Près de chez vous Lutter contre la désertification de la Presqu’île Nord

Carole Château évoque un espace délimité par la place des Terreaux, l’église   Saint-Nizier, la Saône et la rue Président-Édouard-Herriot.  Photo Nadine MICHOLIN
Carole Château évoque un espace délimité par la place des Terreaux, l’église Saint-Nizier, la Saône et la rue Président-Édouard-Herriot. Photo Nadine MICHOLIN

À la tête du “Mouvement Carré Nord Presqu’île”, Carole Château tire la sonnette d’alarme sur la pérennisation du commerce indépendant sur ce secteur.

Pour quelles raisons avez-vous créé le “Mouvement Carré Nord Presqu’île ” ?

« Nous sommes une trentaine d’adhérents sur un espace délimité par la place des Terreaux, l’église Saint-Nizier, la Saône et la rue Président-Édouard-Herriot. Cette rue concentre beaucoup de commerces indépendants. Notre mouvement, qui va se transformer cet été en association, est né pour lutter contre la désertification de la Presqu’île Nord de Lyon. Il est parti du constat de la clochardisation de la place des Terreaux qui déborde sur les rues perpendiculaires. »

Avez-vous dressé d’autres constats alarmants ?

« Trois écoles ont disparu [Ndlr : Lazaristes, cours Pascal et Levi Strauss]. La Galerie des Terreaux, en face de l’hôtel de ville, magnifique espace de 2 000 m2 est vide et dégradée. Les flux piétonniers ont changé et on observe une désertification des rues parallèles à la rue de la République. On s’aperçoit aussi que les commerces se déplacent vers le haut, tels que Longchamps , Massimo Dutti, Repetto.  »

Pensez-vous que la géographie commerciale change ?

« Avant, elle s’étendait sur l’axe nord-sud de la Presqu’île ; là, elle va plus dans le sens est-ouest. Du coup, ça touche la partie nord de la rue Édouard-Herriot. Quand on voit que la Ville de Lyon est vendue à des fonds de pension, que la rue de la République, la rue Grolée et maintenant le Grand Hôtel-Dieu, s’habillent de grandes chaînes de magasins, il y a péril pour nos commerces indépendants. »

Craignez-vous l’arrivée des grandes enseignes ?

« Je suis pour la diversité de l’offre commerciale, la grande distribution, l’e-commerce, mais nous demandons la mixité du travail indépendant. Un bon taux de vacance avoisine les 3 à 4 %. Dans notre Carré Nord Presqu’île, il s’élève de 9,30 % cet hiver, c’est un fort signal d’alarme. Si je prends la Papéthèque Foch (6e ) le chiffre d’affaires est en hausse de 15 %, celui du 42 rue Edouard-Herriot (1er ) affiche un déficit de 3 % depuis deux ans. »

Vous avez pourtant l’appui de “Tendance Presqu’île”, structure de management centre-ville 

« Aujourd’hui, on a besoin d’un management du centre-ville, pas d’une association liée au pouvoir politique en place, avec qui il est compliqué d’avoir un vrai dialogue. Nous sommes traités comme les grandes enseignes, sans avoir les mêmes moyens. Nous réglons la même cotisation. Mais nos intérêts divergent. Des défilés de mode c’est bien, mais nous ne vendons pas tous du prêt-à-porter ! »

Que préconisez-vous ?

« Il nous manque une locomotive comme peut l’être Apple à Confluence, ainsi qu’un grand magasin de jouets. Il faudrait améliorer la signalétique, afficher les tarifs des trois sociétés de cyclopolitain qui proposent pour 2 € de relier les Terreaux à Bellecour, indiquer les parcours à pied vers l’Opéra, le musée des Beaux-Arts. Le stationnement en surface manque et le prix est dissuasif. Nous avons besoin d’une augmentation de la fréquence de manifestations. La Fête des Roses nous a apporté plus de 40 % de flux. On pourrait envisager un marché paysan thématique, une patinoire éphémère l’hiver, un marché de Noël, place des Terreaux, ou encore une brocante que l’on nous refuse. »

Qu’attendez-vous de la Ville de Lyon ?

« Nous avons besoin d’une Ville qui imprime une vision à long terme. Elle ne préempte que dans les Pentes. Si on veut accorder de la place aux commerces indépendants, ça passe par des actions et des aides. À Paris, la situation de certains quartiers a poussé, en 2015, la municipalité à mettre en place un plan pour la vitalité commerciale qui comprenait notamment la reprise en main de 6 500 pieds d’immeubles des bailleurs sociaux et le lancement d’une nouvelle vague de préemption. Avec l’expertise de l’Atelier Parisien d’Urbanisme, douze zones prioritaires réparties sur dix arrondissements ont été ciblées. Si rien n’est fait, Lyon ressemblera bientôt à n’importe quelle autre ville, et personne n’aura plus envie de venir. »

« Une mise en concurrence des territoires » selon Nathalie Perrin-Gilbert

Photo d’archives Maxime JEGAT
Photo d’archives Maxime JEGAT

Carole Château, présidente “Mouvement Carré Nord Presqu’île” est intervenue au dernier conseil territorial du 1er  arrondissement, qui permet à des associations de s’exprimer et d’intervenir en conseil d’arrondissement. Elle a reçu le soutien de Nathalie Perrin-Gilbert qui va porter une question écrite au maire de Lyon sur la pérennisation du commerce indépendant sur le nord de la Presqu’île. « Le 1er  arrondissement possède de petites superficies de locaux qui favorisent les diversités telles que l’artisanat et non les grandes enseignes », a reconnu la maire d’arrondissement. « On touche une pensée ultra-libérale. On le voit avec la mise en concurrence des territoires. La compétitivité a ses limites. République, Grolée, Hôtel-Dieu appartiennent à des fonds de pensions. C’est une perte de singularité », analyse la maire du 1er  arrondissement, à propos de la dynamique commerciale basée sur des grandes enseignes.

Pour “Tendance Presqu’île” : « Ce n’est pas catastrophique »

« Le “Mouvement Carré Nord Presqu’île” doit se transformer en association de commerçants. Ce sera un premier support et on pourra la soutenir dans ses initiatives. Y compris pour porter les illuminations. Certains arguments sont recevables tels que la Galerie des Terreaux désertée, le PMU sans toilettes qui génère des incivilités, les problèmes de tranquillité et de sécurité. La rue du Président Édouard-Herriot est une rue de qualité, à forte identité de commerçants indépendants comme la rue Auguste-Comte ou celle de la Charité. En revanche, certains propos sont excessifs et on ne peut valider tous ses arguments. Il faut pousser plus loin l’analyse. Ce n’est pas catastrophique. Les travaux de la place des Terreaux vont embellir le quartier. Ceux des quais de Saône aussi [Ndlr : Terrasses de la Presqu’île, parking Saint-Antoine]. Il faut s’adapter au territoire. Les politiques n’ont pas à garantir la commercialité d’un secteur. Il faut relativiser. Ailleurs en Presqu’île, ce n’est pas simple rue du Plat avec les travaux de l’ancienne Fac Catho, passage de l’Argue avec la présence de SDF. Ce qui se passe rues Grolée, Président-Carnot, au Grand Hôtel-Dieu est intéressant pour toute la Presqu’île. À “Tendance Presqu’île”, on fait un gros travail de fond. On vient de sortir un magazine où on met en valeur les commerçants. »

Propos recueillis par Nadine MICHOLIN

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