Éducation L’instruction libre, le choix de cette Lyonnaise qui a déscolarisé ses enfants

Ève Herrmann, 43 ans, est l’auteur de "Grandir librement" – ici chez elle avec ses filles Liv (10 ans) et Emy (8 ans). Elle pratique l’instruction en famille depuis quatre ans. / Photo Élise COLIN
Ève Herrmann, 43 ans, est l’auteur de "Grandir librement" – ici chez elle avec ses filles Liv (10 ans) et Emy (8 ans). Elle pratique l’instruction en famille depuis quatre ans. / Photo Élise COLIN

À l’heure où l’orientation et les choix éducatifs sont au cœur de l’actualité, rencontre avec Ève Herrmann, Lyonnaise qui a décidé de déscolariser ses filles. Elle est l’auteur du livre "Grandir librement".

Vous préférez parler d’instruction libre plutôt que d’“instruction en famille” dans votre livre. Pourquoi ?

« C’est le terme “en famille” qui me gêne. Nous ne sommes pas cloisonnés chez nous. Il n’y a pas que la famille qui va apporter des choses aux enfants, mais nous allons chercher des contacts un peu partout en dehors. »

Quand avez-vous choisi de quitter le système scolaire ?

« Quand mes filles avaient 7 et 5 ans. Elles allaient toutes les deux à l’école privée du quartier. Je travaillais à la maison comme auteur. J’ai vraiment subi le rythme de l’école […]. J’avais l’impression que ma vie était morcelée et dictée par les horaires de l’école. On s’est dit – avec mon mari, lui aussi indépendant – stop ! Pourquoi on impose à nos filles ce qu’on ne veut pas pour nous ? »

Quelles sont les démarches ?

« Il faut faire une déclaration à l’inspection académique et une autre en mairie. Puis il y a deux types d’inspection : un contrôle social, pour vérifier que les enfants sont bien traités et une inspection académique qui porte notamment sur le niveau des enfants. C’est assez intrusif, on rend des comptes et on n’a pas le droit à l’échec, alors que dans l’Éducation nationale – par exemple avec le redoublement – les enfants ont le droit à l’échec. »

Quels sont les préjugés sur l’instruction en famille ?

« Nous n’en avons pas rencontré tant que ça, étonnamment. Les gens ont plutôt bien reçu l’idée dans notre entourage. Et ils voient que nous avons des enfants ouvertes et curieuses. Mais je sais qu’il en existe. »

Lesquelles ?

« Il y a la question de la religion. Je ne connais personne dans ce cas, mais il semble que cela soit une porte d’entrée pour l’école à la maison, une façon de mettre les enfants en dehors de la société. Mais chez nous c’est tout l’inverse qui se produit. »

Comment ne pas s’isoler ?

« À Lyon nous avons la chance d’avoir un gros réseau, qui s’agrandit chaque année avec un forum de mise en relation sur lequel on peut s’inscrire et proposer des activités par exemple pour une sortie au musée. Il y a une grosse quantité d’activités. On ne se sent pas du tout seuls, bien au contraire. »

Mutualisez-vous certains enseignements entre parents ?

« Non, car nous n’avons pas le droit. Nous n’avons pas l’autorisation de laisser nos enfants à quelqu’un d’autre pour un enseignement, je suppose que cela s’apparenterait à une création d’école. »

Comment voyez-vous les prochaines années ?

« Nous demandons régulièrement aux filles si elles ont envie d’aller à l’école, pour l’instant elles ne le souhaitent pas. Nous continuerons tant que nous en aurons envie. Le bac, le brevet des collèges peuvent se passer en candidat libre. »

N’avez-vous pas vous- même des limites au niveau de vos connaissances ?

« Je ne vois pas les choses comme ça. Ce que nous recherchons, c’est l’autonomie dans le travail. L’idée c’est qu’elles soient capables de se débrouiller seules pour apprendre. Quand je n’ai pas la réponse à une question, nous cherchons ensemble. Avec Internet c’est beaucoup plus facile. Il y a des vidéos, des ressources sur tous les sujets. »

 

> "Grandir librement", un livre d'Eve Herrmann, aux éditions Solar, 304 pages, 18,90 €

Propos recueillis par Élise Colin

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