Villeurbanne En 2018, la Feyssine deviendra un gisement de biogaz

Thomas Leclere, chef de projet biogaz à la Métropole, Frédéric Peillon, responsable du service Usines à la Métropole, et Sylvain Cottancin, adjoint de site chez Suez, à côté du digesteur d’Aqualyon.  Photo Yannick PONNET
Thomas Leclere, chef de projet biogaz à la Métropole, Frédéric Peillon, responsable du service Usines à la Métropole, et Sylvain Cottancin, adjoint de site chez Suez, à côté du digesteur d’Aqualyon. Photo Yannick PONNET

La Métropole va transformer sa station d’épuration Aqualyon afin de vendre le biogaz produit à partir des boues issues du traitement des eaux usées à GRDF. La production de cette énergie verte correspondra à la consommation de 520 foyers.

« Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. » La fameuse formule, attribuée au chimiste Antoine Lavoisier, pourrait servir de slogan à la station d’épuration de la Feyssine, Aqualyon. Entre le périphérique Laurent-Bonnevay et la piste cyclable de l’Anneau bleu, une quinzaine de salariés de Suez s’y évertuent en effet – pour le compte de la Métropole, propriétaire des lieux – à traiter les eaux usées d’un bassin versant réunissant une dizaine de communes en valorisant au maximum les déchets produits. Conçu dans une démarche de développement durable et inauguré en 2012, l’équipement est à la pointe de la technologie. Tandis que l’eau traitée est rejetée dans le Rhône, les boues issues de sa dépollution ont vocation à devenir des composants d’engrais ou du combustible pour incinérateurs industriels (comme ceux des cimenteries). Mais pas sans avoir rendu un service bien utile auparavant sur le site de la Feyssine : dans un vaste cylindre appelé digesteur, elles nourrissent des bactéries anaérobies, qui consomment les polluants et dégagent du méthane. Nettoyé de ses traces de soufre, ce biogaz est partiellement utilisé pour chauffer le digesteur et une unité de séchage des boues. Déshydratées, celles-ci sont moins volumineuses et moins lourdes. Leur transport est ainsi moins coûteux.

Une opération rentable

Reste qu’une partie du biogaz produit est aujourd’hui perdue. 7 % des 6,2 gigawatt/heure produits chauffent le digesteur, 58 % sèchent les boues, les 35 % restants étant brûlés dans une torchère. La Métropole entend remédier à ce gaspillage. « On a décidé que le biogaz allait être réorienté vers le réseau du gaz de ville », confirme Frédéric Peillon, responsable du service Usines du Grand Lyon. « Cela correspond à la consommation de 520 foyers ou de 28 bus roulant au gaz naturel », précise Thomas Leclere, chef de projet biogaz à la Métropole. Subventionnée par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse à hauteur de 1,33 million d’euros, l’opération représente une dépense de 2,9 millions d’euros pour la collectivité locale. Elle devrait aboutir fin 2018. L’investissement sera ensuite amorti sur 7 ans seulement. Le biogaz sera, en effet, vendu à GRDF sur la base d’un tarif garanti par l’État sur 15 ans. « C’est un projet rentable pour la Métropole. Il contribue à la maîtrise du prix de l’eau », souligne Frédéric Peillon. En vertu du principe légal selon lequel « l’eau paie l’eau », les recettes de la fourniture de gaz seront en effet affectées au traitement et à l’assainissement de l’eau sur l’agglomération.

Note La station d’épuration de Pierre-Bénite ouvrira ses portes pour les Journées du patrimoine, les 16 et17 septembre prochains.

Un projet exemplaire de valorisation

De rares villes françaises ont ouvert la voie à la commercialisation de biogaz produit à partir de boues d’épuration. C’est le cas notamment de Strasbourg, dont l’engagement a permis une modification de la réglementation. Jusqu’en juin 2014 en effet, les textes en vigueur interdisaient cette pratique. Aqualyon était donc contrainte de « torcher » son excédent de production de gaz propre ! La difficulté n’était pas seulement d’ordre juridique. Les équipements que la Métropole et GRDF vont installer dans les prochains mois à la Feyssine serviront à garantir la qualité du biogaz injecté dans le réseau du gaz de ville (1). À sa sortie du digesteur, celui-ci est composé de 34 % de gaz carbonique (CO2), de 65 % de méthane (CH4) et de 1 % de divers produits (azote, oxygène, soufre, etc.). Il doit être épuré, notamment pour que sa combustion ne rejette pas de soufre dans l’atmosphère. Mais ce n’est pas suffisant pour satisfaire GRDF. Le biogaz sera donc filtré pour ne retenir que le méthane et « odorisé » avant de rejoindre chauffe-eau et autres gazinières. GRDF procédera à des mesures en continu et à des examens réguliers en laboratoire afin de vérifier sa qualité. Au vu d’analyses déjà effectuées par la Métropole depuis un an, le biogaz de la Feyssine devrait aisément donner satisfaction au gazier. La collectivité locale pourrait, dans les prochaines années, s’inspirer de son exemple villeurbannais pour mieux valoriser les déchets de certaines de ses 11 autres stations d’épuration.

Note (1) Une canalisation de ce réseau est située à proximité de la station d’épuration.

Yannick Ponnet

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