un participant à l’expérience de « plogging » menée à Décines.  Photo B. S.
Un participant à l’expérience de « plogging » menée à Décines. Photo B. S.

Venu de Suède, le «Plogging» permet de courir «utile» en ramassant les déchets sur son passage. Nous avons testé à Décines.

Cela semblait un bon sujet de reportage. Enfin, ça, c’était avant de se retrouver à la tombée de la nuit les mains chargées de deux sacs-poubelle de 100 litres, lourds de 5 kilos de déchets chacun, en hésitant sur la moins pire des méthodes de portage : sur les épaules avec les coudes en feu ou le long du corps, l’extérieur des mollets griffés par les canettes transperçant les sacs.

Et encore deux kilomètres à parcourir pour revenir au magasin de running de Décines, organisateur de la première expérience lyonnaise de «plogging».

Depuis son invention en Suède, le pays champion du monde du tri, ce néologisme noircit les colonnes de la presse internationale. Contraction de «plocka upp» (ramassage dans la langue de Zlatan) et «jogging», il désigne cette nouvelle forme de course à pied consistant à débarrasser les parcours de running de leurs détritus.

90 kg de déchets récoltés en une heure trente

«J’ai découvert ça aux États-Unis. Cela faisait longtemps que je voulais faire un de nos événements autour de ce thème», avait prévenu le responsable de la boutique, Kevin Molard, tout en dotant chacun des trente participants d’un sac-poubelle et d’un gant en plastique.

Ultime consigne avant de s’éparpiller par petits groupes, histoire de balayer la plus grande surface possible : ne pas ramasser de verre ou de seringue. Et c’était parti pour une dizaine de kilomètres de course à pied «utile».

Cela commence en petite foulée. «Il faut changer de rythme, se baisser, repartir, apprécie Loïc Géraud, coureur local de bon niveau. C’est pas mal pour le renforcement.» Et ça se termine par de l’haltérophilie après avoir collecté d’innombrables canettes et bouteilles, un nombre incalculable de paquets de cigarettes mais aussi des chaussures, un pare-soleil ou des sous-vêtements.

«J’ai voulu joindre l’utile à l’agréable, raconte Amandine, venue de Lyon pour l’occasion. Quand on voit ça, on se dit que la planète est malade et que les gens n’en ont rien à faire. C’est une goutte de sueur dans un océan de déchets, mais j’espère que cela contribuera à faire réagir.»

Bilan de la soirée : 90 kilos récoltés. «On va instituer le plogging deux fois dans l’année», promet l’organisateur. Mais libre à chacun de faire un petit geste pour l’environnement à chaque séance. C’est le message porté par Nicolas Lemonier. Cet ostéopathe nantais de 36 ans, venu à la course à pied en 2015 à la naissance de son enfant, a créé le groupe Facebook Run Eco Team, dont la popularité a été boostée par Mark Zuckerberg en personne, séduit par le concept d’«1 run = 1 waste (déchet)».

Résultat : l’association totalise aujourd’hui 50 000 membres dans 103 pays (Lyon a son groupe Facebook Run Eco Team). «Mon objectif en tant que coureur et père, c’est juste de parler d’écologie de manière positive, explique Nicolas Lemonier. C’est tellement valorisant ! A l’endorphine de la course à pied, vous ajoutez la sensation de bonheur d’avoir contribué à une cause qui vous dépasse.»

L’appli “Run Eco Team” permet à tous les éco-runners de partager leurs collectes.

Benjamin STEEN

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