Parents et enfants La Ville de Lyon veut louer ses berceaux

La ville de Lyon compte 1 945 places de crèche en gestion municipale.  Photo d’illustration Yves SALVAT
La ville de Lyon compte 1 945 places de crèche en gestion municipale. Photo d’illustration Yves SALVAT

Valoriser l’offre d’accueil et assurer des recettes complémentaires pour soutenir le développement d’autres places. Ce sont deux arguments donnés par la Ville pour justifier la location de places de crèches municipales (190 au maximum) à des entreprises de crèches privées telles que les Petits chaperons rouges, Babilou, etc.

Ces opérateurs pourraient ainsi proposer des places, à des parents lyonnais, en dehors de leurs propres locaux. En contrepartie, ils verseraient 9 000 € par an et par berceau à la collectivité. Retirée en dernière minute de l’ordre du jour des conseils d’arrondissement, qui se sont tenus cette semaine, une délibération sera soumise au vote du prochain conseil municipal, le 6 juin. Le groupe UDI s’insurge et appelle la Ville de Lyon à « renoncer à ce système de crèches à deux vitesses ».

L’offre actuelle répond-elle à la demande ? 

Pas encore, même si plus de 1 300 places ont été créées depuis 2001.

Lyon compte environ 18 900 enfants de moins de 3 ans et 4 838 places, dont 1 945 en gestion municipale et 2 893 en associative. Avec 26 places pour 100 enfants, c’est moins que la moyenne nationale en milieu urbain (35 pour 100 enfants).

Toutefois, si on ajoute les places en structures privées, on parvient à 6 109 places et un ratio un peu plus satisfaisant. Aujourd’hui, un peu plus du tiers des demandes des familles sont satisfaites selon le service éducation de la Ville.

Qui en bénéficie ?

Actuellement, les parents en difficulté et isolés ont davantage de chances de trouver une place en crèche municipale et associative, assure-t-on à la Ville. Dans ces structures, l’admission – pour 20 heures et plus par semaine – prend en compte les revenus et la situation familiale. Dans les crèches privées, c’est au bon vouloir des opérateurs.

Par ailleurs, les tarifs pour les familles sont encadrés dans certaines structures privées, libres dans d’autres (les microcrèches).

Moins de places pour les Lyonnais ?

C’est ce que dénonce le groupe UDI et apparentés : « Cela signifie 46 places, à terme 190 places, en moins pour les familles ». Au contraire, répond l’adjointe à la Petite enfance, Blandine Reynaud : « On réserve ces places à des salariés lyonnais ». Et de minimiser la portée de la mesure : « Cela reste très marginal. Une vingtaine de places pourrait intéresser les entreprises cette année ». Toutefois, le projet de délibération mise sur 70 places en 2019 en acceptant un maximum de 190 places. L’adjointe insiste aussi sur le terme « d’expérimentation » qui sera « évaluée au bout d’un an ». La convention, annexée au projet de délibération, prévoit une durée de quatre ans. Le texte évoque un « partenariat bénéfique » et une synergie entre « les acteurs publics et économiques locaux ».

Moins de chances pour les pauvres ?

Mobiliser les places municipales, les plus accessibles aux familles en difficulté, au profit de la clientèle des opérateurs privés ? L’UDI dénonce une rupture d’égalité : « Les salariés des entreprises bénéficiaires accéderont à ces places sur la base d’une grille de critères d’attribution différente ». « Les critères d’attribution se rapprochent des nôtres », affirme l’adjointe. Il y a pour autant, chez les opérateurs, une réelle liberté pour choisir les bénéficiaires. La convention le précise : « La ville de Lyon n’intervient pas dans la sélection des familles ».

Est-ce une bonne affaire ? 

Pas sûr. La Ville argue de recettes supplémentaires (56 250 € en 2016 et jusqu’à 630 000 € en 2019) rapportées par la location de berceaux à 9 000 € l’année. « Ces recettes serviront à ouvrir des places », précise Blandine Reynaud.

En fait, il s’agit de dépenses en moins. Les 9 000 € représentent, selon la municipalité, le coût de fonctionnement restant à charge pour la collectivité. À noter que, dans l’autre sens, les crèches privées facturent le berceau à au moins 10 000 € aux collectivités. L’UDI estime qu’il s’agit d’une location à perte « au détriment des contribuables qui ont financé la construction et qui en paient le fonctionnement ».

Par ailleurs, si les crèches privées font réaliser localement et à court terme des économies, elles coûtent plus cher à la collectivité en raison des subventions et des crédits d’impôts qui leur sont liés. 

Muriel Florin

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