PATRIMOINE Le trésor inexploité de saint Irénée

Le calvaire de l’église Saint-Irénée.  Photo Pierre AUGROS
Le calvaire de l’église Saint-Irénée. Photo Pierre AUGROS

Le prêtre Christian Delorme appelle à « mobiliser des fonds » pour « mettre en valeur » le site du 5e arrondissement où aurait été enterré Irénée, penseur majeur de la chrétienté aux IIe /IIIe siècles.

Imaginerait-on parler de Versailles sans jamais évoquer la figure de Louis XIV ? Si la comparaison est osée - encore que Jésus appelât bien à la constitution d’un « Royaume » -, c’est pourtant le sort réservé à Irénée de Lyon, bâtisseur de l’Eglise des premiers siècles. Ce roi soleil des théologiens est éclipsé par d’autres « divins » penseurs ayant eu, à l’image d’Augustin, le privilège de se tailler une place dans le « Saint des Saints » républicain que constituent, en France, les manuels scolaires de philosophie.

Confondu avec une femme

Deuxième évêque de Lugdunum (177-202), Irénée aurait été enterré dans une nécropole, sur le site de l’église portant son nom et dont le clocher, carré comme un père la vertu, pointe au-dessus des immeubles à l’aplomb du tunnel sous Fourvière. Peu nombreux sont ceux qui connaissent aujourd’hui son histoire. Beaucoup (y compris des journalistes) pensent encore qu’Irénée était une femme, en raison du “e” final de son prénom – de quoi faire bondir le moindre inquisiteur de la prétendue “théorie du genre” ! – Et l’on ne mentionne pas l’état de conservation plus que moyen des bâtiments (crypte, église) et du calvaire, tous propriété de la Ville de Lyon qui fait ce qu’elle peut avec les budgets dont elle dispose (1). Le récent déménagement de l’archevêché à la Maison Saint-Irénée, rénovée avec panache sur fonds privés, donne une idée à Christian Delorme, curé à Caluire et membre du conseil épiscopal : « C’est l’occasion de mettre en valeur, juste à côté, l’église, la crypte et le calvaire de Saint-Irénée, visités par des chrétiens du monde entier. Même le patriarche orthodoxe de Constantinople s’y est recueilli en 2009 ! Pourquoi ne pas mobiliser de l’argent, via la Fondation Saint-Irénée ? »

Certes, les reliques d’Irénée ont disparu, peut-être profanées par la soldatesque protestante du baron des Adrets au XVIe siècle – la chronique historique raconte que certains jouaient aux boules avec les crânes prélevés dans la crypte… – Mais qu’importe, au fond, que le saint homme fût inhumé là ou non : il a bel et bien oeuvré à Lugdunum et ses écrits ont fait de lui un “Père de l’Eglise”.

Comment alors ne pas lui donner la sépulture qu’il mérite ? Lyon n’y trouverait-elle pas, en outre, son compte sur le plan touristique ? Mgr Barbarin avait demandé à Benoît XVI de faire proclamer Irénée “docteur de l’Unité de l’Eglise” ; pas de résultat, l’élection du pape François, moins versé dans la pure théologie, ayant entretemps changé la donne.

Un projet avant 2020 ?

« Le jour où un projet intelligent sera proposé pour le site, nous serons ravis de le soutenir », promet Etienne Piquet-Gauthier, directeur de la Fondation Saint-Irénée. Il juge important de « redonner toute sa place à l’Histoire des premiers chrétiens (en Gaule) ». Y compris en valorisant l’amphithéâtre des Trois-Gaules (Lyon 1er ), lieu du martyre de Blandine et propriété de la Ville. L’ouverture, fin 2014 à l’Antiquaille, de l’Espace culturel du christianisme (Eccly), est à marquer d’une pierre blanche : cette histoire est à présent mieux diffusée au grand public. François Lagnau, président de l’association culturelle des sanctuaires de Saint-Irénée/Saint-Just, vient de remettre une note à l’archevêque de Lyon. Il lui propose l’idée d’une commission générale avec le diocèse, la mairie du 5e et la mairie centrale, pour tenter de définir un projet cohérent avant les Municipales de 2020. Irénée deviendra-t-il enfin prophète en son pays ? Alea jacta est…

(1) L’accès au calvaire est réglementé. On peut le visiter chaque samedi après-midi ou sur rendez-vous. Tél. 04.78.36.61.10 ou 04.78.36.12.59.

2150 visiteurs

Ce site mondialement connu et ignoré des Lyonnais, a été visité l’an dernier par 2150 personnes. Une fréquentation en hausse constante. « Des pèlerins d’Europe de l’Est venant voir le Saint-Suaire à Turin ont prolongé jusqu’à Lyon pour la crypte de Saint-Irénée, témoigne François Lagnau, de l’association culturelle des sanctuaires de Saint-Irénée/Saint-Just. Nous sommes la colline oubliée, alors qu’à l’origine, la “montagne sainte” était ici ! » A l’inverse, 2 millions de touristes ou pèlerins se pressent chaque année à Fourvière.

Nicolas Ballet

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?