HISTOIRE A Lyon, la canicule fait des ravages depuis 500 ans

Dans les années 50, on se baignait en aval du pont de la Boucle (aujourd’hui démoli et remplacé par le pont Winston-Churchill), lors des grandes chaleurs. Photo DR
Dans les années 50, on se baignait en aval du pont de la Boucle (aujourd’hui démoli et remplacé par le pont Winston-Churchill), lors des grandes chaleurs. Photo DR

En se basant sur des écrits historiques, Stéphane Gaillot, géomorphologue au service archéologique de la Ville, a recensé une vingtaine de canicules à Lyon entre 1481 et le milieu du XXe siècle.

À force de parler de canicules et de relier leur existence au réchauffement climatique, on en oublierait presque que ce phénomène sévissait déjà dans le passé, même si cela frappait plus rarement. Si le thermomètre au mercure n’a été inventé qu’en 1741 par le Suédois Anders Celsius, des canicules sont recensées à Lyon dans des écrits anciens de l’histoire de la ville, depuis le Moyen-Âge, avec pour auteur des érudits tels que Paradin ou Rubys.

Lyon a d’ailleurs consacré à ce sujet, une exposition en 2012, intitulée Climat : A nos risques et périls - Les Lyonnais face aux caprices du climat depuis le Moyen-Âge. Stéphane Gaillot, géomorphologue au service archéologique de la Ville, a compilé une liste de canicules dont la plus vieille trace retrouvée remonte à 1481 lorsque la femme de Jehan Couturier « mourut de chaleur » ( Registre de perception de la taille, impôt royal, 1481-1482). « Il existe sans doute des épisodes de canicule plus anciens dont on n’a pas conservé la mémoire », précise Stéphane Gaillot, insistant sur l’aspect non-exhaustif de son travail.

Des processions face aux famines, rivières desséchées et troupeaux terrassés

Les anecdotes et perles historiques ne manquent pas. La vingtaine de canicules qu’il a recensée témoigne d’un passé douloureux, parfois dramatique, lorsque le soleil se mettait à briller trop fort. La population lyonnaise était démunie face aux grandes chaleurs occasionnant la perte des troupeaux de bétail et l’assèchement des rivières.

Plusieurs sources rapportent l’existence de processions blanches au XVIe  siècle pour implorer la clémence du ciel. Mais ce sont les témoignages d’époque qui sont plus que parlant. Ainsi en 1493, « l’été fut abondamment sec, lourd et brûlant : jamais de mémoire, on n’en vit de pareil », témoigne la Chronique de Benoît Mailliard, grand prieur de l’abbaye de Savigny , publiée par Georges Guigue en 1883.

Dans Histoire véritable de la ville de Lyon , signée par Rubys en 1604, on apprend le drame vécu, 100 ans plus tôt, par les Lyonnais lors d’« une grande famine et disette de tous fruits, lors de laquelle moururent plusieurs milliers d’âmes tant à la ville qu’aux champs ». Il faut attendre 1749 pour avoir une première idée chiffrée de « la plus grande chaleur à Lyon […] marquée à ce thermomètre à 36 degrés 1/4 » (Almanach astronomique et historique de la ville de Lyon, 1751).

Événement plus surprenant, non loin de la cité des Gaules, à Miribel-Jonage, à l’été 1762, « le marais qu’on nomme les Échets ayant été desséché, la terre s’est enflammée », soulignent les Archives historiques départementales en 1828. Cela, même nos contemporains habitués au réchauffement climatique en resteraient bouche bée.

Températures records au XXIe siècle

« Le département du Rhône est un des plus touchés de France par la canicule depuis 2010 », explique Romain Weber, météorologue à Lyon Météo. L’agglomération de Lyon en particulier. « C’est une cuvette où la chaleur s’accumule après être remontée de la Vallée du Rhône. Les anticyclones, la pollution, le béton et les autoroutes amplifient le phénomène », poursuit-il.

En analysant les relevés de la station météo de Lyon-Bron depuis 1925, seules trois années dépassent le seuil des dix nuits chaudes au XXe siècle : 1947, 1983 et 1994. C’est sans commune mesure avec la canicule de 2003, responsable de 19 000 morts et ses 42 nuits à plus de 20 °C. Surtout, depuis l’an 2000, on peut compter dix années avec plus de dix nuits chaudes. Le mois de juillet 2018 atteint lui une moyenne de 30,8 °C contre 26,9 °C en moyenne depuis 1925.

« Ce n’est pas banal, 95 % des décès dus aux aléas climatiques sont à cause de la canicule », alerte Romain Weber.

Benoit DREVET

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