Exposition Le Lyonnais Émile Guimet enfin exposé en son musée parisien

Une statuette visible à l’ouverture du musée des Confluences
Une statuette visible à l’ouverture du musée des Confluences
Une statuette visible à l’ouverture du musée des Confluences
Une statuette visible à l’ouverture du musée des Confluences
Une statuette visible à l’ouverture du musée des Confluences
Une statuette visible à l’ouverture du musée des Confluences
Une statuette visible à l’ouverture du musée des Confluences Une statuette visible à l’ouverture du musée des Confluences Une statuette visible à l’ouverture du musée des Confluences

Industriel lyonnais et grand voyageur, Émile Guimet reste un inconnu à Paris. Alors que ses trésors faisaient l’objet d’une exposition à l’ouverture du musée des Confluences, une exposition parisienne, au musée Guimet, tente de cerner ce visiteur inclassable.

Né en 1836 dans une richissime famille d’industriels lyonnais, Émile Guimet aurait pu se contenter de cultiver ses dons pour la musique et ses préoccupations de patron social. Son père est un brillant ingénieur chimiste, sa mère est peintre. Émile manifeste très vite un goût pour les voyages et les arts. Après avoir visité plusieurs pays européens et l’Égypte, qui le marquera profondément, Guimet entreprend un long voyage d’étude.

De mai 1876 à mars 1877, il parcourt le Japon, la Chine, l’Inde, ainsi que Ceylan. Ce périple, entrepris avec son ami, le peintre Félix Régamey, doit nourrir un grand projet : comprendre les cultes orientaux – bouddhisme, shintoïsme, hindouisme… pour dresser un tableau comparé des religions. Émile Guimet est bien dans l’air du temps : « C’est l’époque où l’on étudie les religions avec une approche scientifique », rappelle Pierre Baptiste, commissaire associé de l’exposition et conservateur des collections d’Asie du Sud-Est du musée Guimet de Paris.

Le “bleu Guimet” testé par Ingres

Émile dispose alors d’une fortune considérable grâce au “bleu Guimet” inventé par son père. Ce colorant chimique remplace le bleu outremer, fabriqué jusque-là avec du lapis-lazuli et donc extrêmement coûteux. Testé par le peintre Ingres dans son tableau L’Apothéose d’Homère, le “bleu Guimet” va bientôt être utilisé non seulement dans la peinture, mais aussi pour l’azurage (blanchiment) du papier et dans les blanchisseries. Vendu dans le monde entier, il connaît un succès considérable.

Émile Guimet ne manquera pas d’en faire la promotion à l’exposition universelle de Philadelphie où il se rend en 1876 après avoir retrouvé Félix Régamey à New York. Les deux hommes ont décidé de gagner le Japon en traversant les États-Unis.

Nanti d’une lettre de recommandation des autorités japonaises et accompagné de traducteurs, Guimet est reçu dans plusieurs grands monastères ou sanctuaires. Il soumet les prêtres à un questionnaire standard : « Qui a créé l’univers ? », « Comment devient-on un bon moine ? »… Des rencontres improbables saisies par Régamey.

Le mandala de Kyoto

En Chine, où les deux voyageurs arrivent en novembre 1876, les choses se passent moins bien. L’Empire a été contraint par l’Occident de s’ouvrir au monde, les Européens sont détestés et les traducteurs médiocres. Tout au long de son voyage, Guimet a recueilli sculptures, peintures, manuscrits et livres. Pour les présenter au public, il fait construire, en 1879 à Lyon, un musée des Religions qui n’attire guère les visiteurs et fermera dès 1885. Il décide alors de transférer ses collections dans le 16e arrondissement de Paris dans un bâtiment identique, qui sera inauguré par le président Sadi Carnot, lui-même assassiné plus tard… à Lyon.

Même s’il a d’abord une approche documentaire, Émile Guimet a rapporté des chefs-d’œuvre de céramique chinoise et japonaise et de la statuaire d’Inde du Sud. Mais l’œuvre la plus spectaculaire est une copie du mandala du temple Toji de Kyoto, exécutée à sa demande par un maître japonais. Cet ensemble de statues symbolise la doctrine de la secte bouddhique Shingon.

Pratique Enquêtes vagabondes, le voyage illustré d’Émile Guimet en Asie , exposition jusqu’au 12 mars au Musée national des arts asiatiques - Guimet, 6, place d’Iéna, Paris 15e.

Ses trésors au musée des Confluences

Lyon n’est pas une ingrate. Dès l’ouverture du musée des Confluences, en décembre 2014, elle a tenu à honorer Émile Guimet avec une exposition consacrée à ses “trésors”, dont le contenu provenait en partie de l’autre musée Guimet, celui de Paris, désormais appelé Musée national des arts asiatiques-Guimet. Le voyageur le plus célèbre de Lyon avait offert à sa ville natale un musée d’histoire naturelle, avant même celui de Paris, situé boulevard des Belges à Lyon 6e. Fermé faute d’audience (lire par ailleurs), puis rouvert avec les collections d’histoire naturelle du musée Saint-Pierre, enrichi par les dons de la famille Guimet et le retour de trois mille objets partis à Paris, le “second” musée Guimet de Lyon rouvrira en 1913, boulevard des Belges. « Il y a des savants qui se tiennent à l’écart. Moi, je fais des trous aux rideaux ! Je veux voir et je veux que tout le monde voie », disait-il en 1907. Ses collections, dont le musée des Confluences a hérité, sont composées de tout ce que l’infatigable Émile Guimet a rapporté de ses voyages en Asie : des porcelaines et des poupées du Japon et de Chine, des statuettes de Corée, du Vietnam, de Thaïlande, d’Inde et de Birmanie, des objets usuels (blague à tabac, bijoux), etc. Figurait déjà dans l’exposition lyonnaise la réplique du mandala du temple Toji de Kyoto, issue de la collection parisienne et qui est aujourd’hui le “clou” de l’exposition.

Catalogue de l’exposition Les trésors d’Émile Guimet , édité chez Actes Sud, en vente en librairie et à la boutique du musée des Confluences, 35 €.

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