Vos sorties Théâtre : Thomas Jolly, accro à Shakespeare

Thomas Jolly, un des metteurs en scène les plus inventifs de la jeune génération.  Photo Thomas BREGARDIS
Thomas Jolly, un des metteurs en scène les plus inventifs de la jeune génération. Photo Thomas BREGARDIS

Il fallait un jeune homme pour rendre Shakespeare aussi palpitant que Game of Thrones : Thomas Jolly est aux manettes de Richard III , à voir cette semaine au théâtre des Célestins.

Lorsque le rideau tombe en juillet 2014 sur Henry VI , le public trépigne et réclame la suite, comme dans une série télévisée. Près de deux ans plus tard, voici donc Richard III , « l’épilogue crépusculaire » de la saga, dont la tournée fera étape au théâtre des Célestins à partir de ce mardi soir et jusqu’à la fin de la semaine.

En quelques années, Thomas Jolly s’est imposé comme un des metteurs en scène les plus inventifs de la jeune génération, artisan d’un théâtre de troupe, populaire et enthousiaste. Et tout cela de la manière la plus “traditionnelle” qui soit : « Un théâtre avec des chaises pour faire les chevaux, et où on se bat avec des rubans ! », sourit-il. Ce théâtre généreux est toujours à l’œuvre dans Richard III, mais « le côté solaire, le sourire qui traversait Henry VI a cédé la place au chaos », dit-il. Des lumières-robots menaçantes tournent autour des comédiens et tracent des faisceaux laser comme dans Star Wars : « C’est la gorge de la mort ». Pour jouer le sulfureux Richard, Thomas Jolly devra être un brin schizophrène : lui-même est un jeune homme mince et agile, c’est aussi un passionné qui sait déplacer les montagnes : il a fallu une sacrée détermination pour faire financer par une douzaine de théâtres publics, un projet insensé en 18 heures, en période de disette budgétaire. « Ma croyance dans le théâtre me donne des ailes, dit-il. Je crois que le théâtre est nécessaire, utile, urgent dans les temps que nous traversons ». Rien ne le prédestine à jouer Shakespeare comme il respire : un papa imprimeur, une maman infirmière, une enfance en Normandie. Il débute les cours de théâtre en 5e et n’en sort plus, du lycée à la fac et à l’école du Théâtre national de Bretagne. A la sortie, en 2006, il fonde sa compagnie La Piccola familia, dont l’effectif est passé de 6 à 60 aujourd’hui.

L’épopée de Thomas Jolly

Il s’émerveille de « voir que dans cette période de vitesse, de précipitation, non seulement le public a traversé 18 heures de théâtre, mais il en veut encore ! » Autour de Henry VI, s’est créée une petite communauté, qui correspond avec les comptes Twitter des personnages de la pièce. Comme dans les séries, Thomas Jolly envisage de faire précéder Richard III d’un petit résumé des épisodes précédents, une sorte de « réminiscence ». « On ne comprend pas forcément, si on tombe comme ça dans Richard III, que cela fait cinquante ans que deux familles se battent et que c’est terminé », explique-t-il. C’est dans Henry VI que Richard le disgracieux choisit son destin avec cette phrase terrible : « Puisque les cieux ont ainsi façonné mon corps, que l’enfer fasse mon âme difforme pour y répondre ». Thomas Jolly n’a pas voulu d’un one man show à la manière du formidable Richard III campé par Lars Eidinger dans la mise en scène spectaculaire de Thomas Ostermeier, en juillet de l’année dernière, dans la cour d’honneur du Palais des Papes d’Avignon.

Et après Shakespeare ? Thomas Jolly projette une trilogie autour de Thyeste de Sénèque, « une autre épopée », dit-il avec gourmandise.

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