Entretien David Gréa, le curé star devenu mari et papa : « Heureux ! Et plus qu’avant ! »

Photo Pierre HYBRE
Photo Pierre HYBRE

Il ne s’était jamais exprimé dans la presse après avoir quitté l’église Sainte-Blandine contre son gré. L’ex-prêtre emblématique, né à Lyon, publie ce mercredi un livre :"Une Vie nouvelle", Les Arènes.

Quand nous l’avons eu au téléphone, jeudi dernier, il sortait d’un cours à Paris, sa nouvelle ville de résidence. David Gréa obtiendra, en septembre, un diplôme universitaire pour devenir executive coach. Un métier qu’il a commencé d’exercer, de façon ponctuelle. Il s’agit d’accompagner les dirigeants et managers, mais aussi d’intervenir auprès de personnes ou d’équipes rencontrant des difficultés dans leur entreprise. « Ça me passionne ! », s’enthousiasme l’ex-curé de Sainte-Blandine à Lyon, marié et père depuis peu.

Comment ça va ?

« Super ! Je suis très heureux ! »

Plus heureux qu’avant ?

« Oui ! »

Pourquoi avez-vous décidé de rompre le silence ?

« Plusieurs maisons d’édition m’avaient contacté pour écrire un livre. Je n’avais pas répondu aux journalistes après mon départ contraint. Je ne voulais pas enveminer la situation, ni risquer d’apparaître comme le pourfendeur que je ne suis pas. J’aime l’Église. J’ai voulu prendre du recul pour écrire les choses comme je les ai vécues. Je n’ai pas choisi, je le répète, de quitter mes fonctions de curé. Je n’ai pas cherché la polémique. Je n’ai de rancœur envers personne. »

Vous écrivez n’avoir pas mené de double vie et informé tout de suite Mgr  Barbarin de votre rencontre avec votre future épouse, protestante, en 2016. Vous vouliez qu’on vous autorise à rester prêtre, en étant marié. Or, c’est interdit par l’Église catholique en Occident. N’était-ce pas naïf de votre part ?

« C’est ce que certains m’ont dit. J’ai pris le temps du discernement. Ce n’était pas le coup de tête d’un frondeur qui voulait qu’on change l’Église pour lui. J’étais heureux d’être prêtre. Seulement, la question du mariage des prêtres avait été mise sur la table par le pape Benoît XVI. Le célibat n’est pas un dogme : c’est une discipline qui peut être changée. Je ne revendique rien. Je ne pense pas qu’autoriser le mariage soit un facteur d’augmentation du nombre de prêtres. Pour moi, il s’agit simplement d’actualiser l’Évangile. On est en décalage avec ce message, aujourd’hui. »

Pourquoi le cardinal Barbarin a-t-il relayé votre demande d’aller rencontrer le pape François à Rome, lequel vous a même reçu, de sa propre initiative, une seconde fois avec votre future épouse ?

« J’ai trouvé ça très audacieux de la part du cardinal Barbarin. Ça s’est fait sur la base d’une confiance et d’une estime réciproque. Il n’a pas réagi de manière institutionnelle et ne m’a jamais rappelé la règle. Il s’est dit, je pense : “Ça me dépasse”. »

Son idée n’était-elle pas plutôt de vous faire reconsidérer votre projet de mariage ? Vous étiez une pièce maîtresse et médiatisée de l’Église de Lyon.

« Non. Si François a souhaité me rencontrer, ce n’était pas pour me rappeler la règle, lui non plus. Il a autre chose à faire ! Je crois qu’il a voulu avoir une écoute pour tenter de savoir ce que Dieu avait à faire là-dedans. »

Vous êtes parti voir le pape à bord du jet privé de votre ami Louis Nicollin, président du club de foot de Montpellier, depuis décédé. Pourquoi ce moyen de transport luxueux ?

« J’avais une incapacité physique à me déplacer par d’autres moyens à Rome, que je devais regagner en urgence pour voir le pape. C’était un dépannage. Les circonstances étaient graves. »

À votre retour du Vatican, un procès interne a été déclenché par le cardinal Barbarin. Vous avez perdu l’état de prêtre. Sa volonté était donc de vous remettre sur le « droit chemin » en vous envoyant chez le pape !

« Non, je ne pense pas. Dans un second temps, le cardinal a fait ce qu’il devait faire au regard du droit de l’Église, dans la mesure où je me mariais. »

On entend dire que, depuis, les ponts sont coupés entre vous et le cardinal Barbarin…

« Il n’y a pas d’animosité entre nous. Je l’ai appelé il y a quinze jours pour lui parler du livre. Il m’a demandé des nouvelles de ma famille, de mon fils. »

Votre livre cite le contenu de courriels que l’archevêque de Lyon vous a adressés. Lui avez-vous demandé son autorisation ?

« Non. Mais j’ai veillé à ne citer que des passages sans conséquence. »

Avant d’entrer au séminaire, vous saviez qu’être prêtre et célibataire vous poserait problème. Pourquoi vous être engagé dans cette voie ?

« La motivation à être prêtre était hyperforte. S’il y avait des résistances en moi, des formateurs me disaient : “Elles disparaîtront au moment de ton ordination par l’imposition des mains de l’évêque.” Or, pas du tout. Ça n’a rien d’automatique ! »

Son ouvrage en librairie à partir de mercredi

/ Photo DR
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"Une Vie nouvelle", de David Gréa, sort en librairie mercredi (Les Arènes, 18 euros). Récit des circonstances qui l’ont amené à quitter contre son gré sa charge de curé pour se marier, ce livre revient sur le succès du projet de messes en musique avec le groupe de pop catho Glorious.

Bien des obstacles avaient dû être levés chez certains fidèles pour y arriver, avec l’aide du cardinal Barbarin. Le nombre de pratiquants à l’église Sainte-Blandine de Lyon a décuplé en dix ans (1600 aujourd’hui). Et ça continue avec le prêtre qui lui a succédé.

« Avec notre fils Léon, je renais »

Le couple, est-ce facile ?

« C’est passionnant. Je vis L’Évangile , concrètement. Je m’améliore grâce à mon épouse et pour elle. Et puis, nous avons tous les deux la chance d’avoir un certain âge et de bien nous connaître. Ça facilite les relations. »

Avec quoi vivez-vous ?

« En ce moment, avec pas grand-chose… Je ne touche plus l’indemnité de 900 euros net par mois que me versait le diocèse. Mon épouse a démissionné de son poste à Lyon. Elle est sans emploi pour l’instant. »

Léon, votre garçon, a 6 mois et demi. Aviez-vous un désir d’enfant depuis toujours ?

« Non. Je cherchais tendresse et complicité avec une épouse. Pour moi, avoir un enfant a découlé de ça. »

Que ressentez-vous ?

« C’est incroyable, ce petit bout unique, si précieux, si fragile et si fort. Je vis cette paternité comme une nouvelle naissance. »

Revenez-vous à Lyon ?

« Oui, au moins une fois par mois, pour y faire du coaching, pour voir mes sœurs, mes neveux, mes amis… C’est ma ville. C’est chez moi. »

Propos recueillis par Nicolas Ballet (nicolas.ballet@leprogres.fr)

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