solidarité
30/11/2010 04:00
macadam bat le pavé
zoom
Gabriel Gaudillat est le président de l'association «Les artisans du Macadam», basée à Rillieux-la-Pape, et ancien colporteur du mensuel. Le numéro de décembre est en vente à partir d'aujourd'hui. © Sandrine Mangenot et DR
A la fin de chaque mois, Macadam Journal sort tout frais tout beau des presses de l'imprimerie Chirat à Saint-Just-La-Pendue dans la Loire. Des pages société, des reportages, une grande interview qui fait généralement la une du journal : Macadam est un mensuel d'une grosse vingtaine de pages en couleurs vendu à Lyon, Paris, Lille et dans seize autres villes françaises. Mais ce n'est pas une publication comme les autres puisqu'elle appartient à une association et qu'elle est vendue 2 euros dans la rue par des colporteurs à la situation très précaire. Ils gardent au moins la moitié du prix de vente de Macadam pour eux : « Les vendeurs achètent le journal 80 centimes à l'association et ensuite, ils le vendent où ils veulent. Le fait qu'ils soient obligés de l'acheter leur permet d'apprendre à gérer une somme, même petite » détaille Gabriel Gaudillat, président de l'association « Les artisans du Macadam », basée dans son appartement à Rillieux-la-Pape, et lui-même ancien colporteur. « J'ai connu les centres d'hébergements, j'ai dormi à la rue... J'ai eu une dizaine d'années de galère et ça m'a beaucoup aidé de vendre Macadam à cette époque-là, au milieu des années 90 » se rappelle Gabriel. Car le journal est né en 1993 sous forme d'une SARL pour mourir treize ans plus tard, en 2006. Gabriel Gaudillat, qui était devenu responsable du dépôt de journaux à Lyon, a réussi « à bricoler quelque chose » avec le journaliste François Fillon, aujourd'hui directeur de la publication. Ils montent une association, relancent le journal et réactivent leurs anciens réseaux de colporteurs d'abord à Lyon, puis dans d'autres villes. Aujourd'hui, Macadam tire de 7 à 8000 exemplaires par mois. A Lyon, il est vendu par treize personnes : « Nous avons négocié avec l'inspection du travail pour obtenir un statut à nos colporteurs. Ils sont VDI (vendeur à domicile indépendant) » détaille Gabriel. Il se souvient du temps où, lui aussi, était colporteur : les réflexions quotidiennes du type 'T'es toujours là ?' ou 'Va travailler !' de la part de passants auraient pu, plus d'une fois, le décourager. « Les gens semblent avoir oublié le vouvoiement...» sourit Gabriel, pensif. « Ils ne réfléchissent pas avant de faire ces remarques. Pour eux, on est des parasites. Moi, c'est pour les personnes qui me souriaient, me serraient la main, m'offraient un café que j'ai voulu m'en sortir. Grâce à tous ces petits gestes » poursuit-il. Dans quelques mois, Gabriel Gaudillat sera à la retraite. Il espère trouver, d'ici là, un local d'environ 20 m2 pour entreposer les Macadam grâce à un « petit geste » d'un éventuel donateur...
Sandrine Mangenot