Polémique Publicité sur les trottoirs : la Métropole « réfléchit »

Après le refus de Nantes et les doutes de Bordeaux, Lyon pourrait aussi refuser l’expérimentation.  Photo MaxPPP
Après le refus de Nantes et les doutes de Bordeaux, Lyon pourrait aussi refuser l’expérimentation. Photo MaxPPP

Alors que l’expérimentation devait débuter le 25 décembre, la Métropole de Lyon temporise et se demande même si elle y participera.

Comme un cadeau de Noël empoisonné. Le 24 décembre, un décret au Journal officiel annonçait que les villes de Lyon, Bordeaux et Nantes pouvaient tester les marquages publicitaires biodégradables éphémères sur les trottoirs, et ce, pour une durée d’un an et demi. Selon le décret, initié par une start-up villeurbannaise (lire par ailleurs), ces publicités ne pourront pas rester plus de dix jours, ni excéder 2,50 m2. Elles devront être espacées d’au moins 80 mètres.

Alors que l’expérimentation pouvait commencer immédiatement selon le décret, elle a été attaquée avant même que la moindre publicité ne soit apparue. La ville de Nantes, évoquant « une pollution visuelle », a annoncé qu’elle ne participerait pas, et des voix se sont élevées à Bordeaux. Et dans la Métropole de Lyon ? Le maire de Villeurbanne, Jean-Paul Bret, a été le premier à dégainer, via un communiqué offensif. « Pris sans concertation, il s’impose à la Métropole et aux villes qui la composent, sans s’inquiéter un seul instant de leur avis sur le sujet. » L’édile rappelle que la Métropole travaille actuellement sur le nouveau règlement local de publicité qui doit être approuvé avant le mois de juillet 2020. Avant de poursuivre : « Je regrette qu’un décret pris dans le cadre du programme “France expérimentation” permette à nouveau de faire entrer l’espace public dans le champ d’une approche uniquement mercantile […]. Un décret ne peut servir de “cheval de Troie” à des lobbys organisés, sans tenir compte de l’intérêt général et des règlements des collectivités locales. » Les associations, elles aussi, grognent. « Nous sommes déjà saturés de publicités. C’est une en plus, une en trop, regrette Benjamin Badouard, du collectif Plein la vue (1). Quand vous allez sur Internet, que vous regardez la télé, c’est un choix. Là, la pub s’impose à nous. Ce qui est le plus grave, c’est que les citoyens sont majoritairement contre et ils ne sont pas écoutés ».

La Métropole annonce une concertation

Pendant ce temps, à la Métropole, on temporise. « Il n’y a aucune décision prise politiquement. Nous sommes en train de réfléchir aux règles de cette expérimentation. On réfléchit même si on la fait ou pas », expliquait-on vendredi matin. Car si Lyon venait à accepter la publicité éphémère, il faudrait rajouter des règles aux règles. Quid du Vieux-Lyon ? Bellecour ? Terreaux ? Quelles publicités ? Que pourra-t-on mettre à proximité d’une école ?

Finalement, par le biais d’un communiqué, la Métropole a annoncé que l’expérimentation allait « faire l’objet sur le territoire métropolitain d’une concertation impliquant l’ensemble des communes de l’agglomération. C’est seulement à l’issue de cette concertation que la mise en œuvre éventuelle de ce dispositif expérimental fera l’objet d’une décision des communes et de la Métropole. » Qu’en disent les entreprises spécialisées ? Chez Cleancom, société lyonnaise créée en 2010, on estime que « ce décret est bienvenu car nous étions dans un flou juridique ». Selon Jérémie Mantaut, le carnet de commandes n’a pas explosé pour autant. « C’est trop tôt », dit-il, avant de revenir sur les craintes des habitants et des élus. « Qu’il y ait des inquiétudes, on le comprend. Mais nous avons une éthique. Notre but n’est pas de marquer tous les trottoirs, que cela devienne anarchique. Si on veut conserver notre business de manière pérenne, nous devons faire ça bien, avec parcimonie. »

(1) Le collectif a lancé une pétition sur le nouveau règlement de publicité : bit.ly/StopPubLyon

Les citoyens sont majoritairement contre et ils ne sont pas écoutés

Benjamin Badouard, collectif Plein la vue

Tout a commencé à Villeurbanne

Ce décret n’est pas arrivé seul. C’est même du côté de Villeurbanne qu’est née l’étincelle avec la start-up Biodegr’AD, régie de supports publicitaires éphémères créée en 2012 par Tanguy Bard de Coutance, Guillaume Pâris de Bollardière et Emeric Mouillot. En 2016, les associés ont déposé, avec l’appui d’un cabinet d’avocats spécialisés dans le droit public, un dossier au ministère de l’Économie dans le cadre de “France Expérimentation”. Ce dispositif permet, pour tester une innovation, d’obtenir des dérogations à certaines normes juridiques (dans ce cas précis aux codes de la route et de l’environnement). Après le feu vert des ministères de l’Intérieur, de la Justice, de l’Économie, de l’Environnement, le décret est finalement publié ce 24 décembre.

Deux types de marquage

La publicité éphémère sur les trottoirs peut se présenter sous deux formes :

“Clean tag”
C’est un marquage à l’eau non potable à travers un pochoir. Après le décapage, le contraste sale/propre apparaît. La publicité disparaît au fil des passages et a environ une semaine de durée de vie.

Marquage à la peinture
C’est un marquage à la peinture biodégradable à base aqueuse ou à base de craie avec un traitement antidérapant. Pour l’enlever, un coup de nettoyeur haute pression suffit.

Jean-Philippe Cavaillez

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