Environnement Quand la publicité envahit l’espace public

Les oriflammes de ce type sont de plus en plus nombreuses en ville.  Photo Delphine GIVORD
Les oriflammes de ce type sont de plus en plus nombreuses en ville. Photo Delphine GIVORD

Oriflammes, affichage sauvage : la publicité grignote du terrain sur l’espace public. Parfois en toute illégalité.

Alors que la Métropole travaille actuellement au Règlement local de publicité (RLP, lire ci-dessous), la publicité s’invite de plus en plus sur l’espace public. Parmi les objets publicitaires qui s’imposent à la vue de tous, les oriflammes – des drapeaux – fleurissent dans les rues. Pour le commerce, c’est un moyen d’attirer l’œil et de signaler son emplacement. Pour les associations, les collectifs, c’est une « pollution visuelle » de plus.

Mais, surtout, est-ce légal ? En attendant le RLP métropolitain, chaque commune s’appuie sur son propre règlement, plus ou moins permissif. À la Mairie de Lyon, on concède que « les oriflammes sont de plus en plus nombreuses ». Traités comme des chevalets publicitaires, ces drapeaux doivent faire l’objet d’une demande d’autorisation annuelle délivrée par arrêté et d’une redevance d’occupation du domaine public. Leur nombre est limité en fonction de la zone concernée (le plus souvent un seul dispositif) et ils ne doivent surtout pas entraver la circulation des piétons. Ça, c’est pour la théorie. Dans la pratique, c’est bien différent et les écarts sont nombreux.

« On joue au chat et à la souris »

« Nous constatons une multiplication d’éléments non conformes ou non autorisés », reconnaît la Mairie de Lyon, qui affirme réagir. Les dispositifs non autorisés mais conformes au RLP font l’objet d’une demande de mise en conformité puis d’une taxation. Pour les dispositifs interdits, la police municipale doit verbaliser et les faire retirer. « Et il est régulièrement demandé aux commerçants de ramener leurs dispositifs au droit de leur commerce, car beaucoup s’autorisent à les placer en dehors des emprises autorisées », ajoute la Mairie.

À Villeurbanne, on est très à cheval sur le sujet. En première ligne quand il a été question de la pub sur les trottoirs, le maire Jean-Paul Bret a imposé, dès son arrivée, des règles assez drastiques via son RLP et sa charte des espaces extérieurs “A nous la belle ville” (2001). « On a voulu freiner la course en avant », assure Franck Neyron, chargé de mission qualité espace public, paysage et urbanité. Dans ce règlement, les oriflammes sont interdites et peuvent seulement être autorisées sur des parcelles privées alors que les chevalets (menus de restaurants) sont acceptés sous certaines conditions. Mais Franck Neyron reconnaît que l’on joue « un peu au chat et à la souris avec les oriflammes ». « C’est le problème, ces dispositifs sont facilement amovibles, et vu le temps que prend une action en justice, c’est assez peu “intéressant” d’attaquer, explique Benjamin Badouard, du collectif Plein la vue. Du coup, il y a pas mal d’abus, vu le risque juridique faible et le coût du dispositif, peu onéreux par rapport à une enseigne ou une pub en dur ».

Règlement local : il va falloir s’entendre

En application de la loi pour l’environnement de 2010, en 2020, il n’y aura plus qu’un seul et même règlement local de publicité (RLP) pour toutes les communes de la Métropole. Aujourd’hui, sur les 59 villes qui la composent, 42 ont leur propre RLP et 17 appliquent le règlement national, inscrit dans le Code de l’environnement. Forcément, il faudra trouver un terrain d’entente entre des philosophies parfois éloignées. « On ne veut pas que le RLP intercommunal soit laxiste », prévient le Villeurbannais Franck Neyron. Et le collectif Plein la vue veille également. Alors que la phase de concertation est en cours, le collectif souhaite que les maires prennent position. « Nous considérons que la position de chacun des représentants des communes de la Métropole doit être rendue publique », explique Benjamin Badouard. Le collectif a envoyé un questionnaire aux maires et publiera leurs positions ou leur absence de réponse sur son site.

Et l’affichage sauvage ?

Cirque, cabaret, épaviste, restos, soirées, téléphone rose… Les pubs s’invitent aussi sur les arbres, les candélabres, les panneaux directionnels. « Un fléau » pour le collectif Plein la vue. Et les mairies reconnaissent leur impuissance face à ce phénomène. « On désapprouve mais il est difficile de lutter », explique-t-on à la Métropole.

À Villeurbanne, 23 PV ont été dressés en 2017. « Et les autocollants sont moins présents grâce à l’utilisation d’une peinture spéciale », assure Franck Neyron.

Jean-Philippe Cavaillez

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