Environnement Cimetière de Loyasse : un refuge pour les petites bêtes

Fabien Dubois, coordinateur Refuge LPO. Depuis le printemps, il est venu six fois au cimetière, le matin de bonne heure ou en soirée pour observer les espèces crépusculaires et la nuit.  Photo  Aline DURET
Fabien Dubois, coordinateur Refuge LPO. Depuis le printemps, il est venu six fois au cimetière, le matin de bonne heure ou en soirée pour observer les espèces crépusculaires et la nuit. Photo Aline DURET

Situé dans le 5e arrondissement, le cimetière de Loyasse est labellisé Refuge LPO depuis le printemps dernier. L’idée est de favoriser la biodiversité dans un lieu plutôt destiné au recueillement. Beaucoup d’espèces y sont déjà revenues.

Il n’a pas besoin de tendre l’oreille. Le moindre cri, si petit soit-il, lui est familier. « Là, vous entendez ? Ce sont des martinets à ventre blanc. Et la silhouette que l’on devine ici, à quelques mètres ? C’est un rouge-queue… » Fabien Dubois, chargé d’études biodiversité à la LPO Rhône, coordinateur refuge LPO et biodiversité, boit du petit-lait. En une heure, il a repéré 25 espèces différentes. En pleine ville. On ne s’y attend pas. D’autant que nous sommes dans l’une des allées silencieuses du cimetière de Loyasse. Cimetière devenu, qui l’eut cru, refuge LPO (*).

Un refuge pourquoi faire ?

Depuis la fin du printemps 2016, « le refuge est recensé au niveau national et au niveau du cadastre comme un endroit où l’on favorise la biodiversité ». Le principe est somme toute assez simple : il s’agit de favoriser la préservation de la nature dans un site où il est plutôt question de deuil et de recueillement.

« C’est une première dans le Rhône et c’est un sacré challenge qu’on s’est lancé vis-à-vis des gens », admet Fabien Dubois. Le lieu est propice. Car en pratiquant le zéro pesticide, le service des Espaces verts de la ville de Lyon contribue déjà à lui redonner de belles couleurs.

Le retour des hérissons

« L’idée n’est pas d’imposer un changement radical », reprend le chargé d’études biodiversité. Un état des lieux est en cours pour ensuite faire évoluer les pratiques en concevant un plan de gestion. « Le refuge doit servir d’exemple ». L’idée est aussi de communiquer davantage en organisant des visites, de sensibiliser et faire comprendre les enjeux.

Armé de ses jumelles, Fabien Dubois recense la faune et la flore du cimetière. À ce jour, une cinquantaine d’espèces différentes serait revenue dans cette partie préservée du 5e arrondissement. Le spécialiste traque les indices au sol. Il y a vu des fouines, mais aussi le grand retour des hérissons. Les temps vont bien finir par changer…

C’est pour le bien commun

Laisser courir les herbes folles plutôt que les arracher, arrêter les produits anti-limaces, ménager prairies et autres buissons pour laisser la petite faune se réinstaller… Certaines de ces préconisations sont déjà en place. D’autres suscitent déjà des réactions d’usagers qui ne comprennent pas ces herbes hautes qui demeurent et regrettent « un manque d’entretien ».

« Il va falloir que les usagers arrivent à comprendre que tout ce qui est mis en place c’est pour le bien commun, affirme Fabien Dubois. Leur dire que ce site peut devenir une vitrine qui donne envie aux gens de reproduire certaines de ces pratiques chez eux. »

NOTE (*) La Ligue pour la Protection des Oiseaux est une association qui a vu le jour en 1912.

« C’est le premier cimetière ancien qui a été labellisé », Alain Giordano, adjoint au maire de Lyon

« Le projet de refuge LPO est né d’une chose anecdotique. C’est en travaillant sur la présence d’une espèce de crapaud à Lyon qu’on s’est aperçu que le petit-duc était revenu au cimetière Loyasse. J’ai pris contact avec la LPO et nous avons commencé un travail sur la biodiversité.

Ainsi est née l’idée d’une convention entre la Ville et LPO qui fera l’objet d’une délibération au conseil municipal en septembre.

D’une durée de trois ans et à raison d’un financement qui pourrait être de 5 000 € par an, cette convention permet de réaliser un inventaire et d’engager une réflexion en fonction de cette étude. C’est le premier cimetière traditionnel en France qui est labellisé Refuge LPO ».

Aline Duret

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