Parents et enfants Les anecdotes de la sage-femme aux 10 000 bébés

Sylvie Coché, sage-femme née à Beaune, exerce depuis plusieurs années dans la région lyonnaise.  Photo Olivier GUERRIN
Sylvie Coché, sage-femme née à Beaune, exerce depuis plusieurs années dans la région lyonnaise. Photo Olivier GUERRIN

Sylvie Coché, sage-femme née à Beaune, a commencé sa carrière à Saint-Rémy dans les années 1980 et exerce aujourd'hui dans la région lyonnaise. Dans un livre publié récemment, elle dévoile 30 ans d’anecdotes.

« Aucune naissance ne se ressemble », assure Sylvie Coché. Et la sage-femme sait de quoi elle parle. En 30 ans de carrière, cette native de Beaune estime avoir accueilli sur terre « entre 8 000 et 10 000 » bébés. « Chaque personne est différente et les accouchements ne se passent jamais exactement comme on l’avait prévu », souligne celle qui exerce aujourd’hui près de Lyon. Au cours de sa carrière, Sylvie Coché a donc vécu des milliers d’histoires : des anecdotes drôles, touchantes mais aussi des drames. Ces histoires sont la matière première du livre Poussez Madame ! qui a déjà conquis plus de 20 000 lecteurs. Nombre des anecdotes ont d’ailleurs été vécues en Saône-et-Loire. De 1984 à 1990, Sylvie Coché a travaillé à la clinique des Bleuets à Saint-Rémy à côté de Chalon-sur-Saône : « Ce sont mes premières années de carrière. On retient plus facilement ses premières fois ».

Quelle sera la couleur du bébé ?

Dans Poussez Madame ! , la sage-femme évoque, par exemple, cette dame paniquée au moment de l’accouchement. Son amant est noir, pas son mari. De quelle couleur sera le bébé ? A une autre page, il faut expliquer à une patiente étrangère, Madame Ankul, que prénommer son fils Kim n’est sans doute pas une très bonne idée. Il y a aussi, les scènes de ménage sous péridurale, les bébés « boulets de canon » trop pressés ou cette patiente qui tente de soigner ses mycoses avec du yaourt nature dans le vagin… Forcément on croise aussi des papas qui tournent de l’œil. Des pères que Sylvie Coché a d’ailleurs vu peu à peu débarquer dans le décor. « Au départ, je les voyais peu, voire pas du tout. Quand j’ai commencé, il n’y avait pas de péridurale. Les femmes ne voulaient pas forcément que leur mari soit là. Sinon, ils s’en prenaient plein la tête. Ils se faisaient parfois même griffer ou mordre… » La sage-femme déplore aujourd’hui une certaine forme de « pression sociale » qui voudrait qu’un père assiste forcément à l’accouchement : « Pourtant, ne pas être dans la salle ne fait pas d’eux des mauvais papas. »

Des parents angoissés

Globalement, Sylvie Coché constate que les parents d’aujourd’hui sont bien moins sereins que ceux rencontrés au début de sa carrière : « On note une certaine exigence liée au mythe de l’enfant parfait. Les jeunes parents veulent maintenant que tout soit prévu, organisé, planifié. Il faudrait presque qu’ils aient la photo du bébé avant même qu’il naisse. Ils ont accès à beaucoup d’infos sur internet, mais ils ne savent pas trop interpréter, ça leur met plus l’angoisse qu’autre chose. »

Là encore, les jeunes papas s’illustrent : « Ce sont souvent eux qui nous appellent dès qu’ils entendent un bip ou qu’un voyant s’allume. »

Des larmes

Mais après 30 décennies de premiers cris, la professionnelle parvient-elle toujours à être fascinée par le miracle de la vie ? « Évidemment, je ne suis pas émerveillée à chaque naissance, mais quand j’ai des parents qui pleurent de joie, je ne peux pas m’empêcher de pleurer avec eux. Le bonheur c’est contagieux. La tristesse aussi quand on vit des drames. Et quand je vois un bébé dans un berceau alors qu’il était encore dans le ventre de sa mère il y a une heure, je me dis souvent ‘‘waouh c’est quand même extraordinaire cette affaire’’». Sylvie Coché n’oubliera d’ailleurs jamais le prénom du premier bébé qu’elle a aidé à naître. C’était à Besançon alors qu’elle apprenait son métier. Il s’appelait Grégoire. Il a aujourd’hui largement l’âge d’être père. L’auteure à près de 10 000 bébés n’est, elle, maman que d’un fils unique. Et elle a vécu son propre accouchement presque comme n’importe quelle femme : « Bien sûr j’avais bien moins peur, mais je n’ai pas regardé les appareils, j’étais mère d’abord. » Et cette fois-là, elle n’a pas été obligée de répéter « Poussez Madame ! »

Livre Poussez Madame ! par Sylvie Roche aux Éditions de l’Opportun. 9,90 euros.

Benoit Montaggioni

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?