Artisanat Il redonne vie aux boiseries des plus beaux monuments lyonnais

Luc Vaganay a restauré les 200m² de boiserie de la chapelle de l'Hôtel-Dieu, dont ce confessionnal. / Photo Marion Saive
Luc Vaganay a restauré les 200m² de boiserie de la chapelle de l'Hôtel-Dieu, dont ce confessionnal. / Photo Marion Saive

Le Palais de Justice, la chapelle et le réfectoire de l'Hôtel-Dieu... Luc Vaganay, ébéniste, est sollicité pour restaurer les plus beaux édifices de Lyon. Le temps d'un chantier, il en détient les clés. Un rêve éveillé.

Dans son atelier aux odeurs de bois vernis, un trictrac d’époque Louis XVI, des meubles massifs, une commode demi-lune du XVIIIe, un secrétaire, une table gigogne signée Gallé, une jardinière Louis XV, sont entreposés sur les quelques mètres carrés inoccupés du magasin.

Depuis trente-deux ans, 60 heures par semaine, Luc Vaganay répare, embellit et bichonne les meubles d’époque que des particuliers viennent déposer dans sa « clinique » du 105, rue Vendôme, dans le 6e arrondissement de Lyon. Participe aussi à divers chantiers de restauration. En région Rhône-Alpes, comme lorsqu’il avait investi le château de Bagnols ou qu’il avait réparé tout le mécanisme des fenêtres automatiques au château de Ripaille, à Thonon-les-Bains, mais aussi au-delà. Il vient d’ailleurs de récupérer des pendules et cartels en marqueterie écailles de tortue et os du château de Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne), qu’il restaurera en binôme avec l’horloger de Caluire, François Simon-Fustier.

Le buffet du réfectoire.
Le buffet du réfectoire.

« C’est gratifiant de laisser son empreinte sur de tels édifices »

Ces dernières années, le Lyonnais a pris part à d’importantes rénovations de monuments historiques de la ville. Le Palais de Justice, en 2008, un chantier de 10 000 heures de travail à 500 000 euros -il  montre les photos des bureaux en hémicycle sur son téléphone portable-. Plus récemment, la chapelle de l’Hôtel-Dieu, dont il restaure les 200m² de boiserie : confessionnal, sculpture d’éléments, reprise des patines noircies par le poêle à charbon… Et l’Hôtel-Dieu, dont il retape le réfectoire et les buffets classés monuments historiques. Un chantier mis en pause le temps du désamiantage des vitraux (sur les 1400 heures de travail estimées, ses employés et lui en sont à 1200).

« C’est gratifiant d’intervenir sur de tels édifices, d’y mettre sa pâte et laisser son empreinte. Quand j’emmène les gamins en stage à l’atelier sur les chantiers, ils ont des gobilles comme ça », dit-il, mimant des yeux écarquillés. « En tant qu’ébéniste, j’ai un rôle de transmission du patrimoine. » Luc Vaganay aime profondément son métier. Le travail de la matière. L’ouvrage, du démontage du bronze au remontage, jusqu’au vernissage, révélateur de la beauté bois. La découverte d’endroits inédits porteurs d’histoire. Le lien presque intime qui se tisse avec les monuments qu’il restaure... « Pendant un temps, j’ai les clés de ces lieux magiques, je me les approprie, c’est fusionnel. » Et surtout, le retour du travail réalisé. « Les gens me confient des commodes, des tables, des armoires à forte valeur sentimentale, parfois évocatrices de souvenirs d’enfance. Ils comptent sur moi pour retrouver la jeunesse de ces meubles qui leur sont chers. Il arrive qu’ils me pleurent dans les bras quand ils découvrent le mobilier rénové. C’est ma plus belle récompense. »

Luv Vaganay entouré de son employé Benjamin Hoppe (à gauche) et de son fils Vladimir, sur le chantier de l'Hôtel-Dieu, 1400 heures de travail au total. / Photo DR
Luv Vaganay entouré de son employé Benjamin Hoppe (à gauche) et de son fils Vladimir, sur le chantier de l'Hôtel-Dieu, 1400 heures de travail au total. / Photo DR

Il enfilait son premier bleu de travail quand ses copains rejoignaient les bancs de la fac

A 20 ans, CAP de marqueterie-ébénisterie en poche, Luc enfilait son premier bleu de travail quand ses copains rejoignaient les bancs de la fac de droit. A 23, il s’installait à son compte. Depuis, le quinqua a formé et embauché une tripotée d’apprentis dans son atelier de quatre salariés labellisé entreprise du patrimoine vivant de France, une marque de reconnaissance de l’Etat qui récompense les savoir-faire de quelque 1300 sociétés de l’Hexagone.

Aujourd’hui, il accuse un peu le coup. La profession a évolué et le père de trois enfants pointe un désintérêt grandissant pour les meubles anciens. « Il n’y a pas de rajeunissement de ma clientèle. La chaise bancale reste au fond du garage et la commode de la grand-mère, les jeunes n’en ont plus rien à faire. » Il dénonce aussi une pénurie de débouchés. « L’artisanat, c’est des métiers de niche, on va lentement dans un monde où tout va vite, ils ne veulent pas former les jeunes pour qu’ils aillent se fracasser sur le marché du travail. Alors c’est bien d’avoir des monuments à restaurer et du savoir-faire, mais sans hommes, c’est tout un maillon de la chaîne qui dysfonctionne. »

Marion Saive (marion.saive@leprogres.fr)

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