Transports Pourquoi le métro n’est pas arrivé jusqu’à Meyzieu il y a quarante ans ?

A quand l’extension de la ligne A jusqu’à Décines ou Meyzieu ?  Photo d’archives Joël PHILIPPON
A quand l’extension de la ligne A jusqu’à Décines ou Meyzieu ? Photo d’archives Joël PHILIPPON
Le métro a été inauguré le 28 juin 1978 par le président de la République Valéry Giscard d’Estaing, avec le maire de Lyon Francisque Collomb,  et l’ingénieur René Waldmann. Archives LE PROGRES
Le métro a été inauguré le 28 juin 1978 par le président de la République Valéry Giscard d’Estaing, avec le maire de Lyon Francisque Collomb, et l’ingénieur René Waldmann. Archives LE PROGRES
A quand l’extension de la ligne A jusqu’à Décines ou Meyzieu ?  Photo d’archives Joël PHILIPPON Le métro a été inauguré le 28 juin 1978 par le président de la République Valéry Giscard d’Estaing, avec le maire de Lyon Francisque Collomb,  et l’ingénieur René Waldmann. Archives LE PROGRES

C’était prévu dans le projet initial. Mais Décines s’est opposée, ainsi que l’Etat, pour des raisons différentes.

Cette année 2018, le métro lyonnais fête ses 40 ans. Mais peu le savent, s’il n’arrive aujourd’hui qu’en bordure de l’est lyonnais, à la Soie à Vaulx-en-Velin, à Parilly et à la gare à Vénissieux, et à Mermoz-Pinel à Bron, le projet initial devait emmener les voyageurs de la ligne A jusqu’à Meyzieu, en passant par Décines. On prévoyait même une ramification de Vénissieux jusqu’à Corbas.

C’est le concepteur du métro à Lyon, l’ingénieur René Waldmann, qui le confirme dans une interview donnée à Millénaire 3 , le journal de la prospective de Lyon. Directeur de la Semaly (Société d’économie mixte de l’agglomération de Lyon) à partir de 1967, il a mené toutes les études depuis 1963. Et dès l’origine, lui et son équipe ont jugé que le métro devait aller dans l’est lyonnais. « Pour moi, le métro, c’est un RER qui devait desservir deux axes de développement privilégiés au SDAU (Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme) qui étaient l’axe Meyzieu-Décines et l’axe Vénissieux-Corbas ».

Mais divers changements ont mis à mal ce projet. L’ingénieur pointe l’opposition locale du maire PS de Décines, Pierre Moutin, élu en 1967, et celle nationale de l’Etat qui ne voulait pas que cela « gêne la construction des villes nouvelles ». Dans le secteur, on craignait que le développement de l’axe Meyzieu-Décines contraigne celui de la ville nouvelle de l’Isle d’Abeau. « On a renvoyé les urbanistes lyonnais à un développement plus mesuré », conclut Waldmann.

Reste qu’aujourd’hui, la question du métro à Décines a resurgi avec la construction du Grand stade. Beaucoup souhaitent son arrivée, d’autant plus simple qu’il suffit de creuser tout droit sur une longueur de 3,5 km sous l’avenue de Bölhen et l’avenue Jean-Jaurès, et un kilomètre de plus sous la rue de la République si l’on veut aller jusqu’à Meyzieu, avec toutefois l’écueil de passer sous la Rocade.

Bonne nouvelle : le Sytral a prévu de lancer une étude. Cela a été voté il y a deux mois pour le Plan de déplacements urbains (PDU) 2017-2030. « Les élus se sont mis d’accord pour creuser la question », résume l’instance. Ce qui a échoué il y a 40 ans, se fera peut-être d’ici vingt ou trente ans…

Les deux propositions du Sytral

Voici les deux propositions du Sytral dans le cadre du Plan de déplacements urbains (PDU) 2017-2030. L’instance veut faire une « étude d’opportunité du prolongement du métro A vers le Boulevard urbain est. Cette étude pourrait permettre d’évaluer l’intérêt et la possibilité à terme de doter le secteur est de l’agglomération d’une nouvelle porte d’entrée sur le réseau métropolitain, connectée le mieux possible au réseau maillé de transports collectifs ». Enfin, le Sytral juge que « dans l’est, des études sont à mener pour préciser les tracés et modalités de réalisation de nouvelles liaisons radiales améliorant la desserte du territoire. Il s’agit de la ligne forte centre-est (Genas-Part-Dieu ou Grange-Blanche) mais aussi de liaisons empruntant la route d’Heyrieux (Saint-Priest-Part-Dieu) et la RD306 (Colombier-Saugnieu, Grange-Blanche) ».

Pierre Moutin (PS) était maire de Décines de 1967 à 1991. / Photo Le Progrès
Pierre Moutin (PS) était maire de Décines de 1967 à 1991. / Photo Le Progrès

Pierre Moutin : « On a évité une ZUP géante ! »

Dans une interview (1), l’ingénieur René Waldmann, responsable du projet de métro à Lyon, indique que vous étiez contre son extension sur Décines-Meyzieu. Pourquoi ?

« Ce n’est pas contre cela que j’étais opposé dans ces années 70, mais contre l’important projet qu’il y avait autour… »

C’est-à-dire ?

« C’est simple, la Communauté urbaine de Lyon (Courly) avait chargé Charles Delfante, directeur de l’Atelier municipal d’urbanisme, de faire un projet de Vaulx-en-Velin jusqu’à Meyzieu-Chassieu. La Courly voulait développer cet axe. C’était en gros une ZUP géante. Il était prévu que le métro la parcourt. Il devait y avoir trois bouches, dont une chez nous à Décines à Champblanc, une autre à la frontière de Meyzieu-Décines. Et chacune devait alimenter des bassins de vie de 50 000 habitants ! »

C’était gigantesque…

« Oui, car à l’époque, Chassieu comptait 3 ou 4 000 habitants, Meyzieu 10 000, Décines, un peu plus de 15 000. Et là, on allait donc passer de 3 0000 habitants à 150 000. C’était inimaginable, d’autant plus que les premières difficultés des ZUP se faisaient sentir, comme à Rillieux. Le maire de cette commune, Marcel André, m’a dit de faire attention, de prendre garde aux promesses. »

Qu’avez-vous fait ?

« On s’est réuni avec le maire de Chassieu et le maire de Meyzieu, Jean Courjon. On s’est opposés à ce projet, qui était secret. C’est Me Rollet, adjoint à la ville de Lyon et à la Communauté urbaine, qui après que je l’ai contacté, a dit à Delfante de nous communiquer le dossier. De là, j’ai posé la question des financements. Je voulais savoir par exemple qui allait payer les écoles. »

Que vous a-t-on répondu ?

« On m’a dit, on verra. J’ai alors dit : “quand vous aurez affiné votre étude, vous reviendrez nous voir.” J’attends toujours. Et puis tout est tombé à l’eau. Tout a été enterré, car personne ne pouvait dire comment cela allait être financé. On a évité là une belle catastrophe. »

Serait-ce une bonne chose de faire venir le métro à terme ?

« Pourquoi pas ? Cela a été relancé puisqu’il y a une bouche de métro à la Soie. Voire prolongé notamment pour créer une desserte au Grand stade. Cela avait d’ailleurs été demandé à l’origine de ce projet. Mais ça ne s’est pas fait. »

(1) Millénaire 3, le journal de la prospective de la métropole de Lyon, décembre 2007.

Christophe Gallet

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