Ils font la ville Cité Perrache : trois générations de Marin ont travaillé sur le projet

Pierre Marin devant les HBM (habitations à bon marché) de son grand-père. Les immeubles sont conçus avec des fenêtres en triptyque sur la partie arrondie. Trois fenêtres pour une seule pièce, les thèses hygiénistes de l’époque recommandaient toujours plus de lumière.  Photo Philippe JUSTE
Pierre Marin devant les HBM (habitations à bon marché) de son grand-père. Les immeubles sont conçus avec des fenêtres en triptyque sur la partie arrondie. Trois fenêtres pour une seule pièce, les thèses hygiénistes de l’époque recommandaient toujours plus de lumière. Photo Philippe JUSTE

Tous architectes, les Marin ont œuvré à la cité ouvrière de Perrache. Jean a dessiné le projet en 1930, Michel a remis en état les 276 logements, et Pierre restructure cet ensemble, que gère Grand Lyon Habitat.

Chez les Marin, on est architecte depuis 1864. Denis, le constructeur, a ouvert la voie. Jean, le grand-père, né en 1889, a conçu la cité ouvrière de Perrache en 1932, Michel, le père, l’a remise en état dans les années 80. Pierre, qui a ouvert avec son frère Jean-François un cabinet d’architecte a dirigé en 1982, une réhabilitation à la carte. C’est dire s’il en connaît tous les recoins… Jusqu’au plus petit trou de souris.

Alors, quand une consultation est lancée par Grand Lyon Habitat pour restructurer cet ensemble de 276 logements, Pierre Marin a eu, sans doute, bien du mal à résister. Sans surprise, il s’est porté candidat. Et c’est le projet présenté par son atelier qui a été retenu. « Le nom a autant compté que le travail », assure-t-il. Car, si le projet est pour tout dire passionnant, il n’en reste pas moins très prenant. Dans leur cabinet croix-roussien, les frères Marin, qui se sont spécialisés dans la réhabilitation, ont fourni un travail de titan : trois ans de réflexion et plus de 2 000 heures d’études. Presque de la dentelle…

Jean Marin dessine tout au crayon. C’était un artiste

Les archives de son grand-père ont été ressorties des placards familiaux. Les plans sont d’origine. Ils ont été méticuleusement dessinés à la main. Au crayon noir et au tire-ligne sur papier-calque. « Dans ces années-là, raconte Pierre Marin, l’architecte est à la fois créateur, dessinateur et descripteur. Il esquisse tout à la main. Le détail des façades, les sculptures, tout est hypersoigné. Les entreprises travaillent et construisent à partir de ces croquis, il ne faut pas se tromper. C’était un artiste, qui, à l’image de ses confrères, prenait davantage le temps de vivre. Il avait son permis, mais ne conduisait pas, il préférait faire ses chantiers à pied… »

Ce travail de patience a conduit Jean Marin, « qui est un peu le disciple de Tony Garnier », à concevoir un projet « très avant-gardiste », avec des fenêtres en triptyque pour mieux laisser passer la lumière, l’arrivée des toilettes dans le logement, la cour centrale entre les immeubles, le tout réalisé en béton de mâchefer. « Je revois mon grand-père nous expliquant combien le béton était compliqué. Le ferraillage, c’est difficile à mettre en œuvre, disait-il… Il était fier de ses immeubles. Mon père était tout aussi attaché à ces constructions ». Ces souvenirs-là restent en mémoire.

Aujourd’hui, c’est à son tour d’y porter toute son attention. Avec un brin d’émotion sûrement et une difficulté en prime : conserver ce précieux patrimoine tout en l’adaptant aux besoins de ce siècle…

Aline Duret

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?