Urbanisme Îlot Mazagran : un collectif d’habitants refuse la démolition

Les petits bâtiments devraient disparaître pour laisser place à des projets de logements. Photo Aline DURET
Les petits bâtiments devraient disparaître pour laisser place à des projets de logements. Photo Aline DURET

Opposé à la disparition de petits bâtiments d’activités à La Guillotière (7e arrondissement) dans le cadre du projet de restructuration de l’îlot Mazagran, un collectif d’habitants propose ses propres alternatives. Ce travail a été présenté en réunion devant 150 personnes, pour engager « un vrai débat démocratique autour des questions d’urbanisme ».

Non, ce ne sont pas de doux rêveurs. Non, ils ne sont pas attachés à un quelconque pré carré. Et re-non, ils ne sont opposés ni aux constructions neuves, ni à la densification. Ce qu’ils veulent tient en quelques mots : « ne pas laisser, en pleine Guillotière, faire n’importe quoi ». Ce « n’importe quoi » qui agace des habitants réunis en collectif, c’est un projet immobilier. Ce « projet très dommageable » pour le quartier, est destiné à modifier profondément le tissu urbain, à coups de démolitions.

Le cœur du problème se situe dans le secteur de l’îlot Mazagran, entre les rues Salomon-Reinach, Bechevelin, à deux pas de l’ancien garage Citroën impeccablement restauré. Sur ce large tènement composé actuellement d’immeubles et de petits bâtiments, très divers dans leur physionomie, il sera possible, après révision du Plan local d’urbanisme et de l’habitat (PLU-H), d’y construire des immeubles capables d’abriter un peu plus d’une centaine de logements. Les projets seraient portés par deux opérateurs, UTEI et Grand Lyon Habitat.

Et c’est bien là que le bât blesse. Car il se trouve, indique Alexis au nom du collectif, que c’est le dernier îlot composé de petits bâtiments d’activités. Le collectif s’inquiète de la disparition d’une certaine diversité des fonctions et tout ce qui va avec, comme « la vie de village », pour aller un peu plus encore vers du monofonctionnel.

« La table rase, c’est de plus en plus inacceptable »

« On organise la concentration plutôt que de donner de la qualité à la ville. Ces lieux sont faits aussi d’usines et de garages, demain, ils pourraient accueillir un théâtre, une menuiserie… Pourquoi faire du logement partout ? interroge Alexis. Ce sont nos richesses collectives, qu’on supprime. Ce qui nous agace le plus, c’est la médiocrité du projet tel qu’il est envisageable dans la PLU-H, on ne prend pas en compte l’épannelage (étagement progressif des hauteurs) des constructions et le patrimoine. La table rase, c’est de plus en plus inacceptable ». Alors ils se sont organisés puis mobilisés. Habitants, architectes, artisans ont formé un collectif Habitons Mazagran pour proposer « des alternatives à la démolition de l’îlot et impliquer le voisinage au devenir de son quartier pour faire de ce projet une aventure collective et exemplaire ». Et ils ont travaillé leur sujet en proposant trois esquisses pour ouvrir le débat.

Elles ont été présentées lors d’une réunion publique organisée le 27 juin. Dirigeant d’UTEI, Philippe Warstmann avait fait le déplacement. Tout comme Michel Lussault, directeur de l’école urbaine de Lyon. Les élus n’y étaient pas. Dommage. Le sujet intéresse, environ 150 personnes ont assisté à l’échange.

Réactions

Philippe Warstmann (UTEI) : «Être compatible avec le PLU-H»

«Des études ont été menées à la Métropole de Lyon par des urbanistes, cela ne se fait pas sur un coin de table entre deux portes. L’îlot n’est pas complètement démoli, trois bâtiments de logements seraient conservés. Pour l’instant on est sur de l’urbanisme, il n’y a pas de dessin et aucune équipe d’architectes n’a été désignée.
120 appartements seraient proposés avec des pieds d’immeubles dédiés à des activités et des espaces végétalisés. On n’est pas dans un schéma où on ne se pose plus de questions, où on démolit tout pour ne faire que du neuf. Mais il faut trouver des modèles économiques viables. Si des demandes plus importantes en locaux d’activités émergent, je dis pourquoi pas. Nous avons encore des marges de manœuvre, mais il faut être compatible avec le règlement du Plan local d’urbanisme et de l’habitat (PLU-H)».

Loïc Graber, adjoint au maire du 7e (urbanisme) : «Il faut faire de la pédagogie»

«Nous conduisons des opérations de démolition/reconstruction et dans la même proportion des projets de rénovation du bâti. Dans l’arrondissement, nous avons transformé d’anciens hangars en atelier d’architectes, des petits immeubles de logements sont aussi rénovés et maintenus dans leur configuration. Il faut faire de la pédagogie là-dessus. À la rentrée nous allons rencontrer avec Michel Le Faou (vice-président à la Métropole de Lyon), le collectif afin de refaire un point sur ce sujet».

Aline DURET

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