Bande-dessinée Jean-Claude Pautot : de l’art de l’évasion à l’évasion dans l’art

Jean-Claude Pautot devant ce qui reste de la prison dont il s’est évadé, qui est devenue un campus universitaire.  Photo Maxime JEGAT
Jean-Claude Pautot devant ce qui reste de la prison dont il s’est évadé, qui est devenue un campus universitaire. Photo Maxime JEGAT
Jean-Claude Paulot, en 1983 devant l’entrée   de la prison.  Photo CASTERMAN/Laurent ASTIER
Jean-Claude Paulot, en 1983 devant l’entrée de la prison. Photo CASTERMAN/Laurent ASTIER
Jean-Claude Pautot devant ce qui reste de la prison dont il s’est évadé, qui est devenue un campus universitaire.  Photo Maxime JEGAT Jean-Claude Paulot, en 1983 devant l’entrée   de la prison.  Photo CASTERMAN/Laurent ASTIER

Ancienne figure du grand banditisme, Jean-Claude Pautot est aujourd’hui artiste repenti après vingt-cinq ans passés en prison. Celui qui était dernièrement invité du festival Quais du Polar en tant qu'auteur du scénario d'une BD revient sur son passé à Lyon et notamment sur son évasion en février 1983…

Vous revenez à Lyon et vous voilà devant l’ancienne prison Saint-Joseph dont vous vous êtes évadé. Qu’est ce que vous ressentez ?

« Tout ça, c’est derrière moi… Même si je suis encore en conditionnelle jusqu’en 2019 ! Je reviens ici avec plaisir. Je ne regrette pas ce que j’ai fait, mais je ne suis plus ce “bandit”. L’art m’a permis de m’en sortir et d’être aujourd’hui de l’autre côté des grilles ». 

Vous le Parisien, comment avez-vous débarqué à Lyon ?

« La première fois que je suis venu, c’était en train, pour un repérage, début juin 1982. Un hold-up se montait boulevard des États-Unis. J’étais là pour finaliser la préparation… »

Le braquage se termine mal : vous êtes attrapé par l’antigang…

« Je ne suis venu que pour réaliser le braquage. J’étais seul pour m’occuper de cette agence du Crédit Agricole. Je m’étais maquillé avec du coton dans le nez et les joues et une fausse moustache pour que l’on ne puisse pas me reconnaître. Tout s’est bien passé et je suis reparti tranquillement en voiture. Sauf que je ne savais pas que l’antigang suivait la voiture et j’ai été piégé. D’habitude, je prépare tout moi-même et je ne laisse rien au hasard. En fait, dès que je suis monté dans la BMW en arrivant à la gare à Lyon, c’était mort. »

Vous vous retrouvez en prison à Lyon. Quels souvenirs avez-vous de ces années lyonnaises ?

« Saint-Joseph était une prison dure, vétuste, mais humaine en fin de compte. Il y avait bien plus d’humanité, par exemple, qu’à Fleury-Mérogis où tout était électronique… »

Revenons sur cette nuit de février 1983 où vous décidez de vous évader…

« Je devais m’évader bien plus tôt ! Tout était préparé, en passant par l’hôpital. Mais il fallait reporter en permanence car ça devait se savoir… J’ai été transféré à La Talaudière à Saint-Etienne où l’on m’a proposé de participer à une évasion là-bas. Finalement, j’ai été à nouveau ramené à Saint-Joseph. »

Pour une évasion à l’ancienne en sciant les barreaux…

« Oui. Nous étions parvenus à être deux dans une cellule et on a commencé à scier les barreaux, le soir, pour passer par la fenêtre. Le troisième qui devait venir avec nous était dans une cellule proche. Alors que nous étions en train de fuir, un de nous est tombé sur un toit juste en dessous. Je suis allé le chercher, car il risquait de se faire repérer et j’ai pu remonter avec lui grâce aux tabourets mis par les autres taulards à travers les grilles des barreaux. Nous sommes ensuite passés grâce à une corde, par-dessus les miradors avant de pouvoir rejoindre la rue. Une évasion très propre, sans violence ».

À l’époque, vous étiez proche du gang des Lyonnais ?

« Pas particulièrement, mais on se connaissait, du placard et de dehors. Mais, lorsque j’étais en activité, ils étaient déjà en reconversion. Par contre, je me souviens de l’arrivée de Klaus Barbie, juste en face de nous à Saint-Paul… Cela a compliqué notre évasion, car il était très surveillé par des rondes toutes les 45 minutes ».

Vous êtes resté à Lyon ensuite ?

« Non, très peu, une semaine tout au plus. Vous savez, la cavale, c’est passer d’appartement en appartement… »

Quelle était votre motivation à l’époque ?

« L’adrénaline que ça procurait. C’était incroyable. La gloire et la fierté d’être un bandit, ce n’a jamais été mon truc. Et puis, il y avait la morale… Je préfère parler de morale que de code d’honneur, le respect de la parole. Des notions qui ont bien changé aujourd’hui… »

Comment êtes-vous sorti de cet engrenage ?

« J’ai été rattrapé, puis remis en prison. En 1992, je venais de perdre des proches et je me suis isolé dans une salle en prison, où il y avait du matériel de peinture. Je n’y connaissais rien, mais, en peignant, j’ai trouvé un moyen d’ouvrir les barreaux différemment. J’ai toujours pensé à m’évader, mais grâce à la peinture, je suis parvenu à retrouver une autre forme de liberté ».

Quel regard portez-vous sur ce passé ?

« Je n’ai aucune animosité… Bien au contraire. Des gens m’ont aidé à m’en sortir, ils ont eu confiance en moi. Je suis heureux de leur démarche, risquée pour certains… Mais ça a payé avec moi. C’est d’ailleurs ce message que j’essaye de faire passer à tous ceux qui viennent me voir. J’ai réussi à changer de vie et il faut que ça serve à quelque chose. Je ne demande rien à personne, mais je suis heureux d’avoir des projets artistiques avec La Crim ou d’autres artistes qui veulent aider les jeunes à changer de vie. Mais, ce qui me rend le plus fier, c’est qu’avant, sur Internet, on me trouvait à “bandit” , maintenant, c’est à “ artiste” ».

Saint-Joseph était une prison dure, vétuste, mais humaine

Jean-Claude Pautot

Face au mur : le polar noir vu de l’intérieur

Face au mur est une fiction. Une fiction directement tirée de la vie de bandit de Jean-Claude Pautot. Une fiction rendue possible par la rencontre avec Laurent Astier, lors d’un atelier en prison. Le talentueux scénariste et dessinateur à qui l’on doit l’excellent Cellule poison, accepte le marché… et se lance dans l’aventure, celle de raconter la vie du braqueur.

Une vie faite de cavales et de cabanes… Un premier tome brillant et passionnant, qui permet de découvrir Jean-Claude Pautot à toutes les époques de sa vie. Une vie qu’il redécouvre aujourd’hui depuis qu’il se consacre à l’art sous toutes ses formes.

Face au mur, Pautot et Astier, 150 pages (Édition Casterman).

Propos recueillis par David Tapissier

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