Gare Il a aménagé La Part-Dieu en 1970 et a des idées pour la suite

La caserne de La Part-Dieu. A gauche, la rue Garibaldi.  Archives Progrès
La caserne de La Part-Dieu. A gauche, la rue Garibaldi. Archives Progrès
En mai 1973, le chantier bat son plein. La gare n’arrivera que dix années plus tard.  Archives Progrès
En mai 1973, le chantier bat son plein. La gare n’arrivera que dix années plus tard. Archives Progrès
L’ancien logo  de La Part-Dieu créé en 1970.  DR
L’ancien logo de La Part-Dieu créé en 1970. DR
« Part-Dieu 2020 ». Vue depuis le parvis de la gare, côté Vivier-Merle. Visuel Winy Maas et SPL Part-Dieu
« Part-Dieu 2020 ». Vue depuis le parvis de la gare, côté Vivier-Merle. Visuel Winy Maas et SPL Part-Dieu
La caserne de La Part-Dieu. A gauche, la rue Garibaldi.  Archives Progrès En mai 1973, le chantier bat son plein. La gare n’arrivera que dix années plus tard.  Archives Progrès L’ancien logo  de La Part-Dieu créé en 1970.  DR « Part-Dieu 2020 ». Vue depuis le parvis de la gare, côté Vivier-Merle. Visuel Winy Maas et SPL Part-Dieu

Georges Vauzeilles, ancien directeur de la Serl sort un livre relatant l’aventure de la création du quartier d’affaires. L’urbaniste y détaille aussi ce qu’il pense du projet « Part-Dieu 2020 », tout en apportant sa contribution. Rencontre.

Durant la réalisation de La Part-Dieu, qu’est-ce que vous n’avez pas pu réaliser ? 

« À proximité du terrain de l’ORTF, le projet comprenait une Maison de la Culture et de la Communication, avec une très belle architecture de Mario Botta. Un bâtiment qui n’aurait sans doute pas pu être démoli aujourd’hui ! »

Avec le recul, que regrettez-vous ? 

« Nous sommes fautifs de ne pas avoir pensé à un passage piéton Est-Ouest agréable, permettant la traversée de La Part-Dieu jusqu’à la gare. Je suis heureux de voir que cette liaison est désormais d’actualité, avec une déambulation qui partira en face de la gare, et qui se prolongera à l’ouest.

Nous avons regretté aussi de n’avoir pas inclus dans nos réflexions, les quartiers de la Villette et de la Ferrandière et d’avoir laissé prospérer un urbanisme banal, sans âme, sans talent du côté Villeurbanne, à l’Est de la gare.

Il a manqué aussi les pistes cyclables, car nous raisonnions à l’époque en “tout voiture”. »

Qu’avez-vous pensé de la suppression des trémies ?

« C’est une bonne chose pour le nouvel aménagement de la rue Garibaldi avec sa piste pour Vélov et ses larges trottoirs. »

De quoi êtes-vous fier ?

« Nous avons échappé au pire à la gare. La SNCF ne voulait qu’une petite gare, avec un passage inférieur large de 14 mètres. Bernard Rivalta et Charles Béraudier sont allés plaider le dossier à Paris, pour obtenir un mall de 64 mètres de large, qui s’avère aujourd’hui insuffisant.

Mais la gare a correctement fonctionné pour les trente années pour lesquelles elle avait été conçue ! Le Crayon, aussi, est une réussite. Le premier projet l’insérait dans le centre commercial.

Son architecture, sa couleur florentine, en font le signal de Lyon, connu partout dans le monde des urbanistes. J’ai également contribué à enterrer la voie rapide en autopont qui s’appelait “LY2” et qui avait été imaginée à l’Est de la gare ! »

Comment jugez-vous le projet « Part-Dieu 2020 » ?

« Ce qui est prévu pour le centre commercial me plaît beaucoup, avec une végétalisation du toit, l’ouverture Est/Ouest et des façades plus poreuses.

Pour le reste, en dehors des intentions louables, n’ayant pas connaissance des éléments financiers, de la localisation des équipements publics de petite échelle, de la procédure du choix des promoteurs, et de tout ce qui ne figure pas dans un dossier de concertation publique, tout cela ne me permet pas d’analyser l’indispensable adéquation entre le programme, le projet, le prix, ou encore le planning. J’attends avec confiance la suite du projet… »

La Part-Dieu doit-elle impérativement être un “quartier à vivre”, c’est-à-dire avec des habitants ?

« Oui, car ce qui fait la ville, ce sont les habitants ! Je parle d’habitants permanents. Or, le périmètre stricto sensu de La Part-Dieu compte une habitation pour onze bureaux.

Avec un rapport si faible, on ne peut pas envisager une ville sociable et durable. C’est impossible. Et puis, il faut réfléchir à la place des bureaux qui deviendront, à l’ère d’Internet, des plateformes collaboratives. »

On va agrandir la gare. Qu’en pensez-vous ?

« Il faut éviter l’hyper nœud et améliorer, si c’est encore temps, la copie actuelle de la SNCF à l’échelle de la Métropole, et de la Région élargie à l’Auvergne, avant que tout cela devienne pharaonique ?

Qu’a-t-on envisagé pour la gare routière, qui va inévitablement devoir accueillir plus de cars depuis la déréglementation Macron et la suppression de petites lignes de train, au profit d’autocars ?

Il faudrait penser à d’autres hubs, à Satolas, Feyzin, Perrache, Vaise. La halle au-dessus des voies ferrées, prévue pour plus tard par la SNCF, au moment de la création de la gare, en 1983, est encore absente des plans. »

Vous souhaitez faire ressurgir l’eau

« Il y avait un grand bassin sur les terrasses actuelles du centre commercial, qui a été supprimé. Pourquoi ne pas faire surgir depuis la nappe phréatique, un tronçon de la Rize, puis utiliser cette eau comme pataugeoire l’été, et comme patinoire l’hiver ?

Cela pourrait se faire à côté des grands peupliers, dont j’espère qu’ils seront conservés, entre la rue Bouchut et la rue Servient. »

Vous estimez qu’il faudrait encore plus de concertation

« À côté des associations officielles, des experts et des élus, je propose de réunir à nouveau les habitants, les employés, les commerçants, les chefs d’entreprise… et les responsables associatifs pour constituer un jury citoyen composé d’une quarantaine de personnes qui pourraient exprimer leurs vœux.

La concertation organisée en 1970 a permis de faire évoluer grandement le projet. Je songe notamment à la signalétique qui, au lieu d’évoquer les points cardinaux, s’est fondée sur le nom des ouvrages.

Quoi de plus humain que l’urbain ?…. Ne craignons pas d’être un peu utopiste à Lyon, comme le fut, à la Renaissance, Barthélémy Aneau, avec sa ville de Orbe. »

La Part-dieu, l’art urbain de l’aménageur , de Georges Vauzeilles, éditions L’Harmattan, 170 pages, prix 18,50 €. 

Bio express

L’Auvergnat Georges Vauzeilles a fait ses études à Clermont-Ferrand, avant d’intégrer l’école nationale supérieure des Travaux publics, l’institut d’administration des entreprises et l’Harvard Business school (Etats-Unis).

Il travaille dans l’agglomération lyonnaise à partir de 1970, au Tonkin et à Vénissieux. Il se consacre ensuite à La Part-Dieu, et dirige la Serl, société d’équipement de la région de Lyon.

Puis il part ensuite à Paris, où il va travailler notamment sur l’Arche de la Défense. Aujourd’hui, Georges Vauzeilles apporte assistance et conseil à de nombreux projets en Chine. L’aménagement de La Part-Dieu demeure, pour lui, un modèle international.

Propos recueillis par Sophie Majou

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