Société Céline Tran, ex-actrice X : « La sexualité demande du respect et de l’écoute »

Céline Tran est aujourd’hui auteure/scénariste, comédienne et co-directrice de collection (Glénat). Photo Debora ANDERSON
Céline Tran est aujourd’hui auteure/scénariste, comédienne et co-directrice de collection (Glénat). Photo Debora ANDERSON

Native de la région de Lyon, celle qui s’était fait connaître sous le pseudo de Katsuni, publie son autobiographie chez Fayard, cinq ans après l’arrêt de sa carrière dans le cinéma pornographique.

Avez-vous subi du harcèlement de la part d’hommes, pendant votre carrière, et après ?

« Quand j’étais actrice dans le X, je recevais davantage de messages à connotation sexuelle qu’aujourd’hui. Certains pouvaient être grossiers ou insultants. Mais je ne le vivais pas comme du harcèlement car ça ne me touchait pas ! Le plus fréquent, c’était les compliments, les demandes en mariage ou les candidatures avec lettres de motivation pour devenir hardeur (ndlr : acteur de X). Parfois aussi, on m’invitait à me consacrer à Dieu ou à Allah pour sauver mon âme ! »

Jamais personne ne vous a poursuivie jusqu’en bas de chez vous ?

« Non ! Et il n’y a jamais eu de violences. Dans la rue, des hommes peuvent me demander un autographe. C’est très mignon. Quant à ceux qui sont parvenus à récupérer mon numéro de téléphone, ils expriment de l’admiration dans l’espoir de me rencontrer. Ça ne va pas plus loin. »

Une actrice de X s’est plainte d’être harcelée sur les réseaux sociaux. Elle a reçu le soutien de Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité femmes/hommes…

« Je comprends sa détresse. Personne ne mérite d’être insulté. Mais en faisant ce métier, il faut s’attendre à subir les réactions de personnes manquant de recul. La solution vient de soi. On peut ignorer ces messages, les filtrer ou y répondre. Pour avoir utilisé cette méthode, j’ai pu en mesurer les très bons résultats. J’écrivais par exemple : « Enchantée que ça t’ait plu ! Bonne continuation ! » Et là, le mec, désarçonné, se confondait en excuses. »

La parole s’est libérée sur Internet contre le harcèlement sexuel. Soutenez-vous cette démarche ?

« Je suis très prudente avec tous les rassemblements publics autour de grandes causes. Bien sûr, il n’y a aucune raison que des agresseurs restent protégés. Mais, quand l’émotion guide les gens, cela peut être dangereux. Le risque de ce type de mouvement, ce sont les réactions en chaîne, sans vérifications au cas par cas. Rien à voir avec un procès au tribunal en bonne et due forme. La délation à coups de hashtags (ndlr : mots-clés) sur Internet me donne l’impression de retourner à la lapidation sous l’Antiquité. »

Vous n’allez pas vous faire que des ami(e) s !

« Ce n’est pas grave. Je ne cherche pas à séduire. Je veux être intègre. Encore une fois, mon propos n’est pas de défendre les agresseurs. Il est de dire : « Vérifions les informations ! », « Ne généralisons pas ! ». Libérer la parole, c’est très bien. Mais l’idéal, ce n’est pas #MeToo ou #Balancetonporc ; c’est le « non » prononcé sur le moment. J’ai bien conscience que c’est difficile dans les affaires où des manipulateurs peuvent aussi pratiquer l’intimidation sur leurs victimes. »

Pensez-vous que les films X nourrissent le harcèlement dans la société ?

« Ils peuvent alimenter une confusion entre l’actrice et le personnage qu’elle incarne. Des films X amateurs, souvent axés sur la performance, sont disponibles en accès libre à profusion sur Internet. Ce n’était pas le cas quand j’ai commencé ma carrière. Je pense que, chez une partie de ceux qui les regardent, cela peut perturber le rapport aux femmes et à la sexualité. »

Vous sentez-vous coupable, après coup ?

« Non. Car, je le répète, quand je tournais, le facteur Internet n’existait pas. Les choses ne nous échappaient pas comme maintenant. Donc, j’avais la conscience tranquille. Je m’adressais à un public averti qui avait envie de voir cela et le X, ce sont aussi des films très esthétiques, des parodies, où il n’est pas question de performance. Il n’empêche que je prends mes responsabilités. »

De quelle manière ?

« J’essaie d’agir à mon niveau en collaborant avec l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (OPEN). Nous espérons organiser des conférences dans des collèges et des lycées. Le 17 mars, je suis intervenue avec Thomas Rohmer, président d’OPEN, devant des éducateurs des Scouts de France à l’Université catholique de Lyon. Certains encadrants se sentent démunis en voyant que des adolescents surfent sur des sites porno. Mon avis ? Il faut éviter de les juger si l’on veut dialoguer avec eux pour leur faire comprendre plusieurs choses essentielles : l’importance du consentement et de la prévention, mais aussi le fait que la sexualité est un plaisir partagé qui nécessite respect et écoute mutuels. Les adultes ont parfois du mal à parler de sexualité aux plus jeunes, car eux-mêmes ne sont pas à l’aise avec le sujet. Tous ces scandales de harcèlement ajoutent à la culpabilité ambiante. C’est oppressant et ça n’aide pas à l’émancipation. »

Je suis intervenue récemment à Lyon devant des éducateurs des Scouts de France.

Céline Tran

Céline Tran en dédicace ce samedi à Eurexpo

Céline Tran sera présente au festival « Japan Touch » le samedi 7 avril à Eurexpo Chassieu. Elle participera à une conférence intitulée “Les femmes ont la parole”, puis dédicacera son autobiographie Ne dis pas que tu aimes ça, récemment publiée chez Fayard (18 €).

Recueilli par Nicolas Ballet

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