streetart Ememem : «Reboucher les trous de manière surprenante et esthétique»

Nous avons comptabilisé deux “flackings” sur la prestigieuse place Bellecour.  Photo Sophie MAJOU
Nous avons comptabilisé deux “flackings” sur la prestigieuse place Bellecour. Photo Sophie MAJOU
Rue Sala (Lyon 2e). Photo Sophie MAJOU
Rue Sala (Lyon 2e). Photo Sophie MAJOU
Quai Saint-Antoine (Lyon 2e). Photo Sophie MAJOU
Quai Saint-Antoine (Lyon 2e). Photo Sophie MAJOU
Nous avons comptabilisé deux “flackings” sur la prestigieuse place Bellecour.  Photo Sophie MAJOU Rue Sala (Lyon 2e). Photo Sophie MAJOU Quai Saint-Antoine (Lyon 2e). Photo Sophie MAJOU

Un artiste plasticien au pseudonyme d’Ememem s’est engouffré dans les brèches laissées vacantes par le service de la voirie.

Quand avez-vous commencé à poser des carrelages à Lyon ?

« Les premières réparations urbaines remontent à 2011, mais elles relèvent plutôt de petites réparations dans des craquelures, et étaient très peu nombreuses. Les petits chromosomes de faïence dans les escaliers de la montée de l’Annonciade, eh bien c’est du proto-flacking… J’ai fait ça, il y a longtemps, bien avant d’avoir la maladie du comblage de trou et de devoir me cacher derrière un pseudo… Le concept de flacking, lui, est né en 2016 à la suite de recherches sur la matière et une envie irrépressible de combler le trou qui me provoquait juste devant mon atelier. »

Lyon, ville de prédilection ?

« Lyon, c’est mon terrain de jeu. C’est la ville où je suis basé, mais c’est aussi une ville qui a accueilli mon travail avec beaucoup d’enthousiasme et d’amour. Je lui suis toujours redevable ! Ça ne m’empêche pas de flacker partout où je vais, Paris, Gênes, Turin, Madrid, Privas ou encore Dole et Biarritz. Le week-end dernier, c’est à Besançon que j’ai laissé parler ma petite truelle. »

D’où vient cette idée artistico-utilitariste ?

« La démarche, c’est reboucher des trous ! Pas vraiment artistique, dit comme ça ! Mais si vous y voyez de l’art… Je plaisante (un peu) parce que bien sûr l’idée est de le faire de manière esthétique et surprenante à la fois. C’est un petit poème d’amour adressé au passant du matin. Je m’adresse aux semelles attentives, les invitant à voir encore plus, plus de beauté là où à première vue on n’en cherche pas. Aiguiser les regards, stimuler l’imagination : tout cela me motive beaucoup, en plus du fait de réparer les pièges du macadam à nos chevilles ou à nos roues de vélos. »

Combien d’espaces ainsi comblés à Lyon ?

« Aujourd’hui une petite centaine. Le blogueur HappyCurrio, chasseur de flacking, tient un registre bien plus précis que le mien dans son “Lyon flacking tour”, une carte interactive qui recense en image beaucoup de mes œuvres sur l’agglomération. Il en manque, mais il est très fort ! »

Des poses ont-elles été endommagées ? Quelles sont vos relations avec le service de la voirie de la Métropole ?

« Certaines ont sauté car la Ville a replacé un poteau anti stationnement par exemple, d’autres sont sauvées par les équipes de travaux de la voirie qui font en sorte de refaire le bitume en contournant les flackings. Je sais en tout cas que ces travaux posent des questions tant aux chefs de voirie qu’à nos élus, ce qui me semble déjà un très beau résultat ! Je n’ai pas pris contact avec les autorités, anonymat oblige… »

Pourquoi cet anonymat ? 

« J’ai peur que les gens soient déçus en découvrant que je suis un simple humain et non pas le superflackeur masqué aux mains d'asphalte ! Blague à part, je pense que ça me permet la liberté d’inventer des histoires, de m’inventer un personnage. Le côté “anonyme” aussi, c’est un peu mystérieux non ? Tout révéler fait perdre beaucoup de charme… (j’ai trop de bide). »

Ememem, ça vient d’où ? 

« C’est le bruit de ma mobylette quand je sors en mission ! J’aime bien ce presque acronyme trafiqué (comme ma mob). Il a du rythme, de la répétition, un peu comme dans ma créa. Et puis, aime aime aime… c’est un conseil désintéressé ! »

Êtes-vous Lyonnais ? Quel est votre métier ?

« Lyon est ma ville d’adoption depuis long… temps. Je suis artiste plasticien. J’ai eu plein d’autres métiers, qui peut-être m’ont tous influencé, mais aujourd’hui, je me consacre au flacking. »

Faites-vous du repérage et comment se fait le choix des couleurs ?

« J’aime bien que ma technique reste un peu floue… Hum hum, tellement de mystère ! J’aime bien avoir des temps d’observation avant de faire quoi que ce soit. Il faut savoir rester à l’écoute de la rue, des passants, de l’ambiance… Je m’inspire de tout cela. Je le fais aussi sur les conseils du bitume qui murmure à mon oreille… »

Où vous approvisionnez-vous en carreaux ?

« La récup’! 90 % de mes carreaux sont issus de récupération auprès des gens du quartier que j’ai pris pour cible, de professionnels qui me connaissent et qui m’offrent de la matière ou d’inconnus qui me contactent sur les réseaux sociaux pour me donner de la couleur et de la motivation ! D’ailleurs, si vous avez des chutes de votre dernière salle de bain… On devrait arrêter de produire quoi que ce soit ! On a déjà bien assez pour notre génération et même les suivantes. Et puis la récup’, c’est dans l’air du temps non ? Les gens sont de plus en plus sensibilisés à ça. J’en profite ! »

Y a-t-il des contrefaçons ?

« Je ne parlerai pas de contrefaçon… mais de nouvelles œuvres, d’autres artistes, qui ont choisi d’adopter ma technique. C’est un honneur pour moi et un grand bonheur de voir que mon travail inspire et intéresse d’autres artistes ! Il y a de plus en plus de personnes qui me contactent pour des conseils, ou pour me faire voir leurs œuvres dans d’autres villes de France ou à Lyon. Il va falloir que je lance un tuto YouTube… »

Ememem n’a pas souhaité nous rencontrer en personne, nous avons donc correspondu par écrit. La Métropole, contactée pour savoir quelle était sa vision du travail d’Ememem, n’a pas répondu à nos sollicitations. 

90 C’est le pourcentage de carreaux issus de la récupération qu’utilise l’artiste pour ses “flackings”.

Recueillis par Sophie MAJOU

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