Urbanisme L’Hôtel-Dieu et ses quatre dômes à couper le souffle

Le quatrième dôme de l’Hôtel-Dieu.  Photo Aline DURET
Le quatrième dôme de l’Hôtel-Dieu. Photo Aline DURET
« Tous les architectes qui sont venus à l’Hôtel-Dieu ont fait un dôme », avance l’un des concepteurs du projet, Albert Constantin (AIA architectes). Et l’affaire n’a pas été mince pour édifier ce quatrième dôme, véritable « tenture de verre » doublement courbe qui vient coiffer presque légèrement la cour du Midi. « Onze projets ont été dessinés », dit-il, avant que ne soient installés « 306 panneaux à la géométrie différente ». Cette étonnante verrière de 230 tonnes repose sur 6 poteaux, sans prendre appui sur les corniches des bâtiments existants. Ce qui permet une ventilation naturelle. Ces panneaux de verre sérigraphiés permettent au passant d’avoir une vue inédite sur le troisième dôme, le dôme Pascalon qui lui a été construit au XIX e siècle.  Photo Aline DURET
« Tous les architectes qui sont venus à l’Hôtel-Dieu ont fait un dôme », avance l’un des concepteurs du projet, Albert Constantin (AIA architectes). Et l’affaire n’a pas été mince pour édifier ce quatrième dôme, véritable « tenture de verre » doublement courbe qui vient coiffer presque légèrement la cour du Midi. « Onze projets ont été dessinés », dit-il, avant que ne soient installés « 306 panneaux à la géométrie différente ». Cette étonnante verrière de 230 tonnes repose sur 6 poteaux, sans prendre appui sur les corniches des bâtiments existants. Ce qui permet une ventilation naturelle. Ces panneaux de verre sérigraphiés permettent au passant d’avoir une vue inédite sur le troisième dôme, le dôme Pascalon qui lui a été construit au XIX e siècle. Photo Aline DURET
Reconstruction du grand dôme de l’Hôtel-Dieu. En 1944, la charpente a brûlé pendant huit jours.  Photo archives  Le Progrès
Reconstruction du grand dôme de l’Hôtel-Dieu. En 1944, la charpente a brûlé pendant huit jours. Photo archives Le Progrès
Le grand dôme et son effet “profondeur”, c’est un trompe-l’oeil.  Photo archives Richard MOUILLAUD
Le grand dôme et son effet “profondeur”, c’est un trompe-l’oeil. Photo archives Richard MOUILLAUD
Le quatrième dôme de l’Hôtel-Dieu.  Photo Aline DURET « Tous les architectes qui sont venus à l’Hôtel-Dieu ont fait un dôme », avance l’un des concepteurs du projet, Albert Constantin (AIA architectes). Et l’affaire n’a pas été mince pour édifier ce quatrième dôme, véritable « tenture de verre » doublement courbe qui vient coiffer presque légèrement la cour du Midi. « Onze projets ont été dessinés », dit-il, avant que ne soient installés « 306 panneaux à la géométrie différente ». Cette étonnante verrière de 230 tonnes repose sur 6 poteaux, sans prendre appui sur les corniches des bâtiments existants. Ce qui permet une ventilation naturelle. Ces panneaux de verre sérigraphiés permettent au passant d’avoir une vue inédite sur le troisième dôme, le dôme Pascalon qui lui a été construit au XIX e siècle.  Photo Aline DURET Reconstruction du grand dôme de l’Hôtel-Dieu. En 1944, la charpente a brûlé pendant huit jours.  Photo archives  Le Progrès Le grand dôme et son effet “profondeur”, c’est un trompe-l’oeil.  Photo archives Richard MOUILLAUD

En cours de restauration, l’Hôtel-Dieu ne serait pas s’il ne vivait pas au rythme de ses cours et de ses dômes. Ils composent avec la belle façade Soufflot construite le long du Rhône, la colonne vertébrale de l’ouvrage. Le travail des architectes et des artisans ont permis de les remettre en valeur. Un travail qui a donné lieu à de bonnes ou de mauvaises surprises.

On s’y attendait un peu du côté des architectes. Sous un amoncellement d’ajouts, de couches de peintures écaillées, ils ont (re) découvert « l’exceptionnel », des volumes à couper le souffle signés Soufflot. Didier Repellin, architecte en chef des monuments historiques souligne « le côté absolument magique » de ce travail imaginé par un architecte qui n’avait pas 30 ans : une façade de près de 350 mètres de long, face au Rhône et un dôme, monumental. Cet ensemble, c’est un peu la marque de fabrique de l’Hôtel-Dieu. Mais cette colonne vertébrale serait bancale sans deux autres ouvrages tout aussi remarquables, le petit dôme ou dôme des Quatre-Rangs – le plus ancien – et le dôme Pascalon construit au XIXe  siècle. Pour les édifier, les aménageurs ont dû batailler avec les éléments ou même relever des défis.

« Prenez le petit dôme, explique l’architecte Patrick Hardy (Agence AIA), qui est vraiment bien fait : on a dû refaire tous les calculs pour créer de nouvelles ouvertures, relire la structure de la pierre, la faire examiner par des spécialistes. C’est que nous avons affaire à des murs épais de 3,20 m. À chaque étape de restauration, il faut se réinterroger, et au début, on avance prudemment ».

Une cheminée aspirante

Parmi les surprises ou plutôt les découvertes, il faut citer le système de ventilation, activé dans le petit dôme qui est pour tout dire bluffant. Le principe ? Un dôme, d’une grande qualité esthétique surmonté d’un lanternon, haut de plus de 10 mètres qui joue le rôle de cheminée aspirante. Ce système sert “d’exutoire” pour les miasmes et les fièvres et permet de purifier l’air. Une idée bienvenue à une époque – nous sommes au XVIIe  siècle – où les malades s’entassent encore à quatre par lit (jusqu’en 1840).

C’est une claque… !

Ce système n’est plus utilisé depuis des décennies. Il n’empêche, il a très récemment montré toute son efficacité. Et là c’est encore une surprise, excellente en tout cas pour l’architecte en chef des monuments historiques. Il nous raconte : « Installés sous le dôme, les pompiers et les services de sécurité ont voulu examiner la question de l’évacuation de fumées. L’intention de départ était d’ouvrir le dôme, mettre des châssis de désenfumage. Vous voyez le tableau. On a fait des essais de fumée et là, on s’est aperçu que le lanternon qui date du XVIIe  siècle et ses effets de ventilation, répondait aux normes de sécurité du XXIe  siècle… C’est une claque. Et du coup, il n’y avait rien à ajouter… »

> Des puisards ont été retrouvés le long de la façade Bellecordière, montrant qu’au XVIIIe  siècle chaque cave avait un puits. Les Lyonnais s’y rendaient pour puiser l’eau dans la nappe phréatique. Un vieux passage a été découvert qui, depuis la rue de la Barre allait à l’hôpital de la Charité. Certains disent qu’il allait jusqu’aux prisons.

Dans les entrailles de l’Hôtel-Dieu

Démolition du passage de l’Hôtel-Dieu en 1959. Photo archives Le Progrès
Démolition du passage de l’Hôtel-Dieu en 1959. Photo archives Le Progrès

La surprise est venue aussi d’en bas. À l’occasion de la restauration, on a rouvert les sous-sols qui datent du XVIIIe  siècle. « Vous savez, il y a tout un monde sous l’Hôtel-Dieu. Les égouts sont bien foutus et traversent tout le site. Nous n’avons rencontré aucun rat », ironise l’architecte Lionel Boulay.

« Le plus surprenant ce sont les caves très nombreuses, toutes plus belles les unes que les autres », poursuit François Hardy. À l’époque, chaque commerce situé en rez-de-chaussée de la façade Soufflot, le long du Rhône, disposait d’une cave. On y accédait directement grâce à un escalier.

On passait sous le quai

C’est ici que les commerçants entreposaient les marchandises qui arrivaient par bateau. Une fois déchargées, elles étaient acheminées dans les sous-sols grâce à un passage aménagé sous les quais – l’actuel axe Nord/Sud – qui reliait l’Hôtel-Dieu au Rhône. Aujourd’hui ces sous-sols servent de locaux techniques.

Cette visite insolite nous rappelle que le commerce a toujours fait partie de l’histoire de l’Hôtel-Dieu. Les surfaces commerciales installées le long du Rhône ont été imposées à Soufflot par les “aménageurs” de l’époque, pour « apporter des ressources financières complémentaires au fonctionnement de l’hôpital ».

Même principe plus tard lorsque les Hospices civils de Lyon réalisent au XIXe  siècle le célèbre passage de l’Hôtel-Dieu démoli en 1959, aménagé à l’emplacement de la grande boucherie qui datait du XVIe  siècle.

Pour y voir plus clair

➤ Le projet de restauration de l’Hôtel-Dieu est porté par Eiffage Immobilier. Une fois le chantier terminé, l’édifice sera en mesure d’accueillir commerces, bureaux, logements, hôtel 5 étoiles, centre de convention et Cité internationale de la gastronomie.

➤ Les travaux ont commencé en 2015 et prendront fin à l’été 2019.

➤ Le projet considéré comme « la plus grande opération de reconversion privée d’un monument historique » est conçu par les architectes de l’agence AIA Associés et de l’agence RL & A (Repellin Larpin & Associés), avec le soutien de la ville de Lyon.

➤ L’ensemble, à l’exception de la Cité Internationale de la Gastronomie a été racheté par le Crédit Agricole Assurances.

➤  L’histoire de ce site, qui longe le quai du Rhône ainsi que les rues de la Barre et Bellecordière, commence au XIIe  siècle , période où il ne reste qu’un mur situé au sud du cloître contre la chapelle de l’Hôtel-Dieu, vestige de l’ancien hôpital Rabelais.

Cet hôpital du Moyen-Âge est détruit car trop vétuste. Commence alors l’épopée de l’Hôtel-Dieu avec des constructions qui se succèdent au fil des siècles.

Au XVIIe  siècle , un ensemble de bâtiments nommés les Quatre-Rangs est édifié autour du petit Dôme. Au XVIIIe  siècle , Soufflot dessine sa façade majestueuse dominée par le Grand Dôme. Au XIXe  siècle , Paul Pascalon imagine la nouvelle façade rue de la Barre et le troisième dôme de l’Hôtel-Dieu.

➤ Le XXe siècle sera celui des ajouts. Qui seront démolis au fil de la restauration.

➤ Le coût de l’opération est estimé à 180 millions d’euros.

➤ En termes de surfaces, 40 000 m² de bâtiments réhabilités et reconvertis et 11 500 m2 de constructions neuves.

Reconstruit selon le plan de Soufflot

Quelle histoire étonnante que celle de ce grand dôme, « l’une des plus belles architectures de Soufflot ». Au XVIIIe  siècle, moment de sa construction, tout du moins pour les phases finales, le jeune Jacques-Germain Soufflot n’est pas à Lyon, appelé à Paris pour construire l’église Sainte-Geneviève, « l’édifice religieux le plus important du règne de Louis XV ». Du coup, le dôme est achevé en 1761, sans lui. Il ne verra pas que le profil de l’ouvrage ne correspond pas à son dessin originel.

Il faudra attendre les années soixante-dix pour que le grand dôme retrouve la “forme Soufflot”. Victime d’un incendie à la suite d’affrontements en septembre 1944, il ne résiste pas aux flammes. La charpente brûle pendant huit jours. La façade Soufflot reste amputée de son “phare” pendant trente ans. Jean-Gabriel Mortamet, et avant lui André Donzy, tous deux architectes en chef des monuments historiques le reconstruisent. Le béton remplace le bois de la charpente. Mais le projet reprend les esquisses de Soufflot dessinées en 1741.

Textes Aline DURET

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