Patrimoine culturel Le musée urbain Tony-Garnier est en danger

Selon le président Jacques Bonniel et la trésorière Marie-Françoise Deharo «Les collectivités publiques de nient pas la qualité et l’importance du travail accompli, mais elles sont moins généreuses quand il s’agit de maintenir la culture dans un   arrondissement populaire»  Photo Nadine MICHOLIN
Selon le président Jacques Bonniel et la trésorière Marie-Françoise Deharo «Les collectivités publiques de nient pas la qualité et l’importance du travail accompli, mais elles sont moins généreuses quand il s’agit de maintenir la culture dans un arrondissement populaire» Photo Nadine MICHOLIN

Alors que Lyon s’apprête à célébrer les 150 ans de la naissance de l’architecte Tony Garnier en 2019, le conseil d’administration du musée associatif tire la sonnette d’alarme.

Les quinze bénévoles à la manœuvre du conseil d’administration sont à bout. Particulièrement Jacques Bonniel qui préside le musée urbain depuis treize ans et la trésorière, Marie-Françoise Deharo, membre du conseil depuis près de vingt ans.

C’est certain, lorsqu’elle était adjointe à la culture du 8e  durant deux mandats, Maire-Françoise Deharo, donnait de la voix et activait ses réseaux. Depuis quatre ans, cette passionnée ne peut que se désoler et dresser un constat amer dans un quartier qui manque déjà de dynamique culturelle : « La culture à Lyon, c’est entre le Rhône et la Saône ! La mairie du 8e  nous soutient moralement mais cela ne suffit pas. Quant à la mairie de Lyon, elle nous ignore.»

Le musée déjà en difficulté en 2007

Son sentiment est d’autant plus exacerbé que, sur un territoire excentré tel que le 8e  arrondissement, les habitants ne se sentent guère concernés. Sans compter que depuis 2016, la Région a baissé sa dotation de 5 000 € (lire par ailleurs). Constat alarmant pour ces deux bénévoles qui ne comptent plus leurs heures et tremblent à l’idée de ne pas régler les trois salariés à plein-temps, la directrice et les deux jeunes embauchés en 2017.

« Nous avions eu une grosse alerte en 2007 et n’avions alors fonctionné qu’entre bénévoles. Georges Képénékian, alors adjoint de la culture à Lyon, nous avait doublement conseillés : “Il faut professionnaliser votre travail et réaliser une action culturelle d’ampleur”. Nous l’avons écouté avec l’embauche de Catherine Chambon en 2008 qui apporte son véritable professionnalisme et la réalisation d’une exposition thématique sur seize mois. Pour réaliser celle de Sacré Béton, nous avons perçu 75 000 € de mécénat d’entreprises, puis revendu l’expo pour 29 000 €. Mais pour préparer la suivante, il faut avancer les fonds. Même en jouant l’économie, le coût de “La vie, mode d’emploi” s’élève à 60 000 € contre 250 000 € en moyenne pour une exposition traditionnelle. C’est dire si notre gestion est rigoureuse. Reste que l’on n’a recueilli qu’un faible mécénat de 3 000 €.» Et le duo de s’interroger : « Après les difficultés du musée des Tissus, les fermetures du musée Africain et de 6e  Continent, Tony-Garnier sera-t-il le prochain musée lyonnais sur la liste des sacrifiés ?»

Un musée qui draine chaque année 45 000 visiteurs, 10 000 participants aux visites, conférences, animations, 15 000 visiteurs accueillis et renseignés, 15 000 touristes internationaux dans la cité Tony-Garnier et des milliers de lycéens depuis 25 ans.

Un trou de 30 000 €, soit 15 % du budget annuel

Le musée perçoit 134 000 € de subventions grâce au soutien de la Ville de Lyon (75 000 €), la Région (30 000 € au lieu de 35 000 €), Grand Lyon Habitat (20 000 € et la gratuité des locaux), la Direction régionale des affaires culturelles (9 000 € au lieu de 7 000 €). 45 000 € proviennent des ressources propres du musée (un quart du socle budgétaire) : la billetterie, la boutique dont les produits variés suscitent de nombreux achats, le parcours découverte des 25 murs peints, les visites de l’exposition annuelle et l’appartement-musée des années 1930 du célèbre architecte et urbaniste, Tony Garnier, né le 13 août 1869 à Lyon et mort le 19 janvier 1948.

« Si nous ne percevons pas une augmentation de 30 000 €, on ne passe pas. En janvier 2017, Georges Képénékian nous a promis, comme il y a quatre ans, de nous aider et de nous établir une convention triennale avec une augmentation de 15 000 à 20 000 €. Nous n’avons rien vu venir. Même après la réunion en janvier 2018 avec Loïc Graber, adjoint à la culture et Jean-Dominique Durand délégué au patrimoine à Lyon », se désespère le président Jacques Bonniel, prêt à jeter l’éponge avec la totalité des membres du conseil d’administration.

Contacté, Loïc Graber délégué à la culture à Lyon assure que « le conseil municipal de janvier 2018 a voté une convention provisoire de reconduction, en attendant la mise en place d’une convention triennale tripartite pour trouver des moyens supplémentaires sur le long terme ». En attendant, une réunion aura lieu mardi 27 mars entre la Ville et les musées pour préparer l’anniversaire de Tony Garnier.

Nadine Micholin

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