tendance Le tacos lyonnais, nouveau roi de la street-food

Un tacos lyonnais se compose d’une galette (la tortilla), de frites (pas trop, selon les puristes), d’un œuf, d’une sauce gruyère, de crudités, d’une ou plusieurs viandes et d’une sauce. Photo Joël PHILIPPON
Un tacos lyonnais se compose d’une galette (la tortilla), de frites (pas trop, selon les puristes), d’un œuf, d’une sauce gruyère, de crudités, d’une ou plusieurs viandes et d’une sauce. Photo Joël PHILIPPON

Véritable phénomène, le tacos a pris ses racines dans la banlieue lyonnaise au début des années 2000. Depuis, il a conquis la France et s’attaque à l’international.

Au pays de Paul Bocuse, il y a un nouveau roi en ville. Et ce n’est pas celui qu’on attendait. C’est dans la région lyonnaise qu’est né le nouvel étendard de la street-food : le tacos. Celui qui n’a rien à voir avec l’historique taco mexicain est devenu populaire au début du millénaire, avant de conquérir la France et le monde depuis quelques années. Dans le Rhône, ce sont maintenant des dizaines d’enseignes dédiées qui ont ouvert, le tacos supplantant peu à peu le kebab dans le ventre des Rhodaniens.

La recette, tenant bien au corps, est imparable : une galette, une ou plusieurs viandes avec une sauce, des frites, des crudités ou de la chakchouka (de la ratatouille tunisienne pour une recette typiquement lyonnaise), un œuf et la fameuse sauce gruyère. Le tout gratiné au four ou au grill. Soit un repas consistant pour 5 à 10 €. La jeunesse adore et le succès est viral pour le tacos lyonnais. Et si l’on parle aujourd’hui de « french tacos », le berceau est bien lyonnais et grenoblois. « Je suis Grenoblois et j’étais au lycée de Saint-Martin-d’Hères au milieu des années 2000 quand le restaurant le Tacos de Lyon, a fait fureur. Deux ans après, il y avait une enseigne qui s’appelait tacos tous les dix mètres », sourit Bastien Gens, un documentariste grenoblois qui prépare un film sur le phénomène culinaire (1).

Avant de rajouter : « Mais c’est bien né dans la région lyonnaise », entre Vaulx-en-Velin (quartier de la Grappinière), Villeurbanne et Vénissieux où un certain “Fouzi” aurait donné ses lettres de noblesse à la fameuse sauce gruyère. « À cette époque, les snacks maghrébins ont trouvé leur sandwich phare pour concurrencer le kebab, estime Bastien Gens. C’est le syncrétisme parfait entre le panini, la pizza, la galette kebab ». Et une alternative pour ceux qui veulent manger halal, qui n’avaient avant que le kebab ou le filet o’fish du McDonald’s à se mettre sous la dent.

La recette se fixe vraiment à Grenoble et ce sont les tacos sans chakchouka, au grill, qui se développent actuellement en France. « Il ne faut pas chercher de créateur, assure Bastien Gens, qui a lui-même tenté de le débusquer au cours de ses deux années de tournage. C’est la banlieue lyonnaise qui a créé le tacos et la banlieue grenobloise qui l’a élevé ».

Aujourd’hui, alors que les franchises ont débarqué sur le créneau, il reste des enseignes « mythiques », des temples du tacos, tels Mister Tacos près de Charpennes (lire par ailleurs) et Au Petit Gourmand à Vaulx-en-Velin. Après Lyon et Grenoble, Montpellier (avec Tacos Avenue) et Bordeaux (avec O’Tacos) se sont convertis. Paris et le reste de la France ont suivi. Maintenant, on trouve des tacos de Lyon à l’étranger : au Maghreb, à New York ou à Dakar…

« Ici, c’est la capitale du tacos »

Pourquoi réussit-il partout où il passe ? Les aficionados répondent : « Facile à manger », « pas cher », « convivial »… « On peut faire la recette en entier, il y a des milliers de combinaisons, un côté créatif, on ne se lasse pas, explique Bastien Gens. Mais il y a quelque chose de plus mystérieux ». Selon le réalisateur, le succès d’aujourd’hui est « très lié à la chaîne O’Tacos, qui joue bien sur les codes, est très présente sur les réseaux sociaux (2,3 millions d’abonnés Facebook) ».

Cette enseigne a ouvert plus 185 restaurants en France et à l’international, se partageant le business avec d’autres franchises (Tacos Avenue, Master Tacos…) et les indépendants. Mais à Lyon, O’Tacos laisse perplexe. « Ici, c’est la capitale du tacos. Pour des vrais tacos, il ne faut pas aller là-bas. C’est pour les touristes », s’amuse Amine, fan absolu. On ne plaisante pas avec le tacos… lyonnais.

(1) Le court-métrage Tacos Origins sortira à la rentrée sur internet.

C’est la banlieue lyonnaise qui l’a créé et la banlieue grenobloise qui l’a élevé.

Bastien Gens, réalisateur du documentaire Tacos Origins

Jusqu’à 2 heures de queue devant Mister Tacos, l’un des pionniers

Nasser Nemili, propriétaire du fast-food à Villeurbanne. Photo Joël PHILIPPON
Nasser Nemili, propriétaire du fast-food à Villeurbanne. Photo Joël PHILIPPON

Pour ses fidèles clients, il n’y a pas photo : Mister Tacos est La référence. Avec sa chakchouka maison, son œuf, sa sauce fromagère et une “base” (viandes et sauces) à composer soi-même, le tacos ultra-soigné servi au 7, rue d’Inkermann, à Villeurbanne, est un must de la région lyonnaise.


L’enseigne est pionnière. Son propriétaire, Nasser Nemili, a tout misé sur ce produit en 2006, quand le taco était encore une spécialité mexicaine. « C’était un peu un coup de poker mais j’y ai cru très fort en faisant un tacos “à ma sauce”, de qualité, comme si je le faisais pour moi, dans ma cuisine. Ça a très bien commencé parce que j’étais le seul à Villeurbanne, et dans la région, à part à Vaulx et Grenoble, il n’y avait rien d’autre. »

« Même les vendeurs de couscous s’y sont mis »

Par le seul bouche-à-oreille, Mister Tacos a d’abord fait un carton auprès de la jeunesse d’origine maghrébine, avant de faire voler en éclat les carcans communautaires. « C’est ma fierté : au début, j’avais 80 % de jeunes du Maghreb. Maintenant c’est l’inverse, j’ai de tout : des blancs, des blacks, des Asiatiques, des étudiants, des banquiers, les patrouilles de la BAC (rires). Quand tu fais de la bonne nourriture simple et pas chère (à partir de 7 €), ça marche. »

Dans les années 2010, bien avant l’essor phénoménal du tacos à la lyonnaise, on pouvait faire jusqu’à deux heures de queue devant chez Nasser. Karim Benzema, Tony Parker et Alexandre Lacazette ont eu leurs habitudes dans cet espace exigu de 25 m² qui ne paie pas de mine, où « c’est le ventre qui parle, insiste le patron. Je n’ai pas envie d’un resto sans âme comme toutes ces nouvelles chaînes. Chez nous, tu viens comme à la maison, c’est la famille. Tu ne mangeras jamais deux fois la même chose. » Les grands jours, il a pu vendre jusqu’à 500 pièces, « avec des clients qui faisaient la queue avant l’ouverture. »

 

Deux autres Mister Tacos ont ouvert à Lyon (5e) et Paris mais Nasser Nemili et son épouse, Emmanuelle, ne veulent pas céder à la surenchère. « D’anciens salariés s’en vont et montent leur affaire. D’autres le prendraient mal mais moi, je suis content pour eux. Il y a du travail pour tout le monde. »

 

Revers de la médaille, dans un secteur devenu hyper concurrentiel, Mister Tacos a perdu des parts de marché. « Même les vendeurs de couscous se sont mis au tacos. Mais je m’en sors encore bien parce que chez moi, on sait ce qu’on mange », explique celui dont le chiffre d’affaires tourne autour des 250 000 € – pour quatre à cinq salariés –, et qui rêve d’exporter son savoureux tacos en Allemagne ou en Scandinavie, « là où le repas doit tenir au ventre. Le potentiel est énorme là-bas. »

 

Benoit MOUGET

Photo Le Progrès
Photo Le Progrès

L'AVIS D'UNE NUTRITIONNISTE

"A consommer avec modération"

Pour Armelle Marcilhacy, médecin nutritionniste à Lyon, il faut faire attention : « C’est un produit à la fois gras et sucré donc évidemment c’est “bon”, c’est du plaisir facile, ça plaît aux jeunes, surtout que ce n’est pas très cher. Mais pour la nutritionniste que je suis, c’est une horreur (rires). C’est de la malbouffe, une mauvaise combinaison d’ingrédients où l’on ne trouve que des acides gras saturés. C’est plein de sodium, sans fibre, bref, c’est à éviter dans le cadre d’une alimentation saine, ou alors à consommer avec la plus grande modération. C’est très calorique… On pourrait faire plus sain avec une galette plus fine, de la viande en bonne quantité, des légumes, peu de matières grasses et de la bonne huile d’olive ou de colza. Comme ça, on limiterait la casse. Surtout, il ne faut pas combiner le tacos avec un soda. Il faut privilégier l’eau et éviter la crème glacée derrière : là, c’est fatal ! Comme pour n’importe quel fast-food, c’est un plaisir qu’on peut s’offrir de temps en temps, une fois par mois, deux maximum. »

Marrakech, Bruxelles, New York, Dakar…

Le tacos de Lyon, ou plus connu maintenant sous le nom de french tacos, essaime maintenant partout en Europe et dans le monde. Ainsi, O’Tacos a installé certaines de ses franchises à Brooklyn (New York), à Bruxelles, à Marrakech, à Orbe (Suisse)…

Tacos de Lyon, qui n’a rien à voir avec les enseignes historiques de Grenoble, est présent à Marrakech et à Casablanca. Tacos Avenue, autre franchise en pleine expansion, s’est implanté au Maroc cette année : Casablanca, Rabat et bientôt Marrakech.

Dakar (Sénégal) serait aussi dans le viseur alors qu’un “Tacos de Lyon” y existe déjà.

Jean-Philippe CAVAILLEZ

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