Tendance Nicolas Pasquier, la fureur d’entreprendre

Nicolas Pasquier dans ses locaux lyonnais, près de la gare Perrache. / Photo Marion Saive
Nicolas Pasquier dans ses locaux lyonnais, près de la gare Perrache. / Photo Marion Saive

Le multi-entrepreneurs lyonnais s'apprête à fêter les cinq ans d'activité de sa société Skinjay. Parcours d'une tête brûlée.

Il voyage, travaille, gamberge beaucoup. Fait des blagues et parle énormément. Quand il était plus jeune, sa grand-mère le comparait à un canard : « Même la tête coupée, tu parles encore ». Dort très peu, cinq heures grand maximum. N’a pas de voiture et se déplace en Uber quand il n’est pas dans les airs. Gère 130 mails par jour et visite un pays par semaine.

Nicolas Pasquier, 43 ans, père de deux enfants, est entrepreneur. Le Lyonnais mène une vie à cent à l’heure depuis l’arrivée de son nouveau-né Skinjay. Un concept de capsules d’huiles essentielles pour la douche, imaginé en 2012, commercialisé depuis 2015 dans les palaces du monde entier - L’hôtel 5 étoiles de Crillon à Paris et le Club Med de Cancun au Mexique sont les derniers à lui avoir dit « oui » – et développé dans ses bureaux lyonnais, près de la gare Perrache. C’est là qu’on le rencontre.

Il quitte l'école à 17 ans, la France à 18

L’homme a le visage allongé, la barbe fournie, des lunettes rondes tachetées assorties à la couleur de ses cheveux châtains. L'entrepreneuriat, Nicolas Pasquier l’a dans le sang. Fils et neveu d’entrepreneurs -respectivement dans une société de logiciel et d’expertise comptable-, à 12 ans, il monte son premier business plan. « Je ne suis pas entrepreneur pour être libre, je n’ai aucun problème avec l’autorité. Je fais ce métier pour les rencontres fortuites, l’aspect créatif, et surtout, pour combler mon côté ado attardé qui veut changer le monde », dit-il, Coca Zéro à la main, genou replié sur la chaise.

Nicolas ne s’est jamais mis de barrières. Parisien de naissance, il passe son enfance à Lyon. Collège à Genas, seconde et début de première au lycée Charlie-Chaplin de Décines-Charpieu, dans la banlieue Est. S’émancipe très tôt. Prend un appartement à 16 ans, quitte l’école à 17 (« ce côté gavage d’oie m’était insupportable, j’en avais marre d’apprendre bêtement, je voulais comprendre »), la France à 18. S’envole pour le Canada, sans bac ni permis de travail, devant des parents impuissants. Début de la débrouille. « Quand on est à 6000 km de chez soi, qu’on est jeune et qu’on a rien sur soi, faut se démerder. » Il enchaîne les petits boulots, répare distributeurs de billets et téléphones portables. Devient manager chez ATI, leader mondial des cartes graphiques. Il a 22 ans.

« La France est le pays qui aide le plus les entrepreneurs au monde »

Retour à Lyon deux années plus tard. « Je me suis rendu compte que les copains qui avaient poursuivi les études avaient bien fait la fête mais pas beaucoup travaillé. » Lui, lance sa première boîte, 7th Zone, site web d’information sur les DVD, qui ne survivra pas à la bulle Internet. Puis Intradot, spécialisée dans la sauvegarde de données, revendue en 2008. Et une troisième, Le Clust’R Numérique, un groupement d’entités informatiques.

Des sociétés toutes créées à Lyon, ville sur laquelle il a misé et développé son réseau professionnel. Pour sa boîte Skinjay, il a reçu un prêt de 100 000 euros de la Région Auvergne Rhône-Alpes. S’est fait épauler par Aderly, l’Agence pour le développement économique de la région lyonnaise, et par la mairie. A été hébergé sur la plateforme Axel’One de Saint-Fons, dédiée aux porteurs  de projets collaboratifs. A embauché des ingénieurs de l’Insa de Lyon et rapatrié ses collaborateurs parisiens dans les locaux de Perrache, fin 2016. « La France est le pays qui aide le plus les entrepreneurs au monde. J’ai compris ça en ayant vécu quatre ans aux États-Unis. Là-bas, demandez à votre maire ou votre banque de vous aider à financer votre projet... ça n’existe pas. »

Plus souvent à l'aéroport Saint-Exupéry que chez lui

Domicilié sur la Presqu’île, Nicolas Pasquier confie passer plus de temps dans sa seconde maison, l’aéroport Saint-Exupéry (il prend l’avion toutes les semaines pour démarcher les hôtels de luxe du monde entier et leur proposer ses capsules aux six fragrances). Les berges du Rhône, les puces du canal, la proximité avec la montagne, il en profite le week-end. Son sport, c’est une petite course nocturne vers 2 heures du matin, les soirs où il ne finit pas trop tard. « D’ailleurs, faudrait que je m’y remette si je veux rentrer dans mon bikini cet été. »

Le concept des capsules Skinjay

Derrière la capsule de douche Skinjay, « une expérience multi-sensorielle ». Insérée dans un mixer –l’objet a été conçu expressément pour recevoir la capsule et se visse au pommeau de douche -, la capsule dégage son parfum d’huiles essentielles pendant 8 minutes environ, pour un moment de détente sous la douche. Six fragrances sont disponibles, aux noms évocateurs : ondée en forêt, pluie de printemps, draps de brume, pschhht, rosée ravageuse, soleil éclaboussé. « Les molécules sont en suspension dans l’air, on les inhale, ça rentre dans notre sang et ça nous apaise », traduit Nicolas Pasquier. Qui vante un concept « économiquement et écologiquement responsable ». Les capsules sont biodégradables et à usage unique, fabriquées à l’Esat Jacques-Chavent, établissement et service d’aide par le travail réservé aux personnes en situation de handicap visant leur (ré)insertion sociale et professionnelle, dans le 8e arrondissement de Lyon. Les huiles essentielles sont 100 % bio et toutes les matières premières sont produites en France.

« Ce n’est pas un produit qui s’utilise tous les jours, ça doit rester un plaisir »

Le prix : 212 euros le mixer, 2 euros la capsule. Questionné sur le coût onéreux du produit,  le fondateur de Skinjay répond : « Ce n’est pas quelque chose qui s’utilise tous les jours, ça reste un plaisir, 2 à 3 fois par semaine, soit 24 euros le mois. Ce n’est pas excessif. » Et le fait de passer plus de temps sous la douche et donc d’utiliser plus d’eau ? « Les gens passent leur temps au boulot, dans les transports. Ils n’ont plus le droit de s’arrêter sur un banc, de décrocher 5 minutes. Je voulais leur donner la possibilité de se couper de ce monde hyper connecté pendant 8 minutes. La douche, c’est 1 à 1,5 % de la consommation d’eau mondiale. Je ne pense pas qu’en rallongeant sa douche de 3 minutes trois fois par semaine, on vide les nappes phréatiques. »

Le développement est en marche

Skinjay, c’est 8 millions d’euros levés, une trentaine d’associés et douze salariés. Ils seront une quinzaine à la fin de l’année : Nicolas Pasquier veut recruter un community manager et un vlogueur (blogueur qui fait de la vidéo, Ndlr). Avis aux intéressés.

Désormais bien installé dans le milieu hôtelier (8 personnes sur 10 utilisent ses capsules quand elles sont proposées dans les chambres d’hôtels) Nicolas Pasquier souhaite se développer à l’international et s’adresser, aussi, au grand public. Il l’assure, le champ des possibles est varié. « J’ai été contacté pour créer des capsules d’engrais pour l’arrosage automatique, pour le nettoyage des voitures au lavage automatique, des capsules de gros sel pour les personnes atteintes de psoriasis… »

Le 1er avril, il fêtera les cinq ans de son entreprise (« 10 % seulement atteignent ce cap d’activité »). A cette occasion, le prix du mixer passera définitivement de 212 à 149 euros TTC. Cadeau d’anniversaire pour les clients.

Marion Saive (marion.saive@leprogres.fr)

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