Santé publique Les rats, ces indésirables placés sous haute surveillance

Romain Lasseur : « Dans un grenier à grains le matin en pleine campagne, le rat peut se retrouver le soir à Lyon à manger des restes de kebab. »  Photo Olivia CHANDIOUX
Romain Lasseur : « Dans un grenier à grains le matin en pleine campagne, le rat peut se retrouver le soir à Lyon à manger des restes de kebab. » Photo Olivia CHANDIOUX

La Ville de Lyon et la Métropole conjuguent leurs efforts pour maîtriser la population des rats et la tenir éloignée des Lyonnais. Le territoire, quadrillé, est placé sous surveillance constante.

Il n’est pas rare de croiser les rats à Lyon. Au Bachut, en presqu’île, niché au fond d’un composteur, le rat, Rattus norvegicus, de son nom scientifique, se joue des hommes et profite de ses failles. Pour autant, Lyon reste “clean”. Le service hygiène urbaine de la Ville de Lyon, créé en juillet 2013 et dirigé par le Docteur Sophie Pamiès, s’y emploie. Ce service public quadrille le terrain et ce, depuis de longues années. Tout est désormais cartographié, et les techniciens connaissent les points sensibles où le rat peut venir au contact de la population. Mais, la nécessité de réguler la population des rongeurs est parfois mise à mal par certains défenseurs de la cause animale. S’affrontent alors les visions scientifique et animaliste entre lesquelles le politique est souvent tiraillé.

Des zones cibles identifiées

Au nombre de cinquante sur Lyon, ces zones concernent parcs et jardins, vieux quartiers, traboules, souterrains, égouts, voies sur berges, La Part Dieu, Lyon 7e et le Vieux-Lyon.

Des zone traitées non-stop

Depuis 2013, quelques sites sont traités de façon permanente. C’est le cas des berges du Rhône et des abords de La Part Dieu.

Des boîtes à appât sécurisées sont positionnées et fonctionnent si elles ne sont pas cassées. En 2013 et pendant six mois, la section LAV en a testé de nouvelles sur plusieurs zones, notamment sur les quais de Rhône. Ressemblant à des armoires électriques dans leur design, elles améliorent la sécurité en évitant d’exposer enfants et animaux domestiques aux appâts destinés aux rats.

Le service se montre vigilant sur les aires de jeu fréquentées par des enfants et accorde une attention particulière aux habitats dégradés occupés par des populations très vulnérables.

Ne pas nourrir les pigeons : une éducation à faire

Sur les places, le service Écologie urbaine est confronté aux personnes qui nourrissent les oiseaux ! Leur comportement favorise la venue des rats. Les techniciens mettent en place des actions de médiation avec ces personnes pour leur expliquer les impacts de leur action sur l’environnement. Un discours répété, mais pas toujours suivi d’effet.

50 000 Nombre d’individus auquel peut donner naissance un couple de rats en deux ans. Sur Lyon, la population de rats serait égale à celle des Lyonnais.

« Ces populations sont contenues dans les sous-sols »

Photo d’archives Yannick PONNET
Photo d’archives Yannick PONNET

Sophie Pamies , directrice du service Écologie urbaine à la Ville de Lyon

« Six agents à la Ville de Lyon sont formés à l’utilisation de produits biocides. Dans notre lutte contre les nuisibles, nous avons partagé Lyon en deux secteurs : la rive droite et la rive gauche du Rhône. Deux niveaux d’intervention : les bâtiments publics propriétés de la Ville de Lyon, et l’espace public en lien avec la direction des espaces verts. La Métropole s’occupe des souterrains au niveau des égouts et des eaux usées. »

« Le rat est un animal qui vit dans les sous-sols où il trouve un biotope favorable. C’est un animal opportuniste qui sait s’adapter aux situations. Notre mission est de contenir ces populations dans les sous-sols. À ce titre, nous quadrillons le territoire en plaçant, sur cinquante sites, 260 boîtes sécurisées en plastique qui contiennent de l’appât chimique. Le dispositif est sécurisé sous réserve que ces boîtes ne soient pas vandalisées. Le système est cartographié pour suivre les boîtes d’appât à distance. Une fois que le rat a consommé ce produit, il n’est pas dangereux pour les autres animaux, a priori. Quand le rongeur a avalé le produit, il meurt quelques jours plus tard. »

« On travaille en lien avec les laboratoires de recherche. On peut ainsi tester de nouveaux appâts. Actuellement, on est en test sur un appât liquide et non solide. On mène également des essais sur des pièges mécaniques. »

« Les Lyonnais peuvent signaler la présence de ces rats en utilisant le numéro (04.72.10.30.30.) ou le site de “Lyon en direct” (www.lyon.fr). En 2016, les services ont ainsi comptabilisé 750 signalements émanant de citoyens. »

Dr Romain Lasseur : « Ne faisons pas d’émotion mal placée dans la gestion des espèces invasives »

Photo Marie-Christine PARRA
Photo Marie-Christine PARRA

Expert en faune invasive, le Dr Romain Vasseur, 37 ans, a réalisé sa thèse universitaire sur les rongeurs à l’école vétérinaire de Lyon basée à Marcy-l’Étoile en relation avec l’Université Lyon 1. Aujourd’hui, docteur en toxicologie, Romain Lasseur a créé IziPest, en 2014, sa société qui propose une expertise sur la faune invasive et emploie quatre scientifiques.

Rongeurs, sansonnets, pigeons, cormorans, insectes, rats, souris, ragondins, la liste est longue. « J’interviens en France, mais 70 % de mon activité se passe à l’étranger. J’interviens en Amérique du sud avec les gouvernements brésilien et argentin. Le rat brun en ville est porteur de toutes les maladies qui posent des soucis. Il est porteur de la leptospirose, une maladie transmissible à l’homme. En France, on dénombre 600 cas de leptospirose, un chiffre en hausse constante. Les scientifiques savent anticiper et réguler ces populations.

En Europe aujourd’hui, la mort de l’animal en ville pose souci dans notre société. On est trop focalisé sur la partie environnementale. La société française devient de plus en plus soumise aux espèces invasives. Le réchauffement climatique, les flux migratoires, le front de défense animale y participent. En janvier 2017, une pétition contre la tuerie des rongeurs a recueilli 20 000 signatures. Au Brésil, où il y en a 5 000 cas chaque année, on traite un foyer à partir du moment où l’on dénombre cinq rongeurs différents. »

Et de poursuivre : « La bien- pensance gouvernementale est montée en puissance en dix ans. Par dogmatisme et militantisme, une poignée de gens met à mal les politiques sanitaires en place. Cela manque de pragmatisme. C’est insultant pour les gens qui vivent au quotidien avec ces espèces invasives. Les politiques doivent se réapproprier ce thème sur le plan scientifique et technique. Nous, nous sommes à leur disposition pour le faire. »

www.izipest.com Tél. 06.71.09.38.50. Émail : romain.lasseur@izipest.com

Marie-Christine Parra

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