Politique Lyon 2020 : peut-être sans Gérard Collomb

Lors de l’inauguration du Grand Hôtel-Dieu, fin avril. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb entouré de son épouse Caroline, du maire de Lyon Georges Képénékian, et du président de la Métropole David Kimelfeld.  Photo Pierre AUGROS
Lors de l’inauguration du Grand Hôtel-Dieu, fin avril. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb entouré de son épouse Caroline, du maire de Lyon Georges Képénékian, et du président de la Métropole David Kimelfeld. Photo Pierre AUGROS

En dépit de sa passion pour Lyon et pour ses anciens mandats locaux, le ministre de l’Intérieur pourrait préférer rester au gouvernement, la situation politique lyonnaise étant très mouvante. Le jeu pour la succession serait dès lors très ouvert.

Et si Gérard Collomb préférait rester le plus longtemps possible au gouvernement ? Au mieux jusqu’à la fin du quinquennat ? Excluant du coup tout retour à la mairie de Lyon et à la Métropole ? Aussi improbable que cela pouvait paraître il y a peu encore, cette éventualité est de plus en plus envisagée jusque dans son entourage. Certains voyant validation de cette hypothèse dans sa réponse faite au Progrès le 17 mai à la question de savoir s’il resterait longtemps au ministère de l’Intérieur : « Autant que de besoin […] tant que je serai en accord avec la politique définie, je serai toujours disponible ».

Il est vrai que le fin analyste qu’est le ministre de l’Intérieur ne peut ignorer plusieurs réalités : d’abord le handicap de son âge ; il aura 73 ans en 2020. Un âge loin d’être canonique. Mais dans ce « nouveau monde » fantasmé par un président qui n’aura que 42 ans au même moment et où les parlementaires de moins de 30 ans pullulent, il tranche très (trop ?) fortement. En outre, si son image de maire demeure plutôt bonne dans l’opinion lyonnaise, sa stature nationale apparaît pour beaucoup comme la consécration d’une carrière qui ne pourrait justifier un retour à la mairie. Même des gens qui respectent son œuvre s’interrogent : « Il a beaucoup donné, il faut passer la main », peut-on entendre désormais et cela est nouveau. Vient s’ajouter un élément politique de poids : le Gérard Collomb, social-libéral qui parvenait toujours à embobiner sa gauche pour l’emmener avec lui au pouvoir, s’est effacé derrière un ministre de l’Intérieur à la fois dur et très droitier dans ses positions. Ce faisant, il s’est probablement aliéné définitivement une bonne part de l’électorat socialiste et plus encore du reste de la gauche. Or, comment gagner sans ce potentiel électoral de 25, 30, 35 %, voire plus ?

Des quadras et des quinquas sur les rangs

L’effacement contraint de Gérard Collomb ouvrirait le champ à bien des possibles. D’abord une réalité : personne ni à droite (lire par ailleurs), ni à gauche, ni dans cet ailleurs imprécis qu’est le macronisme, ne semble s’imposer absolument. Certes, dans ce dernier camp, le maire actuel de Lyon, Georges Képénékian, aurait toute légitimité à mener le combat. Il ne se débrouille pas si mal à son poste. Mais voilà, il est à peine plus jeune que son prédécesseur : il aura 71 ans au renouvellement municipal.

Il faut alors sauter une génération pour voir s’avancer d’autres personnalités : le nom de l’actuel président de la Métropole, David Kimelfeld, surgit en premier, si Gérard Collomb tentait de reprendre cette présidence. Ce qui est politiquement encore plus aléatoire. Après le maire du 4e  arrondissement, plusieurs autres élus auraient toute légitimité à conduire les listes macronistes même s’ils n’en ont pas forcément une forte envie. D’abord les trois parlementaires quadras ou jeunes quinquas ; ils exercent depuis des années des responsabilités municipales et ont été ou sont maires d’arrondissement ou adjoint : Anne Brugnera, Hubert Julien-Laferrière et Thomas Rudigoz. Ensuite certains adjoints comme Michel Le Faou pourraient se trouver sur les rangs. Sans oublier la référente locale de LREM, Caroline Collomb. On prête de grandes ambitions à cette passionnée de politique et militante de longue date. Au JDD , elle assurait il y a quelques jours : « ne rien exclure, ne rien inclure ». Outre son absence de tout mandat électoral, elle devra assumer d’être d’abord et avant tout Madame Collomb aux yeux de certains qui interrogent : « À notre époque, une femme peut-elle succéder à son mari ? »

La gauche, quant à elle, ne sera pas absente de ces municipales. L’ancien trésorier national du PS, Jean-François Debat, a récemment affirmé qu’il y aurait une liste socialiste et alliés. Conduite par qui ? Mystère, aucun nom pour l’heure n’émerge. Il pourrait être fait appel à une personnalité de la société civile. À moins que des accords avec des partenaires ne fassent émerger une autre personnalité comme la maire du 1er  arrondissement, Nathalie Perrin-Gilbert qui cherche elle aussi à élargir sa base. Quant à la gauche de la gauche elle devra, elle aussi, se trouver un leader.

Michel RIVET-PATUREL

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