Start-up Ils ont créé Tshoko, le jukebox connecté et participatif

Au comptoir du bar, le client peut choisir une musique en attendant qu'on lui serve sa boisson. / Photo Marion Saive
Au comptoir du bar, le client peut choisir une musique en attendant qu'on lui serve sa boisson. / Photo Marion Saive

Les trois amis ingénieurs Hugo, Raphaël et Maxime ont quitté leurs CDI pour créer Tshoko, une box musicale destinée aux gérants d'établissements, avec option jukebox pour fédérer la clientèle en chansons.

Au bar LiveStation DIY de la Guillotière (Lyon 7) lundi soir, l’ambiance est à la fête. « Lasciatemiiiii cantareeeeeee » chante en chœur un groupe, au fond de la salle. Attablés un peu plus loin, nez rivés sur un smartphone, une bande de copains choisissent le prochain son qui sera diffusé dans la salle. Ce sera du Shakira. Puis viendra un morceau électro de Fritz Kalkbrenner, proposé par la table d’à-côté.

Tous les lundis soir, le staff du bar laisse les clients choisir la musique diffusée dans l’établissement. Ici, pas d’appareil vintage à l’américaine pour sélectionner les tubes : tout se fait via la plateforme en ligne Tshoko, du nom de la start-up lyonnaise à l’origine de ce « jukebox connecté et collaboratif ».

La playlist est projetée sur le mur du bar

Depuis son smartphone ou la tablette numérique posée sur le zinc du bar, le client propose un son en attendant qu’on lui serve sa boisson. Sur le site Internet de Tshoko, relié au bistrot, le client rentre le nom d’une musique dans la barre de recherche (les contenus musicaux sont issus de Youtube, Deezer ou Spotify). Celle-ci vient s’ajouter à la playlist du bar, diffusée en direct sur le mur de la salle. Chacun suit l’évolution de la liste de lecture, propose des morceaux à écouter. Après une énième chanson italienne, William Sheller résonne. « J’savais même plus que ça existait, ça », plaisante une jeune femme, chope de bière à la main.

La box
La box

« En soirée, c’était toujours l’enfer pour gérer la musique à plusieurs » 

Derrière ce concept de jukebox participatif, Hugo Frering, Maxime Meregnani et Raphaël Jarsaillon, trois potes sortis d’écoles d’ingé. Deux Lyonnais et un Vosgien de 27 ans, qui ont quitté leurs CDI en BTP et ingénierie informatique pour se lancer dans la création d’entreprise, fin 2015.
« En soirée, c’était toujours l’enfer pour gérer la musique à plusieurs. On branchait son téléphone à un ampli, on le débranchait pour laisser son pote passer ses morceaux, puis on le rebranchait… On passait d'une plateforme musicale à une autre… A chaque fois, ça créait un gros blanc, ça plombait l’ambiance », raconte Maxime, directeur marketing et co-fondateur de Tshoko.
Même scénario dans les bars. Les trois garçons se rendent compte que le personnel des établissements est souvent dépassé par le service en salle et n’arrive pas à gérer la partie "musique". « Établir une playlist ne fait pas forcément partie de leur cœur de métier. Ils peuvent parfois passer des sons qui ne correspondent pas à l’ambiance du lieu, et perdre ainsi de la clientèle. »

Aucun "blanc" musical possible

Alors, le trio a eu l’idée de créer un outil professionnel pour les gérants d’établissements : une box à brancher sur les enceintes, reliée à un logiciel sans fil de programmation musicale. A distance et depuis un planning hebdomadaire en ligne, le gérant du bar prévoit de diffuser telle playlist, tel jour et à telle heure. « Chaque semaine, on renouvelle nos playlists, élaborées selon trois types d’intensité : calme, happy hour et soirée », explique Maxime. Quand le gérant souhaite laisser la main à ses clients, et leur permettre de jouer les DJ le temps d’une soirée, il lui suffit d’activer le mode « jukebox ».

Aucun « blanc » musical possible. Si la clientèle n’est pas joueuse et ne propose aucun morceau à diffuser, la playlist de l’établissement prend le relais. Autre sécurité : le patron du pub dispose de sa propre interface et peut garder un œil sur les pistes audio pré-choisies par les clients. S’il juge certaines musiques inappropriées, il peut les retirer de la liste de lecture, voire les blacklister. « On a imaginé cette parade pour contrer les plaisantins qui s’amuseraient à passer du Patrick Sébastien à tout-va », plaisante Maxime.

De gauche à droite : Maxime Meregnani (directeur marketing), Hugo Frering (président) et Raphaël Jersaillon (directeur technique). / Photo DR
De gauche à droite : Maxime Meregnani (directeur marketing), Hugo Frering (président) et Raphaël Jersaillon (directeur technique). / Photo DR

Une dizaine de clients leur ont dit "oui"

Encore en poste quand ils ont créé leur start-up, les compères ont participé au programme « boost » à l’incubateur de l’EM Lyon : une formation d’une semaine par mois pendant trois mois, qu’ils ont suivie sur leurs congés payés, l’été dernier. Leur "non-départ en vacances" a payé. Les start-uppeurs ont remporté la bourse Lyon French Tech, soit une aide de 20 000 euros financée par la BPI, qui leur a permis, en grande partie, de développer le design de leur plateforme numérique.
Comme une confirmation de leurs avancées, ils ont appris il y a quelques semaines, qu’ils faisaient partie des 30 lauréats 2017 du Réseau Entreprendre Rhône : au cours des deux prochaines années, ils seront accompagnés par un chef d’entreprise adhérent au réseau, et financés, sous forme d’un prêt d’honneur.

Début février, ils sont entrés en phase de commercialisation, « la plus excitante » selon les garçons. Pour l'instant, le trio a démarché une dizaine de clients. Bars, bowlings, espaces de co-working, salles de sport, salons de coiffure... et la station de ski de Serre-Chevalier, dans les Alpes du Sud.
D’ici quelques semaines, ils espèrent compter dix partenaires supplémentaires. Parmi eux, sûrement des sociétés d’événementiel. « On s’est rendu compte qu’elles étaient très demandeuses : elles cherchent des moyens pour fédérer leur clientèle, que les gens ne soient plus que spectateurs, mais qu’ils deviennent acteurs de l’événement. Et cela passe par le choix de la musique », explique Maxime.

« Oh punaise, c’est qui le boulet qui a mis ça ? »

Dans le bar de la Guillotière, après de nombreux sons électro, la mine des serveurs se décompose. « Oh punaise, c’est qui le boulet qui a mis ça ? », se lamente un barbu-percé, derrière le comptoir : un chant celtique vient de faire son apparition sur la playlist. A la table de quatre, ça pouffe de rire. Les coupables sont vite identifiés.

Une box pour trois volets et trois abonnements

La box coûte 100 euros. A cela, s’ajoute le prix de l’abonnement, qui diffère selon les services choisis

-          Pour la gestion musicale (programmation hebdomadaire et playlists) : 35 euros par mois.

-          Pour l’animation jukebox (donner la main aux clients sur la playlist musicale) : 50 euros par mois.

-          Pour la data/commercialisation (récolte des données de la clientèle : âge, provenance, récurrence de la fréquentation de l’établissement… Pour ensuite communiquer avec elle par e-mails ou via les réseaux sociaux) : 70 euros par mois.

Marion Saive (marion.saive@leprogres.fr)

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