Délinquance Lyon et Vénissieux décrochent la police de sécurité du quotidien

Ce jeudi, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a lancé le dispositif de police de sécurité du quotidien à l’École militaire de Paris. Avec l’arrivée de ses brigades spécialisées, l’ancien maire de Lyon promet « une plus grande présence sur le terrain ».  Photo Aurélien Morissard IP3 PRESS/MAXPPP
Ce jeudi, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a lancé le dispositif de police de sécurité du quotidien à l’École militaire de Paris. Avec l’arrivée de ses brigades spécialisées, l’ancien maire de Lyon promet « une plus grande présence sur le terrain ». Photo Aurélien Morissard IP3 PRESS/MAXPPP

Les Minguettes, à Vénissieux, et le 8e arrondissement de Lyon  ont été retenus pour mettre en place le nouveau dispositif de « reconquête républicaine ».

Beaucoup de villes étaient candidates dans le Rhône. Il n’y aura finalement que deux élues pour faire partie des zones tests de la police de sécurité au quotidien. Dans ces quartiers de « reconquête républicaine », le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb veut insuffler « un nouvel état d’esprit pour l’ensemble des forces ». Il promet « la fin de la politique du chiffre » et promet « une plus grande présence sur le terrain ». Davantage de moyens aussi, avec 15 à 25 policiers supplémentaires sur les quartiers concernés.

Lutter contre les petits délits du quotidien

Le 8e  arrondissement de Lyon, et plus particulièrement le quartier Mermoz, sera le premier à débuter le test en septembre 2018. Cette zone est marquée par une augmentation de 37 % des atteintes à l’automobile, et un sentiment d’insécurité nourri par les rodéos, troubles du voisinage et autres trafics de stupéfiants. C’est dans cette optique qu’une brigade spécialisée de terrain sera créée. L’objectif sera d’accélérer le traitement judiciaire des petits délits qui empoisonnent le quotidien. La lutte contre les trafics de stupéfiants sera pilotée par le directeur de la police judiciaire.

L’économie souterraine sera aussi un enjeu prioritaire dans le second quartier retenu : les Minguettes, à Vénissieux, où le test débutera en janvier 2019. Dans ce quartier, les trafics de stupéfiants ont bondi de 43 %. Les procédures dans lesquelles apparaissent des armes sont en hausse de 29 %. Pour inverser la tendance, la police veut accroître la présence sur le terrain de ses unités, autrement dit la brigade spécialisée de terrain et le groupe de sécurité de proximité. Un renfort d’enquêteurs est également promis afin d’améliorer les capacités d’investigation.

Des groupes de contact en zone gendarmerie

Du côté de la gendarmerie, la police de sécurité du quotidien se déclinera différemment. Déjà testées depuis 2017 dans 24 départements, les brigades territoriales de contact, plus adaptées aux zones très rurales, ne verront pas le jour dans le Rhône. En revanche, des groupes de contact seront mis en œuvre dans le même esprit, dès cette année, dans plusieurs communes de tout le département. L’objectif sera de retisser le lien avec la population et renforcer la visibilité de l’uniforme.

Les policiers attendent un choc de simplification

Durant le dernier trimestre de l’année 2017, préfets, patrons de police et de gendarmerie avaient lancé une concertation interne.

Deux résultats du questionnaire envoyé aux policiers et gendarmes (70 000 ont répondu niveau national) sont sans appel : 73 % jugent que les missions administratives les éloignent du terrain. Qu’il s’agisse de petites infractions ou au contraire d’investigations lourdes, les fonctionnaires et gendarmes de terrain sont presque unanimes pour déplorer le temps perdu dans les contraintes administratives et procédurales.

Trop de gestion administrative pour peu de terrain

« Deux tiers du temps est passé sur la gestion administrative et seulement un tiers en temps d’enquête. Il faut inverser ces chiffres. La simplification de la procédure pénale sera l’une des clés de la réussite de la police de sécurité du quotidien », selon l’Unsa Police qui a déposé de nombreuses propositions. Le projet de loi préparé par les ministères de l’Intérieur et de la Justice doit être présenté au printemps. Une autre solution pourrait venir du développement des démarches en ligne. Le système Néo, comme nouvel équipement opérationnel, est en place dans le Rhône. Décliné sur des tablettes ou sur des smartphones, il permet d’effectuer et de simplifier de nombreuses tâches sur le terrain, qui nécessitaient auparavant un retour au bureau.

Des tâches indues qui mobilisent du temps et des agents

L’autre chiffre accablant concerne les tâches indues : 74 % des sondés estiment qu’elles empiètent sur leurs missions essentielles. Des exemples ? Les gardes statiques de la plupart des préfectures, la gestion des procurations et surtout les extractions judiciaires : récemment, un détenu sous haute surveillance de Corbas a ainsi été emmené à 300 kilomètres de Lyon pour rencontrer un juge à la suite d’une demande de mise en liberté. Sur place, l’entretien a duré moins de cinq minutes. Mais le dispositif a mobilisé presque une dizaine d’hommes et trois véhicules.

« Le ministère n’a plus le droit à l’erreur »

Photo X.B.
Photo X.B.

Alain Chizat, secrétaire régional adjoint Unsa Police

La politique de sécurité au quotidien va-t-elle dans le bon sens ?

« Elle aura des effets positifs si elle ne s’inscrit plus dans la politique du chiffre. Cela suppose un changement radical dans la façon de manager. Aujourd’hui, le quantitatif prime sur le qualitatif. Il faut sortir des affaires, mais sans travailler sur le fond. Cela ne sera pas évident, tant ce mode de management est installé dans la hiérarchie. Depuis 1982, il y a eu plusieurs expériences de police de proximité. On a plusieurs fois changé le nom, mais sans vraiment changer les choses. »

Qu’attendent les policiers ?

« De ne plus être infantilisés, de retrouver de la confiance et du sens à leur métier, en particulier sur leur mission initiale qui consiste à protéger la population. Ils veulent avoir plus de travail de terrain et moins de contraintes administratives. La simplification de la procédure pénale, qui fait passer deux tiers du temps sur de l’administratif et un tiers sur le fond d’un dossier, est urgente. Sans parler des tâches indues, comme les gardes ou les escortes de détenus. Le moral des policiers est très bas et le ministère n’a plus le droit à l’erreur. »

Les choix des zones de test sont-ils pertinents ?

« Le choix des quartiers ciblés paraît cohérent, mais la délinquance n’a pas de frontière et il ne faudrait pas que d’autres secteurs soient délaissés. On a besoin d’une police présente partout. »

Propos recueillis par X. B.

Repères

En zone police

Deux zones test :

- Lyon 8e (83 619 habitants).

- Quartier des Minguettes, à Vénissieux (22 300 habitants).

Débuts respectifs de l’expérimentation en septembre 2018 et janvier 2019.

En zone gendarmerie

La liste des communes où seront mobilisés des groupes de contact devrait être dévoilée ce vendredi par le préfet, à l’occasion d’un autre moment attendu : la présentation des chiffres de la délinquance. Jeudi, le maire de Saint-Genis-Laval, Roland Crimier, avait déjà twitté sur sa rencontre avec les gendarmes choisis pour mettre en œuvre le dispositif dans sa commune. Le secteur de Mions et Corbas n’est pas un secret non plus, tout comme l’axe Tassin-Francheville. Des communes devraient être encore concernées dans le Val de Saône, entre Villefranche et Anse. Dans une zone plus rurale, c’est le secteur de Thizy-les-Bourgs qui serait pressenti.

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