Récit « Mon fauteuil cassé, c’est la pire chose qui pouvait arriver »

Lucie Carrasco est restée dans cette position pendant de nombreuses heures à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle à Paris. / Photo DR
Lucie Carrasco est restée dans cette position pendant de nombreuses heures à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle à Paris. / Photo DR

Lucie Carrasco, Lyonnaise de 36 ans, est partie en vacances aux États-Unis avec des rêves plein la tête. Mais c’est bien un enfer qu’a vécu cette tétraplégique lors de son retour en France, dans la nuit du 3 août. Entre un fauteuil hors d’usage, une attente interminable, une ambulance pas comme les autres et des douleurs difficiles à supporter, la créatrice de mode a accumulé les galères. Récit d’un voyage qu’elle n’est pas près d’oublier.

Les ennuis avec la compagnie low-cost islandaise Wow Air ont commencé avant même le voyage…

« Normalement, je dois bénéficier de sièges à l’avant, plus larges pour que mon auxiliaire de vie puisse me manipuler plus facilement. C’est un service gratuit dans toutes les compagnies, mais là, ils m’ont fait payer 400 euros. En plus, il a fallu négocier à chaque changement d’avion (escales à Reykjavik, en Islande), car j’étais coincée à l’arrière. La compagnie voulait aussi me faire payer un bagage à main supplémentaire pour mon appareil respiratoire, gros comme un ordinateur, mais j’ai réussi à les en dissuader. »

Les tracas ne faisaient hélas que commencer…

« Pour le retour de Los Angeles, je me suis dit pourvu que ça se passe mieux. J’aurais dû me taire. À l’arrivée, à Roissy-Charles-de-Gaulle, je devais récupérer mon fauteuil à la sortie de l’avion, mais il n’était pas là. On a dû me transporter dans mon “siège-corset” jusqu’aux bagages, mais il n’était toujours pas là. Lorsqu’il est arrivé, après une heure et demie d’attente, j’étais soulagée, j’avais mal de partout. Mais une fois dedans, je m’aperçois qu’il est cassé. Je ne peux plus relever le dossier, pas rouler et donc pas prendre le train pour rentrer à Lyon. C’était la pire chose qui pouvait arriver. En attendant que ça évolue, je suis restée allongée sept heures sur une banquette, entre les toilettes et la poubelle. »

Comment s’est passée la négociation avec la compagnie pour rentrer chez vous ?

« La meilleure solution était de me trouver une ambulance, mais la compagnie a d’abord refusé de payer. Dépitée, j’ai posté des photos sur les réseaux sociaux et un quart d’heure plus tard, Wow Air a accepté de payer et s’est confondue en excuses ! Quand j’ai vu arriver l’ambulance vers 3-4 heures du matin, je me suis dit “Je suis sauvée !”. C’est après que c’est devenu un film ! L’ambulance roulait très vite, ils fumaient alors que j’étais sous assistance respiratoire. Ils ont même passé le péage sans payer, en activant le gyrophare. J’ai eu très peur en plus d’avoir mal. Je me suis dit que jamais je n’allais arriver chez moi. Je me demandais si j’étais dans la réalité. »

« Un fauteuil n’est pas un bagage comme les autres, il y a une vie derrière »

Que réclamez-vous aujourd’hui ?

« Mon fauteuil vaut 25 000 euros. Je ne demande pas des dommages et intérêts, juste le remboursement de la pièce endommagée et de mon voyage. J’ai porté plainte contre la compagnie et suis en relation avec elle. Je suis prête à la retirer si j’y trouve mon compte. Mon but n’est pas de gagner de l’argent, juste de retrouver ma dignité, être droite et assise devant les gens. »

Avec le recul, quel est votre sentiment aujourd’hui ?

« Heureusement que j’ai passé de bonnes vacances ! L’erreur est humaine, le fauteuil aurait pu être cassé par n’importe qui, mais il faut assumer derrière. Aujourd’hui, je ne peux pas être chez moi, j’ai besoin de plus d’assistance et j’ai beaucoup de mal à manger correctement. Il faut que les compagnies comprennent qu’un fauteuil n’est pas un bagage comme les autres. Il y a une vie derrière. »

Cette mésaventure vous incite-t-elle à arrêter de voyager ?

« Jamais de la vie ! Pour moi, vivre et voyager, c’est aussi important ! »

Note Contactée par e-mail, la compagnie islandaise Wow Air ne nous a pas répondu. En revanche, nos confrères du Parisien affirment que la compagnie « regrette que la passagère ait dû passer cette épreuve ». Wow Air souligne avoir « payé 2 000 euros » pour l’ambulance.

Propos recueillis par Hugo Poncet

Qui que quoi ?


Newsletter

Restez informés de l’actualité de Lyonplus.com Inscrivez-vous gratuitement à notre lettre d'information.

Votre opinion ?

Connectez-vous pour commenter

Vous n’avez pas encore de compte ?