Mode Derrière les caleçons vintage Damoiseaux se cache une femme

Anaïs Chibani, 28 ans, a lancé sa marque de caleçons il y a trois ans. / Photo Marion Saive
Anaïs Chibani, 28 ans, a lancé sa marque de caleçons il y a trois ans. / Photo Marion Saive

Depuis le lancement de sa marque en 2014, Anaïs Chibati a créé plus de 300 modèles à partir de draps, nappes et rideaux aux motifs kitsch et colorés, dénichés dans les vide-greniers et friperies associatives.

Anaïs Chibani, 28 ans, est « nature ». Elle a le sourire et le tutoiement faciles. Il y a trois ans, la jeune femme au carré brun a lancé Damoiseaux, sa marque de caleçons vintage faits main aux boutons de barons. Une démarche d’abord perso - « Je voulais offrir de beaux sous-vêtements à mon mec pour son anniversaire » - mais aussi féministe : « Nous les filles, on nous demande toujours de porter des dessous assortis alors que les garçons portent les mêmes calbuts troués depuis dix ans. Je voulais changer ça ».

Des imprimés colorés, provençaux et kitsch au possible

Depuis, la Montpelliéraine devenue Lyonnaise a créé plus de 300 modèles farfelus « parfaits pour chiller » confectionnés dans son atelier sous-sol de la Croix-Rousse et vendus 25 euros l’unité. Les imprimés sont provençaux, colorés, kitsch au possible. Le rideau de douche version chevaux blancs lancés au galop, la nappe fleurie de la grand-mère ou le drap de lit façon île déserte et cocotiers sont tous détournés en calebars. Et pour rester dans le côté « plouc mais voulu », elle confectionne des bobs réversibles avec les chutes de tissu. Son public est jeune et branchouille. « Les personnes plus âgées ne comprennent pas forcément le concept. Pour eux, les tissus que j’utilise sont des horreurs qu’ils ont vues tous les matins sur la table du petit-déjeuner pendant plus de trente ans, ils n’ont aucune envie de porter des shorts avec ces motifs. Tandis que ma génération a la nostalgie du vintage. »

La jeune femme conçoit et coud tous ses modèles dans sa "caverne secète" de la Croix-Rousse. / Photo Marion Saive
La jeune femme conçoit et coud tous ses modèles dans sa "caverne secète" de la Croix-Rousse. / Photo Marion Saive

A l'origine, pas de budget mais juste l'envie de se lancer

Toutes ses créations sont portées, testées et approuvées par son copain, son premier mannequin. « Comme il les met tous les jours, je vois comment le tissu s’use et réagit au lavage, et je m’adapte en fonction », explique Anaïs, qui a choisi d’adopter le stylisme « upcycling » (aussi appelé « surcyclage », ou l’art de récupérer des matériaux dont on n’a plus l’usage pour les transformer en produits de qualité supérieure), loin des standards appris dans son école de mode de Bordeaux. « Rentrer dans un moule, faire du haut de gamme propre, classe et minimal, ce n’est pas ce que je voulais. Ce qui me plaît, c’est travailler sur le dérisoire et le décalé, humaniser le vêtement. »

A l’origine, Anaïs n’avait pas le budget. Juste l’envie de se lancer. « Si tu crois un minimum en tes idées, tu te lances et Inch’Allah. » En solo, elle gère la création, la confection, la communication sur les réseaux sociaux (son copain l’aide à monter ses vidéos). Son concept se veut éco-responsable, solidaire et social. En partenariat avec l’association du Grenier de Lahso, Anaïs accompagne et forme à la couture des femmes en réinsertion d’emploi. Un début de collaboration de sous-traitance qu’elle va financer grâce à sa campagne de crowdfunding (elle a récolté 3120 euros sur les 3000 qu’elle s’était fixés). « J’aimerais aussi recruter des seniors. Les entreprises ont tendance à les abandonner, pourtant ce sont eux qui ont la technique et le savoir-faire. On a tous rêvé de savoir coudre comme notre grand-mère… »

Dans son atelier, Anaïs accompagne et forme à la couture des femmes en réinsertion d'emploi, en partenariat avec l'association Le Grenier de Lahso. / Photo Marion Saive
Dans son atelier, Anaïs accompagne et forme à la couture des femmes en réinsertion d'emploi, en partenariat avec l'association Le Grenier de Lahso. / Photo Marion Saive

Bientôt une collection de "poom-poomshorts" pour filles

Avec la somme récoltée, Anaïs a également lancé une série de maillots de bain type shorts, avec « filet de sauvetage » intérieur, poche à scratch et « petite fente sur le côté pour plus de mobilité ». Le prix est plus élevé (il faut compter 49 euros minimum) mais le concept est inchangé : reprendre les vieilles nappes délaissées dans l’armoire -cette fois-ci, en toile cirée- et les transformer en vêtements. Bientôt, la jeune créatrice étendra sa gamme de produits aux « poom-poomshorts » pour filles. Pas trop « girly » et toujours avec ce même respect du confort. Renouveler la couture française ? Pari tenu.

Pratique Ce mercredi 29 avril, Anaïs expose ses créations au Crock'N'Roll, 6, rue Octavio Mey, Lyon 5e, de 18 h 30 à 22 heures. Elle tiendra également un atelier de personnalisation de shorts avec boutons.

Marion Saive (marion.saive@leprogres.fr)

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